Exposition de Tessilim Adjayi et Nobel Koty : des « Exils » sur les murs à Lobozounkpa

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Exposition de Tessilim Adjayi et Nobel KotyTessilim Adjayi (à l’extrême gauche) expliquant une de ses photographies

Le 10 juin prochain, les portes du Centre de Lobozounkpa se refermeront sur l’exposition collective « Exils ». Elle est présentée par les artistes Tessilim Adjayi et Nobel Koty suite à une résidence sur les lieux. Le premier est photographe et le second, artiste peintre.

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Des couleurs froides, des œuvres silencieuses qui fixent le visiteur et l’interrogent. Au bout d’un mois de résidence au Centre de Lobozounkpa, le Béninois Nobel Koty et le Togolais Tessilim Adjayi réveillent dans le subconscient collectif, l’exil sous diverses facettes. Le sujet relève du quotidien, même si on en parle peu. Nobel Koty, artiste peintre, part sur des autoportraits qui laissent voir le repli sur soi. L’exil, il le voit lui comme un processus forcé. L’une de ses réalisations, dans le cadre de l’exposition, est une série d’autoportraits présentant un homme dans trois dimensions qui toutes, renvoient au repli sur soi.
« Notre corps a besoin de repos et pendant que nous dormons, nous sommes enfouis dans un profond sommeil, comme si nous étions morts. Nous ne sommes plus maîtres de notre corps ni de notre conscience… Je voudrais montrer que pendant ce processus, il y a un exil forcé de la conscience », explique l’artiste à des visiteurs émus, le regard interrogateur devant ses tableaux. L’œuvre est faite d’acrylique sur toile, la première de la série ‘’Prolongements’’. Pour renforcer l’idée qu’il se fait de l’exil, ou du moins des exils, l’artiste introduit comme Mourid Barghout que « il n’y a pas un exil. Ce sont toujours des exils ». Une idée qui s’arrime bien à cette exposition qui «donne émoi et frissons à la vue des œuvres exposées », selon Juliana Pinssot. C’est la première fois qu’elle découvre l’œuvre de Koty et déjà, cette passionnée d’art « sent une connexion avec l’artiste ».
L’artiste lui-même en rajoute à cette émotion en présentant ses personnages sur de grands formats « 150×150 cm, 130×110 cm ou 65×45 cm » pour donner place aussi bien à ces sujets qu’au vide qui les entoure, à la tristesse des exils et au silence de la douleur. Cerise sur le gâteau, les postures. Elles sont peintes de manière à communiquer dans le temps et dans l’espace, toutes les émotions que distille le repli sur soi et au-delà l’exil, peu importe sa nature.

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Voyage et similitude

Dans le même esprit et surtout dans le même espace, Tessilim Adjayi, photographe de nationalité togolaise, embarque pour un voyage dans le vide et vers des « exils ». Esseulés pour la plupart, ces sujets sont sans regard, plongés dans un vide apparent qui se laisse entrevoir à partir des décors choisis. « Quand on parle d’exil, les gens pensent souvent au fait d’immigrer ailleurs sur d’autres contrées. Je voulais montrer qu’il y a plusieurs formes d’exils». Avec son objectif, Tessilim à travers ses clichés blanc-noir veut surtout rappeler que « on peut choisir consciemment de s’exiler par rapport aux aléas de la vie, aux problèmes ». Pour lui, à un moment de notre vie on a besoin de prendre du recul pour nous découvrir. « Pour moi, l’exil c’est ce phénomène qui pousse à se retrancher de la réalité des choses vivantes, du bruit, des gens, de la chaleur…Il n’y a rien de négatif dans ce processus. Cela peut être dû à un événement choquant. S’exiler, c’est essayer de se retrouver, aller à la quête de la liberté qui peut être parfois réelle ou imaginaire », tranche le photographe. Derrière lui, un groupe de trois visiteurs s’interrogent sur le but visé par ces cartons posés sur le visage des sujets. « Souvent, dans mes photographies, on ne voit pas de visages. Soit je mets un masque ou des sachets plastiques. Ici j’ai voulu travailler un matériau local. En parcourant le quartier, j’ai trouvé des cartons », leur expliquera-t-il.
De la mère au fils en passant par la photographie ‘’Pensif’’, Tessilim projette le visiteur dans les émotions qui peuvent ceinturer l’exil. Le silence, le dénuement, le vide, le besoin. Ces états d’âme transparaissant davantage avec la mère qui sur l’un de ses portraits, porte son fils d’une seule main. Même si on note une nette différence dans les matériaux et la méthode de travail, les œuvres présentées par Tessilim Adjayi et Nobel Koty se rejoignent sur le repli sur soi et davantage sur les exils, thème éponyme de cette exposition qui dure jusqu’au 10 juin prochain.
« De manière générale lorsque nous travaillons avec des artistes, l’idée c’est de mettre en commun leurs intelligences, leurs pratiques, leurs visions, et de voir quels sont les points communs pour qu’on puisse créer à propos », précise alors Marion Hamard, directrice du Centre.