Flambée des prix des produits de première nécessité: « La situation est maîtrisable », selon Albert Honlonkou, Pr agrégé à l’Uac

Par Isidore Alexis GOZO (gozoalexis6@gmail.com),

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Albert Honlonkou, professeur agrégé des Sciences économiques et de gestion à l’Uac

Depuis quelques semaines, les prix des produits de première nécessité flambent sur le marché. Albert Honlonkou, professeur agrégé des Sciences économiques et de gestion à l’Université d’Abomey-Calavi, affirme que ce phénomène qui engendre la mévente et crée d’énormes difficultés aux petites bourses est dû à plusieurs facteurs. Il soutient que le Bénin ne peut connaître une crise alimentaire, car la situation est maîtrisable.

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Plusieurs produits de première nécessité dont le maïs, le gari, l’huile alimentaire, le haricot et autres ont connu, depuis quelques semaines, une augmentation de prix sur le marché. Albert Honlonkou, professeur agrégé des Sciences économiques et de gestion à l’Université d’Abomey-Calavi et enseignant chercheur, estime que la situation est maîtrisable. A l’en croire, les produits sont disponibles sur le marché mais ce sont les prix qui sont élevés et le problème important à résoudre est de faire correspondre cela avec le pouvoir d’achat des consommateurs. Se basant sur la disponibilité alimentaire au niveau local, l’enseignant chercheur fait savoir qu’il y a quatre facteurs qui entrent en jeu à savoir la production locale, les exportations, la pression fiscale et les effets de la Covid-19.
En ce qui concerne la production locale, il souligne qu’une partie est complétée par les importations. « Lorsque nous ne sommes pas autosuffisants sur le plan alimentaire, on en importe. Mais il y a un autre phénomène, on exporte le même produit bien qu’on ne soit pas autosuffisant. Donc les exportations viennent en diminution des quantités disponibles sur le marché. S’il y a des gens qui proposent des prix plus élevés aux producteurs ou aux commerçants, ces derniers vont vouloir vendre à l’extérieur que de vendre localement. Ce qui va diminuer le produit sur le plan local ou bien les prix que l’extérieur est prêt à payer vont connaître une répercussion au niveau local », explique-t-il.

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Facteurs de pénurie

Albert Honlonkou ajoute que les produits sont disponibles sur le marché et les commerçants veulent bien vendre mais ils cherchent à avoir une petite marge, ce qui amène les consommateurs à ne pas passer à l’achat. Il fait savoir que s’il y avait la possibilité de diminuer les prix pour pouvoir vendre et garder une certaine marge, cela permettrait aux vendeurs d’écouler leurs produits. Ce qui crée surtout la mévente, selon lui, est que les vendeurs qui ont acheté les produits à un prix plus élevé veulent les écouler encore plus cher.
Au niveau de la production, il indique qu’il y avait eu pluie la saison écoulée ; or c’est la production dernière que les populations consomment actuellement sur le territoire national. « Je sais qu’il y a eu de problème de pluie par rapport à la saison en cours. Et là, on peut anticiper, c’est-à-dire que les producteurs qui vont vendre leurs produits se basent sur la rareté des pluies pour faire des stocks pour la consommation, ce qui crée toujours la rareté des produits », démontre-t-il.
Abordant l’importation, l’enseignant chercheur souligne qu’il y a un certain nombre de facteurs qui entrent en ligne de compte. « Quand vous importez un produit de la France ou du Brésil, il peut y avoir un certaine hausse des prix à cause des taxes qui s’y ajoutent», note-t-il. Il informe qu’à cause de la Covid-19, l’assurance et les frais peuvent augmenter de prix, ce qui crée toujours une certaine hausse de prix des produits. « Au niveau de la douane, il y a des taxes qui s’ajoutent aux produits mais je ne pense pas que le gouvernement ait augmenté les taxes, ces derniers temps. On peut supposer que l’assainissement de ce secteur amène les gens à payer les vraies taxes », fait-il observer.
Parlant des exportations, le professeur Albert Honlonkou révèle qu’il y a des projets qui encouragent les exportations des produits agricoles du Bénin vers le Nigeria, un pays qui connaît une pénurie par rapport à un certain nombre de produits de première nécessité. « Lorsque vous prenez certains départements qui sont frontaliers au Togo, des gens exportent l’huile de palme, le maïs et autres malgré la fermeture des frontières. Ce facteur peut aussi engendrer la pénurie», poursuit-il. L’enseignant chercheur indique que, si les prix des produits agricoles augmentent, ce sont les paysans qui gagnent et les citadins perdent. Mais il peut arriver, ajoute-t-il, que les paysans aussi perdent parce qu’il y a certains parmi eux qui produisent et ne vendent pratiquement pas sur le marché, c’est-à-dire qu’ils auto-consomment leur production. Il met aussi l’accent sur les vendeurs nets qui produisent en quantité suffisante, consomment une partie et revendent l’autre partie. Ces derniers, à l’en croire, vont gagner lorsque les prix seront élevés sur le marché. « En milieu rural, il y a des gens qui sont des consommateurs nets ; ce qui veut dire que ce qu’ils produisent ne suffisent pas et parfois, ils le vendent au moment des récoltes où les prix sont bas », dit-il. Ce qui fait qu’en période de soudure, ils sont obligés d’acheter le même produit à un prix élevé. Dans ce cas, ceux-ci vont avoir des problèmes parce que cela augmente leur niveau de pauvreté, vu qu’ils n’ont plus les moyens pour pouvoir s’acheter des produits qui se révèlent plus chers sur le marché.

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Baisse probable des prix

L’enseignant chercheur annonce qu’il y a une saison en cours qui provoquera sûrement une baisse des prix au niveau de la production locale. « Je suis sûr que d’ici le mois d’août prochain, les prix vont baisser parce que les récoltes seront sur le marché », confie-t-il. Il note que les dons de produits vivriers que le Bénin reçoit souvent de ses partenaires peuvent permettre aux autorités de réguler un peu pendant cette période, les prix sur le marché et de cibler certains consommateurs qui ont de la peine à s’acheter les produits. Albert Honlonkou révèle que la politique agricole est une chose importante, car cela permet de savoir comment maîtriser l’eau pour pouvoir faire trois ou quatre récoltes dans une année. L’essentiel est de connaître les politiques intelligentes à mettre en œuvre pour pouvoir sortir de cette crise.