Fort portugais de Ouidah : Vestiges réhabilités à l’identique

Par Ariel GBAGUIDI,

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Fort portugais de Ouidah Vestiges réhabilités à l’identique

La première phase des travaux de réhabilitation du Fort portugais de Ouidah est achevée. Les derniers réglages sont en cours pour accueillir, au cours du premier semestre de l’année 2022, l’exposition temporaire des 26 œuvres restituées par la France. Notre équipe de reportage y a fait un tour, ce vendredi 5 novembre.

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Une réhabilitation à l’identique a été souhaitée pour le Fort portugais chargé de raconter l’histoire et de faire revivre la mémoire collective sur la traite des Noirs au Dahomey. Clôture surélevée avec une tourelle équipée de canons installée aux quatre coins du site, corps de garde à l’entrée, bref, pour qui connaît le Fort portugais de Ouidah, il constatera que ses principaux constituants ont été maintenus et modernisés.
En effet, trois entrées donnent accès à l’esplanade extérieure du fort. Il y a l’entrée principale ouverte sur Ouidah et deux entrées latérales. La première située à gauche, s’ouvre sur l’esplanade à partir d’un parking de dix places. La seconde débouche au même endroit depuis le parking des visiteurs situé à gauche, en contrebas. Pour rejoindre l’esplanade extérieure via ce parking, le visiteur emprunte des escaliers recouverts de palettes. La balustrade au milieu est faite de branches d’arbres sèches vernissées reliées les unes aux autres par des vices en fer forgé, tandis que celles situées aux deux extrémités sont faites à partir du granite béninois. Le passage dans ces escaliers rappelle bien la période douloureuse de l’esclavage où le granite, les branches d’arbres, les chaînes en fer noir et autres ferrailles sont abondamment utilisés pour maintenir en captivité les esclaves et prisonniers.
Sur l’esplanade extérieure, le visiteur est séduit par le paysage pittoresque et verdoyant qui l’accueille. Le gazon toujours vert, les fleurs provenant de pépinières locales et les orangers sur lesquels pendent déjà de nombreux fruits mûrs, sont taillés avec minutie. Le vent doux qui y souffle, fait de ce parterre un endroit agréable qui s’intègre dans le tissu urbain local. En face, les murs d’enceinte du fort, qui s’étaient affaissés avec le temps ont été réhabilités et rehaussés. Ils mesurent en moyenne 4,5 mètres. La douve a été reconstituée en partie, et pour des raisons écologiques, elle est privée d’eau.
Comme toujours, le corps de garde, un bloc de type R+1, donne accès à l’enceinte du fort. Le rez-de-chaussée est désormais transformé en service accueil et billetterie. Les locaux à l’étage sont réservés au service administratif du musée. Après avoir franchi l’accueil, le visiteur se retrouve sur la cour intérieure du fort. Elle est baptisée « promenade patrimoniale », informe notre guide circonstanciel, Nathalie Blanc Chékété, coordinatrice du Projet de compétitivité du Tourisme transfrontalier (Pctt) à l’Agence nationale de promotion des Patrimoines et de développement du Tourisme (Anpt). Dans la cour, à droite, se trouve la maison du gouverneur. C’est elle qui accueillera, courant mai 2022, les 26 œuvres restituées par la France en attendant la fin des travaux de construction du musée de l’épopée des Amazones et des rois du Danxomè. Ce bâtiment de type R+1 est remarquable par son architecture afro-brésilienne. Il est réhabilité à l’identique pour recevoir des expositions temporaires majeures. Hospice Houngbèmè, directeur des travaux sur la phase 1 du projet, énumère les nouvelles caractéristiques de l’édifice. « C’est un très vieux bâtiment colonial historique de 280 m2 que nous avons conservé dans son entièreté. Il a été renforcé du point de vue structure compte tenu du fait qu’il est maintenant destiné à accueillir un plus large public. La dalle a donc été redimensionnée pour recevoir des charges en exploitation allant jusqu’à 800 g par m2 », explique-t-il. Depuis quelque temps, l’accès à la maison du gouverneur est restreint. « Pour le moment, il y a des règles à respecter. Seuls quelques ouvriers peuvent y entrer pour des touches de finition », indique Nathalie Blanc Chékété. Elle ajoutera que le bâtiment a fait l’objet d’une mise aux normes en matière de régulation thermique afin de respecter le niveau d’hygrométrie qui permettra d’exposer les 26 œuvres dans des conditions optimales, étant donné que les conditions climatiques au Bénin sont différentes de celles de la France où les œuvres sont restées pendant 130 ans.
Un peu plus au nord dans l’enceinte du musée, il y a la chapelle que les populations pourront continuer par utiliser. « On veut vraiment que cet espace soit ouvert à la population », insiste notre guide circonstanciel. Derrière cette chapelle se trouve le Musée international de la mémoire de l’esclavage (Mime). Edmond Toli, directeur général de l’Anpt, précise que le Mime permettra de raconter l’histoire douloureuse de la traite négrière au Bénin en particulier et dans les Amériques de façon globale, sans occulter ses conséquences ou impacts sur les continents impliqués de même que les luttes qui ont conduit à son abolition.

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Caserne et captiverie

Dans la cour, « promenade patrimoniale », se trouve également la caserne où vivaient les officiers portugais. Ce bâtiment de trois pièces et la maison du gouverneur se font face. La caserne est aussi réhabilitée à l’identique. Elle couvre une superficie de
300 m2. « D’abord, explique Nathalie Blanc Chékété, vous avez l’armurerie qui est l’espace où les officiers portugais rangeaient leurs armes. Ensuite, suit le mess qui était leur espace de vie. A l’intérieur des salles, le visiteur verra exactement ce qu’étaient une armurerie et un mess des officiers au temps fort de la traite négrière. Nous avons installé des éléments scénographiques qui les a reconstitués à l’identique », détaille la coordinatrice du Pctt à l’Anpt. Une salle pouvant accueillir 30 à 40 personnes pour des conférences internationales sur les sujets liés à la traite négrière, complète ce bâtiment. Ce dernier, comme l’ensemble du site, a été réhabilité suivant les standards internationaux que doivent respecter les lieux ayant vocation à recevoir du public y compris les personnes à mobilité réduite qui profiteront de rampes d’accès Pmr.
Derrière la caserne, se trouve un espace singulier : la captiverie. Il s’agit d’un petit hangar sous lequel prévalaient constamment peur, angoisse, crainte, peine et tristesse. Nathalie Blanc Chékété précise que c’est là que les captifs étaient entassés comme du bétail avant de prendre la route de l’esclave.
Toujours dans l’enceinte du musée, un préau de 75 m2 est nouvellement construit. Il est destiné à accueillir les groupes scolaires en visite dans le fort. Pour faire vivre l’espace muséal, une zone commerciale est érigée à l’intérieur. On y verra une boutique-souvenirs, des ateliers d’artistes et un snack bar où les visiteurs pourront se restaurer.

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Promouvoir Ouidah et la destination Bénin

La réhabilitation du Fort portugais de Ouidah de même que les autres chantiers en cours ou à venir sont l’expression matérielle de la vision du président Patrice Talon pour le secteur du tourisme béninois. Ils s’inscrivent dans le volet Tourisme du Programme d’action du gouvernement qui entend reconstruire la cité historique de Ouidah à l’identique. L’objectif affiché est de faire de cette ville côtière la destination phare du tourisme mémoriel en Afrique et dans le monde, de renforcer son potentiel touristique et de préserver la mémoire sur le sujet de la traite.
« L’investissement effectué au niveau du Fort portugais s’inscrit dans le cadre d’un financement global d’environ 50 millions de dollars Us (à peu près 27 milliards Cfa) alloués par la Banque mondiale. Il couvre non seulement les travaux au fort mais également un certain nombre de travaux tels que la rénovation de la place aux enchères, de la porte du non-retour, le mémorial de Zoungbodji, l’aménagement autour de l’arbre de l’oubli. Ce financement couvre également d’autres aspects pour améliorer la compétitivité du Tourisme, le travail qu’on fait avec l’Organisation mondiale du Tourisme pour la formation des guides touristiques, les licences touristiques, etc. », renseigne le directeur général de l’Anpt, Edmond Toli.
Ce vendredi 5 novembre, le président du comité sur la Coopération muséale et patrimoniale entre la France et le Bénin, professeur Nouréini Tidjani Serpos, a également effectué une visite sur le site pour voir le niveau d’avancement des travaux. Il constate avec satisfaction que la première phase des travaux. L’ancien sous-directeur général de l’Unesco chargé de l’Afrique félicite alors l’équipe qui est à l’œuvre et se dit confiant pour la suite. « Il y a une équipe de professionnels dévoués sur le chantier. Ils sont en train de faire du bon travail. Avec ce que j’ai vu et tout ce qui est en train d’être préparé, les œuvres seront accueillies», a-t-il déclaré. Sur la capacité du Bénin à conserver les œuvres restituées, le professeur Nouréini Tidjani Serpos martèle qu’il n’y a aucun doute à se faire au regard des investissements consentis.

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