Flambée des prix, bien-être social et nécessaire sauvegarde des acquis de développement

Par La Redaction,

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Candide AhouansouCandide Ahouansou

L’indice du bonheur et du bien-être social et l’augmentation du prix de la bouteille de butane. Qu’ont de commun ces deux sujets ?, se demande d’emblée le lecteur. Comment s’assemblent-ils? Et comment peut-on discourir sur l’augmentation du prix du seul gaz butane alors que la préoccupation du moment, c’est la flambée des prix des produits de grande consommation et de première nécessité ?

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Par Candide Ahouansou*

Nous répondons à ce questionnement, on ne peut plus légitime, ainsi qu’il suit. Nous avons la pleine conscience du fait que les autorités font déjà feu de tout bois pour réguler le marché des produits de première nécessité, mais nous craignons qu’elles n’omettent d’accorder l’importance qui convient à certains qui, pour ne pas être classés de première nécessité, ne sont pas moins de première utilité et d’une importance décisive pour les ménages : le feu, qu’il soit sous la forme de charbon de bois ou de gaz butane est indispensable pour cuire les produits de première nécessité dont il est question et le gaz butane fait à présent partie intégrante de notre bien-être social. Il s’agit d’un produit significatif de l’avancée sociale des ménages portant une dynamique de développement. A ce titre, n’est-on pas fondé à demander que lui soit accordé un traitement particulier dans la régulation du marché en cours ?
Je saisis alors l’occasion de la journée internationale du bonheur et du bien-être social du 20 mars pour faire la réflexion sur la nécessité de l’établissement d’un indice du bien- être et partager avec le lecteur l’idée que dans la tourmente de la montée des prix, il serait souhaitable que les autorités prennent des mesures spécifiques à l’endroit des produits portant acquis de développement et de modernité, telle la bouteille de gaz butane dans les ménages, pour éviter de refréner le développement du pays dans son ensemble.

Justification d’un indice du bien-être social

Dans mon entendement, l’indice est pour l’économie ce qu’est le tableau de bord pour la voiture. Un certain nombre de paramètres économiques techniquement prédéfinis le déterminent d’une part et permettent d’autre part de savoir où l’on en est en relation avec les objectifs fixés ; c’est donc une boussole. C’est sur des indices classiques établis au plan macroéconomique que les institutions de Bretton Woods se fondent pour apprécier la santé économique d’un pays. Les investisseurs étrangers y ont également recours pour engager leurs capitaux. Mais à côté de cela, n’est-il pas logique que chaque pays ait un indicateur qui lui permet d’apprécier la progression du bien-être social des citoyens, l’évolution de leur quotidien faisant leur bonheur ?

La journée du 20 mars et l’instauration de la notion du bonheur dans l’économie

Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que le 20 mars a été institué journée internationale du bonheur et du bien-être par l’Organisation des Nations Unies à l’instigation du Bouthan, petit pays d’Asie dans l’Himalaya, d’à peine 3 millions d’habitants qui a introduit, pour la première fois, la notion du bonheur dans l’économie. C’était une alternative au Produit intérieur brut (Pib), l’indice standard du système capitaliste libéral, à qui l’on reprochait des insuffisances. En effet, le Pib résulte de l’accumulation de toutes les productions du pays sur une année ; il mesure le niveau de richesse matérielle prise dans son ensemble et de façon anonyme ; de plus, il ne prend pas en compte l’économie informelle. Il n’est donc pas significatif de la situation matérielle effective des gens et ne mesure en rien leur bien-être réel.
Le Bouthan avait alors décidé, en 1972, de remplacer l’indice Pib par celui du Bonheur National Brut (Bnb). En 2012, l’Onu a reconnu le bien-fondé de ses préoccupations et a institué le 20 mars comme Journée du Bonheur National Brut. L’Assemblée générale avait alors adopté, sans vote, une résolution sur le bonheur comme étant une approche globale du développement. Elle invitait alors les États membres «à élaborer de nouvelles mesures qui tiennent mieux compte de l’importance de la recherche du bonheur et du bien-être afin d’orienter leurs politiques de développement ».

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Comment cette notion s’est-elle invitée dans notre pays?

En octobre 2013, il s’est passé un évènement qui avait mis tout le gouvernement en émoi et aussi une partie des citoyens éclairés. Une institution affiliée aux Nations unies venait de publier un rapport intitulé le World Happiness Report qui reléguait notre pays à la 155e place sur les 156 pays considérés. C’était le branle- bas général. Branle- bas au niveau des autorités d’autant que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International venaient de publier un rapport sur la bonne santé de l’économie de notre pays. Les autorités avaient alors de bonnes raisons d’être satisfaites et de regarder le World Happiness Report de très haut. Mais c’était sans compter avec le fait que ni la Banque Mondiale ni le Fonds Monétaire International ne se préoccupent du bien-être social quand bien même ils prennent en compte la croissance, les perspectives des économies et le développement. Branle-bas au niveau des syndicats et du peuple qui voyaient dans le World Happiness Report la confirmation de leurs revendications pour une vie sociale meilleure.

Ce que nous proposons

Nous suggérons une fois de plus, l’établissement d’un indice du bien-être des gens ; et pour cause. Si nous avions eu un tel outil économétrique, il aurait été aisé de réagir sainement et dignement à la publication du World Happiness Report, mais nous n’avions rien eu à lui opposer et ce ne fut vraiment pas heureux. L’indice du bien-être que nous suggérons pourrait s’établir sur la base des critères que nous avions déjà définis dans une réflexion antérieure et que nous énumérons comme suit sans plus de détails : Le Pib bien qu’imparfait ; la croissance économique ; les logements sociaux réels; l’utilisation de la bouteille de gaz pour faire la cuisine; les scandales financiers; le retour sur réalisation des projets censés être de développement; l’espérance de vie à la naissance; la protection sanitaire des citoyens et l’assurance vieillesse pour tous ; le respect des libertés civiques, des droits de l’enfant et des femmes ; le nombre de décharges non sauvages et d’incinérateurs.
C’est ainsi que nous percevons la manière dont le gouvernement pourrait évaluer le bien-être de ses citoyens, qui est en définitive la finalité de toute politique publique sans préjudice toutefois de ce que feraient les professionnels s’il leur était demandé d’établir un tel indice. En tout état de cause, l’on ne saurait arguer, comme il m’a été donné de l’entendre, du fait que cet indice n’existe pas dans les normes des Nations unies et que sa détermination reviendrait trop cher à l’Etat pour ne pas l’établir. Il est alors opportun de rappeler que dans sa résolution dont nous venons de faire état, l’Organisation des Nations Unies elle-même « incite les gouvernements à élaborer de nouvelles mesures qui tiennent mieux compte de l’importance de la recherche du bonheur et du bien-être afin d’orienter leurs politiques de développement ». Par voie de conséquence, le Pnud ‘’ Programme des Nations unies pour le Développement‘’ ne saurait manquer d’étudier favorablement une demande de financement de la constitution de cet indice du bien-être social si tant est qu’elle entrainera des frais trop importants pour notre Budget.

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La bouteille de butane dans la tourmente de la montée des prix

La flambée des prix de tous les produits fait rage et détruit notre pouvoir d’achat de manière drastique. Il serait cependant malséant d’imputer le phénomène au régime en place, d’autant que l’on constate avec bonheur qu’il fait tout ce qui est en son pouvoir pour le contenir notamment en n’hésitant pas à revenir sur certaines décisions jugées finalement à tendance inflationniste. Au demeurant, il prend langue avec les industriels pour étudier avec eux les voies et moyens susceptibles de maitriser les prix. Cela n’est en principe pas du ressort d’un régime néo libéral classique, mais le chef de l’Etat nous avait promis de donner une orientation plus sociale à la présente magistrature; et d’évidence, il tient parole. D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais enregistré une action gouvernementale de pareille nature en pareille circonstance. A tout seigneur tout honneur donc.
Ma préoccupation se situe toutefois à un niveau quelque peu différent : celui de tenir compte de ‘’l ‘histoire ‘’d’un produit s’il en a une, afin de savoir comment se comporter au mieux face à toute augmentation de prix le concernant. L’utilisation de la bouteille de gaz a effectivement une histoire économique qu’il sied de se remémorer pour éclairer toute décision devant l’affecter, dans la mesure où elle est déterminante dans la consommation des ménages et préservatrice de la santé des populations si l’on se réfère au charbon de bois. Elle a été fortement encouragée par le gouvernement. A cet effet, une campagne avait été menée en direction de la population et singulièrement en direction des bûcherons pour leur faire admettre les réels méfaits de la déforestation sur l’écosystème. Parallèlement, un grand travail de sensibilisation avait été entrepris auprès de nos mères pour les mettre sur le chemin de la modernité avec les bouteilles de gaz butane qui au demeurant devaient préserver leur santé des affres de la fumée toxique que dégage le charbon de bois. L’opération avait connu un succès certain. Il importe alors, lorsque l’Etat arrive après beaucoup d’efforts à un résultat aussi probant de veiller à ce qu’il ne soit pas détruit par toutes sortes de conjonctures y compris la montée inconsidérée des prix.
Au reste, il convient d’avoir à l’esprit que certains produits n’ont pas que valeur marchande; ils revêtent également et intrinsèquement un caractère de développement. Passer du feu de bois au gaz butane dans l’usage domestique est tout à la fois un acquis de civilisation, un acquis de développement et un acquis de promotion sociale; le butane est désormais signe de bien-être et de confort des ménages. Aujourd’hui et à l’instar d’autres produits, actualité oblige, il est pénible de constater que son prix s’envole et que cet acquis n’est plus accessible au citoyen ordinaire; le risque est alors grand que son utilisation s’amenuise et ramène tous les problèmes de déforestation et de santé publique. Il serait bienvenu que le gouvernement pare à cette éventualité.
Il sied de reconnaître toutefois que l’utilisation de la bouteille de butane était déjà hypothéquée avant son avènement sous l’effet d‘un certain nombre de facteurs dont l’on ne s’était malencontreusement pas soucié. Les augmentations successives du prix du produit laissé purement et simplement à la merci de la prétendue loi du marché, l’ont rendu inaccessible à la majeure partie de la population, constituant ainsi le premier goulot d’étranglement de cet acquis de développement. A cela, s’étaient ajoutées les malencontreuses ruptures d’approvisionnement qui avaient fini de désorienter les ménagères. Alors, les bûcherons reprirent du service et nos mères retournèrent progressivement au feu de bois, ramenant à elles, tous les maux dont elles souffraient : elles revinrent à la case départ. La quadrature du cercle ! La capitalisation de l’acquis n’avait donc pas eu lieu comme il se devait.

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Comment le gouvernement pourra- t-il corriger le tir ?

Le régime a judicieusement trouvé les voies et moyens d’endiguer la flambée des prix de certains produits dont la baguette de pain en discutant avec les boulangers et en leur donnant même des gages. Il est alors à même d’en faire autant avec les importateurs du gaz butane; et nous lui faisons confiance. Il s’agit de sauvegarder un acquis de développement et de civilisation. Le pain fait essentiellement de farine de blé, au demeurant importée, n’est pas nécessaire à la vie du Béninois ordinaire quand bien même il s’en est accoutumé au point d’en devenir dépendant. Le feu, lui, est une condition sine qua non de la vie et le butane est sous nos cieux, le moyen moderne de faire le feu pour cuire les aliments. Au reste, nous n’avons pas le droit de laisser le feu du charbon de bois détruire la santé de nos mères. C’est dans mon esprit une affaire de conscience politique.

*Ambassadeur