Festival international de folklore « Celestino Graça » de Santarem : Quand des rythmes du Bénin font battre le cœur d’un festival portugais

Par Josué F. MEHOUENOU,

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La ville de Santarem accueille depuis le 1er septembre dernier, la 56è édition du festival international de folklore « Celestino Graça ». Lequel doit son nom à son fondateur, Celestino Graça, grand homme de culture. Cette année, un peu comme pour faire respecter la philosophie de ce dernier, les organisateurs du festival en ont fait un rendez-vous de brassage entre différentes cultures du monde. Conséquence, depuis sept jours à Santarem, c’est la fête au quotidien, et le Bénin en est devenu l’épicentre.

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La soixantaine révolue, Cristina Graça, la démarche difficile, est présente à tous les rendez-vous du festival international de folklore « Celestino Graça ». Cette rencontre annuelle qui emballe la ville historique portugaise de Santarem depuis 56 ans, Cristina Graça la vit chaque année, selon les témoignages recueillis, comme un instant particulier. Ceci, d’autant plus que le festival porte le nom de son géniteur. Mais ce n’est pas fondamentalement la raison pour laquelle cette femme âgée le porte comme son bébé.

A en croire Jean Roche, fondateur du festival de Gannat en France et ami d’enfance du regretté Celestino Graça, Cristina a été bercée dès sa plus tendre enfance par son père qui l’emmenait déjà à l’âge de six ans sur les plus grands festivals auxquels il était invité en tant que grand homme de culture portugais. Des décennies après, la petite d’antan continue de se battre avec les forces qui lui restent pour que la rencontre vive de plus belle et mobilise davantage les cultures du monde. C’est d’ailleurs cette raison qui fonde la présence du ballet national du Bénin à ce festival qui se veut un carrefour des cultures. Plus qu’une simple invitation, la présence de la troupe béninoise se justifie, selon Ludgero Mendes, par un souci de brassage au-delà des frontières européennes. Celui-ci a martelé plus d’une fois la singularité du ballet du Bénin qui fait parler de lui dans de nombreuses villes européennes chaque année. «Il était donc de bon ton que Santarem qui aime les autres cultures fasse une place à cette troupe de danseuses et danseurs d’un genre particulier », dira-t-il alors. Et le Bénin qui expose pour la première fois sa culture au Portugal a été davantage célébré en raison de la présence du ministre en charge de la Culture, Paul Hounkpè sur le festival.

Au centre de toutes les attractions !

C’est à peine si les quatre autres pays présents sur le festival de Santarem ne sont pas jaloux du ballet du Bénin, «venu pour tout écraser sur son terrain». Plusieurs éléments concourent à cette réalité. Il y a d’abord l’accoutrement des danseurs qui change à chaque danse pendant que les autres troupes arborent leurs uniques costumes. Il y a ensuite les instruments de musique, certes moins encombrants, mais d’une symbiose hors pair. Enfin, on peut noter l’engagement sur scène des danseurs et chorégraphes qui ne se font pas prier pour donner le meilleur. « Santarem est une ville très proche de Lisbonne. Porter les valeurs culturelles de notre pays dans cette ville de Santarem était donc important pour nous. Et nous l’avons fait avec des danses exécutées avec doigté sous la conduite de trois metteurs en scène à savoir Richard Adossou, Clément Kakpo, Adolphe Aladé Coffi, tous des chorégraphes de renom pour transposer nos danses de réjouissance et les danses rituelles vers des danses tamisées, habillées en respectant des normes de la chorégraphie internationale », explique le directeur de l’Ensemble artistique national, Marcel Zounon, à la fin d’une des prestations de ses poulains dans un théâtre de Santarem. Une ville qui, selon le directeur du festival Ludgero Mendes « prêche pour la promotion de la diversité des expressions culturelles ».
Parlant d’expression culturelle, le Bénin y est allé de manière très forte. Vendredi dernier sur la Place de la Cathédrale, alors que les organisateurs avaient convié les troupes du festival pour une manifestation culturelle, il a mis en branle le Adjogbo et le Tipenti (pourtant exécutés la veille) pour s’arroger la primeur de l’animation sur les lieux, obligeant de ce fait les autres festivaliers à se convertir en spectateurs, ou à se joindre à lui pour danser. A la fin du spectacle, les messages de félicitations étaient tels que les danseurs se sont vus dans l’obligation de prolonger le spectacle. Ces mots d’encouragement et sans doute la satisfaction du public à chaque prestation se fera sentir davantage à l’occasion de la grande caravane des troupes organisée dans la ville. A cette occasion, chacune des troupes, en costume, a défilé pour présenter à la population, son accoutrement. Dans cet exercice, seuls le Bénin et l’Estonie étaient au cœur des attentions et le groupe mené par Adolphe Coffi Aladé n’est pas allé loin pour créer la différence. Sur une improvisation faite de chants populaires, le ballet du Bénin avec ses pas de danse s’est imposé à nouveau.
Témoins des prestations du Bénin, certains conseillers municipaux ont manifesté le désir de nouer des relations avec le Bénin et cette préoccupation a été au cœur d’une séance de travail à laquelle le ministre Paul Hounkpè a assisté en personne.

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Distingué par la ville de Santarem

Il y avait également à ce conclave qui a scruté les possibilités pour les deux pays d’interagir au plan culturel, l’adjoint au maire de la ville de Santarem en charge des affaires culturelles Susana Pita Soares a insisté, « au regard de ce qu’elle a vu sur la richesse de la culture » du Bénin, surtout que le pays est connu comme un pays de paix. « A défaut des Etats, il faut agir au plan de la coopération décentralisée », suggère le ministre de la Culture. « Avec le Bénin, pays du vodoun, il y a à découvrir et à redécouvrir », amplifie l’ancien fonctionnaire de l’UNESCO Jean Roche, fondateur du festival de Gannat en France.
Pour sa part, le directeur de l’Ensemble artistique national, Marcel Zounon, au regard de la richesse culturelle de Santarem propose que des étudiants en architecture du Bénin soient déplacés pour des échanges d’expérience. Selon lui, il est « fascinant » de constater que des bâtiments et mêmes des meubles datant de plus de mille ans soient toujours en place et exploités. Ces propositions, le directeur du festival de Santarem Ludgero Mendes dit les avoir enregistré et s’est proposé d’être la pièce maîtresse pour leur concrétisation.
Le deuxième rendez-vous du Bénin à la municipalité de Santarem était plutôt une invitation adressée au ballet national afin d’être distingué par le maire. Ainsi, dans la soirée du vendredi dernier, deux représentants du ballet ainsi que des membres de l’encadrement et de la délégation officielle y ont été accueillis pour recevoir une distinction parce qu’identifié comme meilleur groupe du festival, alors même que plusieurs manifestations étaient encore prévues.

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«Casa do Campino», l’apothéose !

Dans la soirée du samedi 5 septembre dernier, tous les groupes du festival de Santarem ont été invités à une célébration œcuménique dans l’enceinte de la cathédrale Saint Antoine de la ville. Il était question à cette occasion de prier pour le renforcement des liens entre les peuples du monde et pour la facilitation de la diversité culturelle. C’est aussi là, l’un des enjeux du festival, rappelle son directeur Ludgero Mendes. Miguel Aurélio Almeida, l’un des responsables de la troupe de Santarem ne cache pas sa joie à la fin de cette célébration. Laquelle, à l’instar du festival lui-même, lui a permis pour la toute première fois de sa vie de voir se côtoyer, des Serbes, des Estoniens, des ressortissants d’Afrique et de Jérusalem… «Il n’y a que les cultures pour offrir l’occasion de voir autant de peuples s’égayer sans crainte dans la joie et la fraternité », renchérit Marcel Zounon. C’est d’ailleurs lui qui, quelques minutes plus tôt a eu le privilège au nom du Bénin, de délivrer un message de paix.
Après cette célébration, cap a été mis à la tombée de la nuit sur «Casa do campino», la plus grande salle de spectacle de la ville. Des centaines de spectateurs s’y sont donnés rendez-vous et ceux qui ont eu la malchance de ne pas y être à temps ont été contraints de rester debout sous le froid glacial pour suivre les prestations du Bénin. A la suite de l’introduction d’ouverture qui a consacré la célébration de chaque pays à travers son drapeau, tour à tour, chacun d’eux est passé pour sa démonstration. Avant le ballet national du Bénin, la troupe de Jérusalem avait réussi à emballer les spectateurs par ses chants et sa chorégraphie. Dernier sur la liste, le Bénin a d’abord suscité des standing ovation par ses premiers pas de danse et les sons de ses tambours. Mais l’apothéose viendra avec le tout dernier tableau, celui de la danse Tèkè. Léon Hounyè, Amoussou Philippe, Aliou Guésséré, Gilbert Tossou, Eric Koupaki, Claudine Mehinto, Colette Aglikpé, Sophie Martine Yekpa, Merliane Houanzenoude, Habib Adjovi Kpèhounto et autres ont livré un spectacle qui, pendant longtemps, restera encore dans les annales de la ville de Santarem qui, aux dires de ses habitants, «n’avait pas encore connu un tel débordement d’énergie et autant de maestria venant d’une troupe invitée sur scène», à en croire Reis Mendes, un des responsables du groupe portugais. JFM

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Par Josué F. MEHOUENOU, Envoyé spécial à Santarem