Exposition collective à Hambourg en Allemagne: Georges Adéagbo et trois artistes présentent « Les miroirs qui parlent »

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Exposition collective à Hambourg_Quatre artistes béninois

Georges Adéagbo, Eliane Aïsso, Ishola Akpo et Thierry Oussou, quatre artistes béninois de différentes générations, présentent depuis le 12 septembre dernier et ce jusqu’au 10 octobre prochain à Hambourg en Allemagne, l’exposition « Talking Mirrors » ou « Les miroirs qui parlent». L’initiative est portée par l’association Kulturforum Süd-Nord en collaboration avec l’espace M. Bassy.

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Ce sont quatre artistes béninois de différentes formations, de parcours sans commune mesure et chacun avec sa vision de l’art qui se donnent la main sur l’exposition «Talking Mirrors » ou « Les miroirs qui parlent ». Chaque artiste, à travers cette exposition, donne de la valeur à ce qui est considéré comme non pertinent ou n’étant plus utile et donne une voix à ceux qui sont habituellement condamnés à se taire ou contraints à des rôles qu’ils n’ont pas choisis. Ainsi, les quatre artistes poursuivent un seul but : renverser leurs pratiques artistiques pour regarder et être regardés. « Seule la complexité des perspectives, la confrontation de points de vue familiers et autres peuvent générer de nouvelles formes d’interconnexion et permettre le changement social et l’unité collective », indique Stephan Köhler, commissaire de l’exposition et fondateur de l’association Kulturforum Süd-Nord. « Les miroirs ont un rôle passif en montrant ce qui se trouve devant eux, sans altération. Un miroir qui parle se révolte contre ce rôle et brise le tabou d’être passif. Un miroir qui parle remet en question, contrôle la production des connaissances, l’information et la diffusion de l’information », explique-t-il.
L’exposition dure du 12 septembre au 10 octobre prochain et est soutenue par les ministères allemands de la Culture et des Affaires étrangères. L’installation faite dans la salle principale de l’espace M. Bassy a accueilli des photos et vidéos des artistes et ? lms contemporains d’Eliane Aïsso, Ishola Akpo et Thierry Oussou. Dans cette exposition, tous les artistes abordent des thèmes étouffés, cachés, peu ou pas abordés par crainte de représailles. Une sorte de liberté artistique, mais aussi de revendication exprimée par les quatre exposants à l’aune de leurs parcours et expériences.
Georges Adéagbo est connu pour ses installations singulières et son art a la réputation d’allier qualité et originalité. Pour cette exposition, il a composé une nouvelle installation en deux segments, combinant comme toujours plusieurs narrations. Dans la salle principale du lieu d’exposition, il présente une nouvelle commande de peinture à grande échelle réalisée par le peintre-ensemblier Benoît
Adanhoumé et basée sur son choix d’images et son écriture. Dans le couloir, il poursuit les recherches qu’il a entamées en 2014 sur le passé colonial de la ville de Hambourg. Plus loin, dans la même ville, il présente d’autres réalisations, source d’interrogations sur la colonisation et ses affres. L’artiste donne libre cours à son inspiration au point de choquer certaines sensibilités.

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Diverses thématiques, différents angles d’attaque

Dans le cadre de cette exposition, Eliane Aïsso rend hommage aux malades mentaux du Bénin et du Togo. La jeune artiste plasticienne béninoise, dont le travail exploite diverses matières comme les textiles, les sculptures et la photographie, met en lumière ‘’la petite camisole’’, une œuvre qui donne la parole aux malades mentaux dans les rues. Rejetés et livrés à la rue, ils racontent leurs histoires et parcours, leur rapport avec la maladie à travers une série de questions. Aïsso a réalisé aussi une série de portraits photographiques, apportant attention et humanité à ces individus abandonnés.
Déterminé à redonner le pouvoir aux femmes, Ishola Akpo expose à nouveau ses Agbara women. Selon lui, la plupart des livres d’histoire et des archives traitent la royauté comme une exclusivité masculine. Les reines africaines sont très peu connues. Il est donc probable que des noms comme Tassi Hangbé, Yalla Ndaté, Yass Asantewaa ou Njinga ne rappellent pas grand-chose. Et pourtant, se plaint l’artiste, qui se propose de réparer cette injustice et de rendre hommage à ces femmes de pouvoir, en remplaçant dans des photos pour lithographies historiques les faces des hommes, des rois ou politiciens, par des portraits des femmes avec des fils d’or.
Thierry Oussou, pour sa part, épate avec son film « What is left of the sugar … » Dans ce film, qui a pour thème le souvenir, il réfléchit à l’aspect collectif et transatlantique des collections de deux musées brésiliens. En 2018, le Museu Nacional, le plus ancien institut scientifique du Brésil, a été la proie des flammes. La plus grande partie de sa collection a été perdue. Immédiatement après la catastrophe, les scientifiques se sont mobilisés pour sauver le plus grand nombre possible d’artefacts des ruines. Ailleurs dans le même pays, à Rio de Janeiro, une fosse commune a été découverte lors de travaux de construction dans les années 1990. Les recherches ont montré que les restes étaient ceux de dizaines de milliers de personnes qui avaient été réduites en esclavage et enlevées en Afrique pour être emmenées au Brésil aux XVIIIe et XIXe siècles. L’artiste s’en inspire et expose le sucre comme symbole de l’histoire.

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