Exposition au Centre de Lobozounkpa: Quatre jeunes plasticiens en « Perspective »

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Exposition

Les hauts murs blancs de la salle d’exposition du Centre de Lobozounkpa sont ornés depuis le 12 juin dernier d’œuvres d’art de divers acabits. Quatre artistes sont en perspective sur une exposition collective du même nom dont le vernissage a eu lieu, vendredi dernier. Le public et les usagers du Centre de Lobozounkpa ont jusqu’au 11 septembre prochain pour en apprendre un peu plus sur Jimas Ametonou, Cortex Asquit, Katy Nobel et Aurel Yahouédéhou. C’est d’ailleurs ce dernier qui, le premier, retient très vite l’attention du visiteur avec ses montages photo-dessins dont le produit final se situe entre fascination et étonnement.
Domination, alter ego, conscience, upside, spitits rising, Damballah… les neuf réalisations proposées par le jeune artiste ne laissent indifférent aucun visiteur. Le message n’est pas toujours perceptible au premier regard, mais on peut s’accorder sur le talent singulier en photographie et en dessin du jeune artiste. Ses montages illustrent à perfection ses illusions d’artiste et on peut bien s’accorder à dire qu’avec lui, les perspectives sont plutôt bonnes. Pas si loin de lui, Nobel Koty avec ses «Torsions» et «feuillages». Les deux séries de toile de cet autre plasticien qui en est à sa première exposition allient dessin et peinture. Il aurait pu faire un bon psy ce Nobel Koty. La philosophie de la vie qu’il projette sur ses toiles avec de l’acrylique est un peu agressive pour la vue. Veut-il choquer ? Non. « Nous vivons dans une société qui est transformée suivant des normes. Cette norme est de restreindre notre façon de penser et d’agir. Ceux qui ne marchent pas suivant ces normes sont considérés comme des êtres à part ». Nobel ne se réclame pas de cette catégorie. Il peint juste les turbulences de la société et offre ses toiles pour se comprendre et pour mieux comprendre les autres. Dans cet état de cogitation, il est plus facile de chercher ou même de trouver des réponses, pense l’artiste. L’état de repli sur soi, le choc de transformer et se rapprocher constituent autant d’émotions et de sensations que projette cet artiste, passionné de dessin depuis son jeune âge.
Jimas Ametonou est un artiste à suivre dans le temps. Son œuvre en pleine gestation est encore très perfectible. Mais la marche progressive de l’artiste laisse entrevoir un pinceau qui fascinera. Pas étonnant qu’il soit de la « Perspective » du Centre de Lobozounkpa. Ses œuvres retiennent l’attention par les visages d’enfants innocents qui s’y logent. C’est un pinceau de plus au service de la lutte contre le travail des enfants. Sauf qu’ici, l’approche est toute autre. Jimas expose sur chaque tableau, en plus du regard perdu des enfants, des fruits aux dimensions disproportionnées. Le message ?
C’est que la société fait subir à ces petits êtres en quête de meilleure vie des œuvres et des conditions au-delà de ce qu’ils peuvent supporter. Et pour tout parfaire, les grands vides qui s’échappent de chacune de ces toiles expriment le silence de la société sur ce drame. « Je pars de cette idée pour m’exprimer. Ma peinture est très influencée par le surréalisme. Les réalités et l’imagination se coïtaient, inspirées par les frontières de l’inconnu. C’est un ressenti, je ne peins que ce que je ressens », confie-t-il. Les sensations du public sont très attendues par l’artiste. Cortex Asquit vient fermer la marche. Sa première série God is a woman donne à voir cinq œuvres. Suivent « Wuman », une série de deux autres, puis « Yèhouéssi » et « Nonssu ». Cortex retient l’attention par la qualité de ses œuvres et le style de sa réalisation. C’est avec lui que l’exposition prend réellement son titre. Il est en nette progression dans le temps et avec lui, tout est prometteur.

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Accompagnement sur le long terme

Comment et pourquoi un centre de renom et de grande réputation, habitué à accompagner de grands noms de la culture du Bénin et d’ailleurs expose-t-il des pinceaux en herbe et en quête de confirmation ? A la question, la réponse de Marion Hamard, directrice du Centre de Lobozounkpa ne se fait pas attendre. Le projet d’exposer ces quatre jeunes plasticiens épouse bien la philosophie du Centre, celle d’être une porte d’entrée pour les artistes. «La vision du Centre, c’est de travailler avec tous les artistes… pour nous c’est assez important de promouvoir les jeunes artistes que nous avons ici, qui ont du mal à avoir de la visibilité», explique-t-elle. Le Centre veut surtout faire bénéficier à ces jeunes la visibilité construite avec des artistes de grande renommée, tout en continuant à travailler avec ces derniers. «L’intérêt d’aller vers de jeunes artistes, c’est parce que nous sommes dans un pays qui dispose de peu d’espaces de promotion et de diffusion de l’art contemporain», soutient-elle. L’idée, c’est de donner à chacun sa chance. « Ce n’est pas parce que quelqu’un n’a pas été exposé qu’il ne mérite pas d’être exposé et ce n’est pas parce que l’on est exposé qu’on est forcément bon », nuance la directrice du Centre.

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