Festivités du panthéon vodoun: La note particulière de la célébration cette année

Par Paul AMOUSSOU,

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Richesse léguée par nos ancêtres, selon certains dont l’artiste de talent Sagbohan Danialou qui a dédié une ode au vodoun. Des réalités spirituelles de chez nous, grâce auxquelles nous vivrons en harmonie avec la cosmogonie et nous-mêmes, jurent ces adeptes. Et, à en croire le président Patrice Talon, si l’Europe est d’essence judéo-chrétienne, l’Afrique est de tradition vodoun. Réalité tangible dont ne démordent pas les adeptes, perceptible avec plus d’acuité à l’occasion de la célébration du culte vodoun. Entités spirituelles du patrimoine national, les divinités vodoun n’ont jamais autant été exaltées et magnifiées à l’occasion de leur célébration le 10 janvier chaque année.
Il faut avoir été présent, vendredi 10 janvier dernier à la place éponyme sise à Gbècon à Grand- Popo, où le gotha du culte vodoun s’est donné rendez-vous, pour s’en rendre compte encore. Noire de monde, cette place a vu, autour de Agassa Guedehoungue, président de la Communauté nationale du culte vodoun du Bénin (Cncvb-Racine), l’essentiel des dignitaires s’en revendiquant, outre des personnalités politico-administratives, surtout celles ressortissantes de la région. Et, alors que le chapelet des discours des officiels s’égrenait et se faisait languissant, la passion pour le vodoun a fini par l’emporter à travers les populations et adeptes présents qui piaffaientd’impatience de voir les divinités s’exprimer. Tant et si bien que le ballet attendu de Zangbéto, le gardien de nuit, de Kpodji-guêguê, l’échassier, de Egun-gun, le revenant des tombes, des Guabadassi ou des Sakpatassi, etc., a très vite pris le pas sur les discours qui mettaient en vedette les hommes et non pas les divinités.

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Fulgurance vodouisante

Si la religion endogène donne l’impression de végéter dans une relative léthargie voire d’être l’objet d’une régression de sa pratique, la célébration du 10 janvier reste l’occasion unique d’une appropriation sinon d’une expression forte du panthéon vodoun. L’année 2020 n’aura pas fait exception à cette fulgurance vodouisante.
Puissances immatérielles, mais matérialisées par des autels où s’effectuent leur invocation, la communication avec lesdites puissances, selon des rites rigoureusement organisés, les déités vodoun ont été l’objet de toutes les attentions à travers leurs adeptes, avec en tête les Hounons, les prêtres du vodoun en chef qui ont sacrifié ce vendredi 10 janvier à la tradition.
Mais par la circonstance du calendrier, la célébration se tenant un vendredi, les différentes obédiences ont procédé la veille aux cérémonies dédiées, notamment les rituels d’immolation, les sacrifices aux vodoun qui sont interdits un vendredi. C’est la note particulière de la célébration cette année. Les rituels, pour l’essentiel, ont été par conséquent faits jeudi, soit la veille. Tel à Lobogo, dans la commune de Bopa où Hounon Lokovi Kokou, grand prêtre de réputation internationale du culte Thron kpéto déka alafia, entouré des siens, a consenti aux rituels de rigueur. A Doutou comme à Houéyogbé, c’est sous la houlette du dignitaire Agassa Guedehoungue que les cérémonies ont eu lieu. Les autres temples et couvents du Mono et du
Couffo, n’ont pas été du reste. Albert Sehonou Hounon Hounmambou Apougnon, représentant le maire de Dogbo, a présidé la cérémonie officielle qui a mobilisé les adeptes et sympathisants vodoun de cette localité.
Selon les prêtres, le culte d’un vodoun suppose que chaque année, une grande fête lui soit consacrée, célébration encore appelée hunhwé. Il s’agit en ce qui concerne le Thron, d’une double célébration rituelle annuelle, rigoureusement à chaque semestre, à en croire Hounon Lokovi Kokou de Lobogo dans le Mono et son homologue Albert Sehonou Hounon Hounmambou Apougnon basé à Dogbo dans le Couffo. A l’occasion des festivités consacrées aux religions endogènes le 10 janvier, ce sont non pas les spécificités qui s’expriment mais toutes les divinités. Notamment, celles incarnant les forces de la nature comme Hêviosso, divinité de l’orage qui châtie celui qui brave les convenances en le foudroyant, ou Sakpata, divinité incarnant l’entité terre, ont été célébrées. Idem pour Papa Dessou, Mami Apouke ou Dan Gnidohouêdo, qui apportent protection et prospérité. Le panthéon vodoun a été donc cette année encore célébré avec faste, dans sa riche diversité.

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