Expo Art du Bénin : Les empreintes de Dominique Zinkpè

Par Ariel GBAGUIDI,

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Dominique ZinkpéDominique Zinkpé

Pour rehausser le volet art contemporain de l’exposition publique diptyque, au palais de la Marina, le sculpteur et plasticien béninois Dominique Zinkpè, fait découvrir cinq œuvres : la reine et les quatre princesses et petites princesses. A travers ces sculptures l’artiste rend hommage aux femmes pour le rôle combien important qu’elles jouent, dans l’ombre, au sein des palais royaux.

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Sur les installations de la séquence «Transition » de la partie contemporaine de l’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la restitution à la révélation », se dressent les géantes et belles sculptures de la reine et des quatre princesses et petites princesses. Nul ne passe dans les allées de l’exposition sans remarquer ces œuvres du célèbre artiste sculpteur et plasticien béninois Dominique Zinkpè.

 

 

La reine

L’icône béninoise rend ainsi hommage à toutes les femmes qui œuvrent aux côtés des rois au sein des palais royaux. « L’idée, c’est de simuler l’organisation des palais royaux au Bénin, pour sublimer les dames qui dirigent les palais royaux, qui les organisent assez souvent mais qui ne sont jamais visibles au premier plan. Mais ceux qui savent le savent, les palais royaux sont dirigés avec des dames. C’est pour dire que les reines mères sont toujours là aux côtés des rois et ont toujours leur parole, leur mot à dire et souvent elles sont écoutées par tous y compris le roi lui-même… », explique Dominique Zinkpè lors d’un échange à bâtons rompus dans son atelier à Abomey-Calavi.
Les œuvres sont sculptées dans du bois et supportées par les fameux statuettes jumeaux (Hoho), une expertise dont seul Dominique Zinkpè détient le secret. « Je pouvais faire une cour royale mais j’ai décidé de faire une cour avec la reine et les princesses toutes portées par des hommes. Quand on voit leurs jupes, c’est dire que c’est la population qui les porte… », détaille-t-il. La symbolique de la pièce, dit-il, c’est que, que l’on soit président, roi ou reine, l’on doit être porté par le peuple.

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Restitution et révélation

« Il faut reconnaître qu’il y a eu un engagement politique très fort qui a permis de ramener une partie des œuvres de nos ancêtres. Ça été long mais on peut célébrer ça actuellement », clame-t-il. Ces mots de l’artiste montrent à quel point il est heureux de vivre la restitution et de participer à l’exposition publique diptyque. « J’ai remarqué qu’il y a un grand engouement autour de l’exposition en cours et les Béninois sont fiers de se redécouvrir encore à travers l’histoire de ces œuvres. C’est vraiment sublime et l’intelligence la plus forte encore des organisateurs, c’est d’y associer les artistes contemporains pour mettre en dialogue ce qui se faisait avant et ce qui se fait aujourd’hui. Ça donne une belle harmonie d’exposition assez importante que le Bénin n’a jamais réussi à faire. C’est pour le bonheur de notre peuple, de notre pays et moi en tant que plasticien, je ne peux que la célébrer », se réjouit Dominique Zinkpè. Il est aussi heureux de remarquer que tout cela a été fait en bonne intelligence et qu’il y a une grande volonté de partager l’art patrimonial et l’art contemporain avec le peuple béninois. « Avec l’exposition diptyque, nous sommes arrivés à un niveau supérieur en termes de qualité de travail : installations, scénographie, etc. L’intelligence de ce projet, moi, je le sublime tous les jours…», assure-t-il.
L’exposition donne plus de visibilité aux artistes contemporains auprès du peuple béninois et africain. Et ça aussi, Dominique Zinkpè l’apprécie de fort belle manière. « C’est beau, c’est fort, c’est intelligent… », lâche-t-il.

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Qui est Zinkpè ?

Né en 1969, Dominique Zinkpè est titulaire d’un diplôme national supérieur d’expression plastique, qui lui confère le grade de master, de l’École supérieure d’art de Clermont-Ferrand, en France. Il croise, dans ses techniques (faites de dessin, peinture, sculpture, performances et installations), différents médiums et matériaux. Ses sculptures sont réalisées à l’aide de figurines sculptées et assemblées. Dans les traditions béninoises (partie méridionale du pays), ces statuettes, appelées Ibéji en yoruba, Vénavi en mina et Hoho en fon, sont façonnées au décès de l’un des jumeaux ou des deux. La statuette est alors conservée et entretenue avec soin par le frère ou la sœur encore en vie. Lorsque la fratrie gémellaire décède, il revient à l’un des membres de la famille de s’occuper des statuettes des deux frères ou sœurs. Dominique Zinkpè aborde dans ses œuvres plusieurs thématiques telles que l’unité, la religion, la politique.
Les peintures de l’artiste n’ont pas un lien avec ses sculptures. Ici, Dominique Zinkpè capte l’âme ou l’esprit d’une personne sur une toile. « Je peux par exemple imaginer à quoi pourrait ressembler l’âme ou l’esprit de Nicéphore Soglo ou de Patrice Talon… », détaille l’artiste qui ajoute que ses peintures s’inscrivent dans une dimension de recherche culturelle.