Expulsion de migrants de Grande-Bretagne vers le Rwanda : L’Onu dénonce l’acte

Par Catherine Fiankan-Bokonga,

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Filipo Grandi, Haut-Commissaire des Nations unies en charge des réfugiés

Le Haut-Commissaire en charge des Réfugiés, Filippo Grandi, a fortement critiqué l’accord passé entre la Grande-Bretagne et le Rwanda pour déplacer les requérants d’asile. « C’est une manière d’exporter ses obligations », ce qui est contraire au principe de partage des responsabilités. Le premier vol, prévu le 14 juin dernier, a été annulé à la suite de recours de dernière minute de la Cour européenne des droits de l’Homme. Très populaire au sein de l’électorat conservateur britannique, l’accord a suscité l’indignation mondiale.

Par Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse)

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En avril 2022, le Royaume-Uni a signé un accord d’une durée de cinq ans, avec le Rwanda pour expulser des demandeurs d’asile, arrivant illégalement par camions et bateaux, vers la nation africaine. Dès cette année, le gouvernement britannique versera environ 120 millions de livres sterling (150 millions de dollars) au Rwanda pour financer la réinstallation des personnes expulsées.
C’est durant une conférence de presse, à Genève, que le chef du Hcr, agence onusienne en charge des réfugiés, a déclaré que le plan mis au point par la Grande-Bretagne en accord avec le Rwanda était mauvais. « Tout cela est faux », a-t-il dit. De plus, « cela va à l’encontre de la Convention sur les Réfugiés de 1951, ratifiée par la Grande-Bretagne ». Pour Grandi, le Rwanda n’a ni les structures, ni les ressources nécessaires pour traiter ce genre d’arrivées.
Le Haut-Commissaire a également critiqué l’affirmation du Royaume-Uni selon laquelle ce processus est conçu pour « dissuader les voyages dangereux et inutiles ». Il a ajouté « que si le Royaume-Uni et d’autres pays voulaient vraiment que ces voyages dangereux s’arrêtent, alors il existe d’autres moyens de le faire ».
Cet accord avait été défendu en soulignant que les réfugiés mettaient leur vie en danger en traversant la Manche dans des embarcations précaires. Se référant à cet élément, le chef du Hcr a exhorté les gouvernements britannique et français à engager un dialogue puisque la France dispose des structures nécessaires pour procéder à la détermination du statut de réfugié. Il a ajouté que les questions complexes impliquées dans le processus de réunification des réfugiés doivent être réglées bilatéralement entre le Royaume-Uni et les pays européens respectifs.
A l’origine, les autorités britanniques comptaient expulser, mardi dernier, jusqu’à 130 migrants (Iraniens, Irakiens, Albanais et Syriens) dans ce premier vol. Ce nombre s’est réduit à la suite de divers recours individuels. C’est une mesure provisoire d’urgence de la Cour européenne des droits de l’Homme (Cedh), envers un demandeur d’asile irakien, qui a cloué le vol au sol. La cour a estimé que l’expulsion de l’Irakien devait être repoussée jusqu’à ce que la justice britannique ait examiné la légalité du projet de loi, ce qui est prévu en juillet dernier. Il s’agit en particulier de s’assurer que les migrants peuvent avoir accès à des procédures équitables au Rwanda et que le pays soit considéré comme sûr.
Depuis des mois, le premier ministre britannique, Boris Johnson, et son gouvernement cherchent à conclure des accords avec des pays tiers où envoyer les migrants en attendant de traiter leur dossier. L’héritier de la couronne, le prince Charles, a jugé, en privé, «consternant» ce projet. Les différents protagonistes se sont d’ailleurs retrouvés lors de la réunion du Commonwealth le 20 juin dernier, à Kigali (Rwanda).

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