Filière lait et viande: Le Bénin opte pour l’amélioration génétique

Par Maurille GNASSOUNOU A/R Borgou-Alibori,

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Préoccupé par la productivité de la filière lait et viande, le Bénin recourt depuis quelques années aux techniques de reproduction liées à l’amélioration génétique. Emboîtant ainsi le pas à d’autres pays de la sous-région ouest africaine, il avance à son rythme dans le processus.

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Par une journée ensoleillée du jeudi 21 décembre 2017 balayée de surcroit par le vent sec de l’harmattan, dans l’arrondissement d’Ounin, à Banikoara. Sous les regards envieux de ses voisins, le fermier Abassi Soulé, la soixantaine révolue, fait admirer ses veaux métissés. Sur sept de ses vaches qu’il a fait inséminer sur chaleur naturelle dans sa ferme, quatre ont donné naissance à des veaux dont un, malheureusement, n’a pas survécu. Il lui restait encore trois vaches gestantes sur chaleur naturelle.
En effet, dans la maîtrise de la technique d’insémination artificielle, des pays comme le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont très avancés sur le Bénin. Mais ce dernier, bien qu’ayant fini par leur emboîter le pas depuis seulement quelques années, y a déjà consenti de nombreux efforts.

Au prix de la persévérance

Selon le para-vétérinaire, Prudence Ogah, il s’agit d’accroître la production et l’efficacité de la filière viande et lait. Ceci, en lui permettant de fournir des produits de qualité et plus compétitifs, puis d’augmenter le revenu de ses acteurs. L’objectif est d’obtenir des races locales de bovins et d’ovins améliorées. A terme, il ne sera plus question d’importer des Azawak et des Girolando au Bénin, mais plutôt de les y élever.
En effet, le programme d’insémination artificielle a effectivement pris corps dans l’élevage des bovins au Bénin, grâce au Projet d’appui aux filières lait et viande (Pafilav). A travers son centre d’insémination, appréciable reste la contribution de la Ferme de l’Okpara, dans sa mise en œuvre.
Comme bien d’autres agents, le para-vétérinaire Prudence Ogah travaille à disséminer la technique de l’insémination artificielle pour laquelle il a été formé à la Ferme de l’Okpara. « Au départ, nous sommes partis du principe selon lequel il faut inséminer les animaux sur chaleur naturelle », explique-t-il. L’opération, fait-il observer, survient tous les 23 jours lorsque les vaches ne sont pas gestantes. Dans la localité d’Ounin, à Banikoara, où il servait, le para-vétérinaire rassure que les éleveurs ont été formés et sensibilisés à la détection des chaleurs naturelles. « Pour nous, une vache est en chaleur, lorsqu’un taureau commence par la suivre. Nous l’attachons, puis faisons venir le vétérinaire qui procède à ses examens. Lorsque c’est avéré, il fait l’insémination et après quelques jours de captivité, nous relâchons l’animal », soutient le fermier Abassi Soulé.
« Des troupeaux dont les éleveurs étaient aptes à adhérer à l’innovation et à nous accompagner ont été identifiés. Dans la commune, nous avons identifié 12 élevages pour démarrer avec l’insémination sur chaleur naturelle », a confié Prudence Ogah. « Les premières opérations d’insémination ont démarré en novembre 2016. La première opération a eu lieu le 2 novembre 2016 par l’élevage de Faragui dans l’arrondissement d’Ounin, à Banikoara. Celle qui a suivi, c’était chez le fermier Abassi Soulé », se souvient-il. « Etant donné qu’il n’y avait pas un constat significatif par rapport aux effectifs inséminés, nous sommes alors passés à une campagne d’insémination sur chaleur artificielle induite. Cette technique fait appel à l’utilisation d’hormones pour susciter la chaleur chez la vache », poursuit le para-vétérinaire. « A Banikoara, on nous a donné un quota de 45 vaches à inséminer sur chaleur induite, toujours chez les 12 éleveurs avec lesquels nous avons commencé. Finalement, 41 vaches ont été inséminées par cette nouvelle méthode. Sur ce nombre, nous avions eu 5 retours de chaleur, c’est-à-dire qui n’ont pas réussi. Trois ont été à nouveau inséminées. Les tests ont révélé que les 39 vaches étaient effectivement gestantes. Pour la chaleur naturelle, nous avons inséminé 17 vaches dont 11 sont revenues gestantes et 7 avaient déjà mis bas », se réjouit-il.

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A chaque type
d’insémination, son coût

Lorsqu’elle est faite sur chaleur naturelle, l’éleveur doit débourser au moins 25 000 F Cfa par vache. Les premières opérations, se rappelle Prudence Ogah, avaient été gratuites. En ce qui concerne l’insémination sur chaleur induite, il explique que tout est fonction du coût des hormones, de la semence et de la main d’œuvre. A ce niveau, les éleveurs avaient à prévoir un minimum de 50 000 F Cfa par vache. Au-delà de l’importance des coûts engagés, assure Prudence Ogah, les éleveurs sont satisfaits d’avoir des veaux métissés à partir des semences de race Girolando, des animaux originaires du Brésil et que l’on retrouve dans les fermes de Kpinnou et de l’Okpara.

Un géniteur performant
dans le troupeau

Comme l’insémination artificielle, la production et la sélection de géniteurs performants à introduire dans un troupeau participent à l’amélioration génétique. C’est le cas dans la ferme des trois rivières à Ina, commune de Bembèrèkè, celle d’un opérateur privé où en dehors du programme d’insémination, des bovins Azawak pris comme géniteurs performants ont été introduits dans le troupeau. Ce qui a donné des résultats encourageants. « Au fur et à mesure que nous avançons dans le département de l’Alibori, nous rencontrons des zones agro-écologiques qui ne sont pas propices pour les Girolando », fait constater le para-vétérinaire Frederick Gbaguidi qui intervient dans cette ferme.
Dans une autre ferme également engagée dans le processus d’amélioration génétique, ce sont des Girolando qu’on a fait venir pour les croiser avec des vaches locales, des Borgou. Des produits en sont issus.
En plus de l’amélioration de la production de lait, l’on peut tirer de nombreux autres avantages de ces croisements. A la croissance beaucoup plus rapide des animaux, s’ajoute également la production de viande conséquente avec un gain de poids au niveau des mâles que chez les animaux de race locale.
Le paradoxe, c’est qu’avec les techniques d’amélioration génétique, la plupart des éleveurs souhaitent beaucoup plus obtenir des femelles. Ce qui leur offrira la possibilité d’augmenter leur production de lait. L’adhésion à ces nouvelles techniques est donc manifeste. Au gouvernement à travers son ministère en charge de l’Agriculture et de l’elevage de la susciter davantage.
Multiplication rapide et limitation
des maladies vénériennes

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Le centre d’insémination de la ferme a pour principale activité de collecter le sperme des taureaux géniteurs sélectionnés à cet effet. Après l’avoir congelé, il l’utilise sur le terrain pour les inséminations. Il ne les produit pas, mais prépare seulement les semences recueillies. C’est, selon l’ingénieur du développement rural, technicien de laboratoire, Hubert Comlanvi Gohoungo, le seul centre qui est habilité à contrôler la qualité des semences.
En effet, la mise en condition des taureaux performants commence au niveau des taurelleries. Dressés à cet effet et prêts à monter les vaches préparées en conséquence, ils sont aptes à fournir leur sperme qui sera conditionné pour obtenir des semences.
Technique de reproduction consistant à recueillir la semence d’un géniteur mâle performant que l’on travaille et dépose dans les voies génitales d’une femelle sans accouplement, l’insémination artificielle offre pas mal d’avantages. Sur le plan sanitaire, elle permet d’éviter la transmission de maladies d’un sexe à un autre.
Génétiquement, il y a également un progrès qui offre la possibilité d’avoir chaque année, le nombre de veaux souhaité au sein d’un troupeau. Sur le plan organisationnel, cette méthode permet à un éleveur d’obtenir des veaux au moment voulu.
En 2017, une campagne à titre démonstratif a été réalisée dans 16 communes environ. L’opération a permis de mettre à contribution près de 480 vaches.
M.G.