Fawaz Moussougan, consultant en cybersécurité: « Tout le monde encaisse le coup de la censure »

Par Maryse ASSOGBADJO,

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La censure sur Internet affecte la liberté d’expression sur la toile et crée d’énormes pertes économiques aux Etats. Fawaz Moussougan, consultant en cybersécurité, explique le concept et ses enjeux, à l’occasion de la Journée mondiale dédiée au phénomène le 12 mars.

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La Nation : La communauté internationale a célébré, vendredi 12 mars dernier, la Journée mondiale contre la censure sur Internet. De quoi retourne cette journée ?

Fawaz Moussougan : La Journée mondiale contre la censure sur internet appelée encore Journée Internationale pour la liberté d’expression sur Internet a été créée par Reporters Sans Frontières en 2008. Cette journée particulière a été instaurée afin de dénoncer la “cyber censure” dans le monde. Il s’agit de cette censure qui musèle la liberté d’expression sur Internet, celle qui empêche des citoyens d’accéder à Internet, ou qui musèle la parole en ligne. Et ceci en dépit du droit à l’information garanti par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de la personne.

Qu’entend-on par censure sur Internet et que gagne-t-on en censurant ?

La censure par définition représente le fait d’interdire quelque chose, l’exercice ou la représentation publique de quelque chose. La censure de façon simple est donc la limitation arbitraire ou doctrinale de la liberté d’expression de chacun. On entend par censure de l’Internet, les limitations de l’information disponible par l’intermédiaire d’Internet. Elle est pratiquée en général “au niveau des États”, et le plus souvent à l’encontre des droits de l’Homme. Elle est par essence, une privation.
Plusieurs raisons peuvent pousser à la censure d’Internet. Loin d’encourager ce fait, il faut reconnaître qu’aujourd’hui, Internet est un grand espace qui permet un accès à la connaissance, à la culture, et à l’information et qui permet une véritable liberté d’expression. Tout le monde peut décider de créer du contenu sur Internet, lancer des rumeurs, balancer des fausses informations et manipuler l’opinion publique d’un pays. Avec toute cette liberté acquise sur Internet, cela se révèle très vite une arme très efficace. Pour certains, une arme de développement et pour les plus avertis, un instrument d’exercice de stratégie de manipulation publique des esprits.

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Quelles sont les catégories d’acteurs qui encaissent le coup de la censure ?

La censure d’Internet impacte les activités de toutes les personnes exerçant sur Internet et dont le corps de métier est le digital. On peut donc aisément citer les journalistes et par ricochet les médias, tous les blogueurs et ceux qui exercent d’influence par le biais d’Internet ainsi que toutes les personnes disposant d’un téléphone portable capable d’accéder à Internet. Tout le monde encaisse le coup. Économiquement, c’est un manque à gagner énorme pour beaucoup qui vivent dans cet écosystème autour d’Internet.

Comment se positionne le Bénin par rapport à la censure sur Internet ?

L’accès à Internet est un droit fondamental reconnu par les Nations Unies depuis 2012. Le Bénin, comme tous les pays du monde, ayant une ouverture sur le monde est bien entendu pour l’application des différentes conventions mondiales sur la liberté d’expression. La censure n’a pas toujours pour objectif de museler mais aussi parfois de protéger l’intérêt supérieur de la nation, un enjeu de sécurité intérieur lors d’évènements ou de faits marquants pouvant entraîner un trouble sévère à la stabilité d’une nation. Il est vrai que le pays a connu le 28 avril 2019, pour la première fois dans l’histoire, une coupure d’Internet toute la journée lors des élections législatives. Était-ce pour la préservation de la stabilité du pays ? Je ne saurais donner les motivations de ce geste de l’État. Le Code du Numérique, pour certains professionnels est un outil juridique de censure mais fondamentalement c’est un outil pour encadrer les usages du net et prévenir les dérives.

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Faut-il incriminer l’État ou les réseaux sociaux face à la censure ?

Dans les mécanismes de mise en œuvre de la censure, les réseaux sociaux ne jouent aucun rôle. La responsabilité est au niveau étatique. S’il y a donc un acteur ou “un coupable” dans cette histoire, c’est bien l’Etat. Il y joue un rôle prépondérant. Les opérateurs téléphoniques, qui exécutent les ordres des autorités, sont souvent aussi indexés mais ils sont juste des exécutants.
En effet, dans le monde entier, des clauses permettent à l’Etat de couper légalement Internet, notamment pour des raisons de sécurité nationale. Le problème majeur d’ailleurs et il faut le souligner, c’est que, lorsqu’un opérateur de téléphonie mobile entre dans un espace et qu’il signe un accord avec l’Etat, il est très difficile pour lui de désobéir à l’Etat. C’est une relation de subordination. Il risque de perdre sa licence.