Femmes, entreprises et droit: La Banque mondiale évalue les progrès des pays africains

Par Maryse ASSOGBADJO,

  Rubrique(s): Société |   Commentaires: Commentaires fermés sur Femmes, entreprises et droit: La Banque mondiale évalue les progrès des pays africains


Intitulé les ‘’Femmes, l’Entreprise et le Droit’’, le tout dernier rapport de la Banque mondiale publié le 29 mars, souligne les efforts de plusieurs gouvernements africains pour améliorer la participation économique des femmes. Le document évoque toutefois les fossés à combler au niveau des pays d’Afrique subsaharienne.

LIRE AUSSI:  Découverte macabre à Bohicon : Le corps d’une jeune femme retrouvé dans les rails

Quatre nations africaines sur la liste des meilleurs pays du monde ayant réalisé ces dernières années des avancées notables en matière de promotion des droits des femmes et d’égalité du genre. Il s’agit du Kenya, de la République démocratique du Congo (Rdc), de la Tanzanie et de la Zambie. Ils figurent parmi les pays ayant accompli des progrès remarquables dans l’adoption des lois en faveur de l’égalité entre les sexes, même si des écarts restent à combler. 

Dans son dernier rapport publié le 29 mars dernier, intitulé les ‘’Femmes, l’Entreprise et le Droit’’, le groupe de la Banque mondiale met en évidence le nombre important de réformes adoptées dans ces économies en développement. Ces pays enregistrent « treize réformes visant à supprimer les obstacles juridiques à l’inclusion économique des femmes ».
« L’égalité des chances entre les femmes et les hommes est un impératif moral et économique, et l’abrogation des lois discriminatoires constitue une première étape essentielle dans cette direction », soutient le directeur principal de la vice-présidence chargée de l’Économie du développement de la Banque mondiale, Shanta Devarajan. L’institution espère que la publication des données recensées par le projet ‘’Les Femmes, l’Entreprise et le Droit’’« sera utile aux pays afin d’apporter les changements nécessaires qui permettront aux femmes de faire les meilleurs choix pour elles-mêmes, pour leur famille et pour leur communauté ».
Au-delà de ces pays, des progrès sont également à mettre à l’actif de toute l’Afrique subsaharienne. Cette région enregistre un total de trente-quatre réformes, dont un tiers relatif à l’accès au crédit. Mieux, les gouvernements de soixante-cinq économies dont l’Afrique subsaharienne ont pris des mesures afin d’améliorer la participation économique des femmes. Au total, quatre-vingt-quatre réformes législatives et règlementaires ont été adoptées au cours des deux dernières années, relève la Banque mondiale. La région a enregistré des bonds qualitatifs en matière d’accès au crédit et de lutte contre les discriminations basées sur le genre.
« Avec un score moyen de dix-neuf, l’Afrique subsaharienne fait jeu égal avec la région Asie de l’Est et Pacifique en matière d’accès au crédit. Elle a aussi mis en œuvre près de la moitié des treize réformes adoptées dans le monde pour protéger les femmes contre la violence », rapporte le document qui note également des points forts en matière d’accès aux institutions et la jouissance de la propriété.
Autant d’avancées qu’apprécie la responsable du projet les ‘’Femmes, l’Entreprise et le Droit’’, Sarah Iqbal : « Les progrès accomplis en Afrique subsaharienne sont encourageants. Malgré les innombrables défis auxquels la région fait face, nombre de gouvernements tentent d’abroger des lois souvent héritées de l’époque coloniale, qui discriminent les femmes ». « Nous pensons qu’en changeant la législation, on peut changer le monde et nous espérons que la participation économique des femmes va encore s’améliorer en Afrique subsaharienne », estime-t-elle.

LIRE AUSSI:  Découverte macabre à Bohicon : Le corps d’une jeune femme retrouvé dans les rails

Des écarts à combler

Si l’Afrique subsaharienne a fait des efforts en ce qui concerne l’inclusion économique des femmes, des écarts restent toutefois à combler dans la région en faveur de la couche. Sur les quarante-cinq économies du monde qui n’ont aucune législation sanctionnant les violences conjugales, dix-neuf se trouvent en Afrique subsaharienne. L’étude révèle que dans la région comme dans d’autres pays du monde, les femmes continuent de se heurter à de multiples obstacles juridiques. Lesquels limitent leur accès au crédit ou leur capacité à contrôler les biens matrimoniaux et les empêchent de trouver un emploi ou de diriger une entreprise.
Pour inverser cette tendance, la Banque mondiale lance une exhortation : « Il ne peut y avoir de croissance économique sans les femmes ». Malheureusement, la législation de certains pays du monde ne favorise pas l’atteinte de cet objectif. De nombreux obstacles juridiques empêchent encore les femmes d’accéder à certains emplois, de diriger une entreprise (en raison notamment d’un accès limité au crédit) et de contrôler l’utilisation des biens matrimoniaux.
La discrimination juridique fondée sur le sexe réduit aussi le taux de participation féminine au marché du travail et compromet la croissance économique. Selon la recherche, les inégalités entre les sexes expliquent parfois une grande partie des écarts de production par habitant, et nombre d’économies peuvent accroître leur performance en luttant contre les dispositions légales discriminatoires, notamment en matière d’emploi.
Le rapport analyse l’impact des lois discriminatoires sur la demande de services financiers dans la population féminine. « Faute d’accès aux biens et de contrôle sur ces biens, les femmes ne sont pas en mesure d’apporter une garantie pour obtenir un prêt », peut-on lire dans le document.
Il montre que les inégalités hommes/femmes entraînent une perte de revenus de 15%, en moyenne, dans les économies de l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde). 40% de ce manque à gagner est imputable aux inégalités dans l’entrepreneuriat. Cette perte de revenus est estimée encore plus élevée dans les économies en développement.
Dans cent quatre économies, les femmes n’ont pas le droit d’occuper certains emplois dans des secteurs spécifiques (activités manufacturières, construction, énergie, agriculture, eau et transports, en particulier), ce qui restreint les perspectives d’emploi de plus de 2,7 milliards d’entre elles, relève le document.
« Il n’y a aucune raison d’exclure les femmes de certains emplois ou de les empêcher de diriger une entreprise. », plaide Sarah Iqbal, responsable du projet Les Femmes, l’Entreprise et le Droit.
« Aucune économie ne peut atteindre son plein potentiel économique sans la participation pleine et entière des hommes et des femmes, renchérit la directrice générale de la Banque mondiale, Kristalina Georgievan.

LIRE AUSSI:  « Rencontres d’ici et d’ailleurs », Saison 2, Acte 4: Nancy Huston et Guy Oberson laissent de beaux souvenirs à Cotonou

Les avancées des quatre pays

Le Bénin ne figure pas sur la liste des pays cités par le rapport. Toutefois, en matière d’égalité des genres, les défis y sont presqu’identiques dans la plupart des pays africains. Il peut donc s’inspirer des exemples qu’évoque la Banque mondiale pour mieux orienter ses actions en faveur des femmes.
Le Kenya a voté pour la première fois une loi sur les violences conjugales et familiales qui protège les membres de la famille, les époux et anciens époux ainsi que les concubins contre les violences physiques, sexuelles, psychologiques et économiques.
En Zambie, la loi sur l’équité et l’égalité entre hommes et femmes interdit désormais de nombreuses formes de discriminations fondées sur le sexe dans le milieu du travail et affirme le principe d’égalité de rémunération entre hommes et femmes pour un travail de valeur égale. Elle prévoit également des moyens de recours en matière civile pour les cas de harcèlement sexuel au travail.
En Tanzanie, une nouvelle loi a instauré un service d’assistance juridique en matière civile. Le pays a également voté une loi permettant aux femmes les plus pauvres de bénéficier d’une aide juridique dans les procès civils.
En République démocratique du Congo (Rdc), l’une des réformes concerne la modification du Code de la famille autorisant les femmes mariées à signer des contrats, à obtenir un emploi, à ouvrir un compte en banque ou à faire enregistrer une entreprise de la même façon que les hommes mariés.