Franck Ogou, directeur de l’Epa: « Les nouveaux modes de vie pourraient s’avérer fatals pour le milieu lacustre »

Par Josué F. MEHOUENOU,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Franck Ogou, directeur de l’Epa: « Les nouveaux modes de vie pourraient s’avérer fatals pour le milieu lacustre »


L’Ecole du patrimoine africain (Epa) a consacré des travaux à la situation de l’habitat traditionnel. L’actuel directeur de cette école revient ici sur l’intérêt de tels travaux et les menaces qui pèsent encore sur l’habitat traditionnel des régions lacustres.

LIRE AUSSI:  Lancement de Ciné tour 2019 à Kétou: Quinze communes en fête grâce à la Sobébra

La Nation : Quel état des lieux peut-on faire aujourd’hui de la situation de l’habitat traditionnel en milieu lacustre au Bénin ?

Franck Ogou : L’habitat traditionnel lacustre ainsi que les autres éléments du patrimoine du Bénin sont en perte de valeur et en voie de disparition car la modernité et les nouveaux modes de vie sont en train de “coloniser” nos communautés. Mais rien n’est fait pour valoriser cet habitat comme on pourrait le voir ailleurs. Toutes les localités lacustres connaissent à des degrés différents la dégradation des habitats traditionnels.
Aguégués, Ganvié pour ne citer que ces cités connaissent aujourd’hui une panoplie de constructions dites modernes avec des matériaux définitifs. On pourrait aussi identifier la rareté des matériaux locaux de construction comme une justification de la situation décrite plus haut.

Quels sont les risques pour l’environnement, la nature et les populations lacustres ?

Déjà, c’est le défigurement de l’environnement, la pollution des écosystèmes car pour construire par exemple avec du ciment dans l’eau, on contamine le fond des eaux avec toutes les conséquences pour la biodiversité. Ces nouveaux modes de vie pourraient s’avérer fatals pour le milieu lacustre car le type d’habitat répondait à des impératifs environnementaux.

LIRE AUSSI:  Echanges entre Patrice Talon et Muhammadu Buhari : Réouverture imminente de la frontière

Avez-vous l’impression que les populations ont conscience du tort causé à la nature et au développement avec un tel comportement ?
Non, elles n’ont pas souvent conscience-ceci pour deux raisons. La première, elles aspirent au mieux-être et changer l’habitat est pour elles un indicateur. Pour ceux qui continuent de vivre dans les habitats traditionnels, c’est un signe de précarité et chaque famille se bat pour, dit-elle, rattraper la civilisation. La seconde raison est liée à la non valorisation de ces habitats par l’État central afin de redonner de la fierté aux habitants.

Doit-on y voir une menace pour le tourisme ?

Le touriste qui vient chez nous est à la quête de l’exception culturelle des communautés béninoises dans leur quotidien. Et l’ensemble des modes de vie des populations lacustres y compris leur milieu de vie fait partie de cette exception culturelle.

Qu’est ce qui a poussé l’Ecole du patrimoine africain à s’intéresser à cette thématique ?

LIRE AUSSI:  Lancement de Ciné tour 2019 à Kétou: Quinze communes en fête grâce à la Sobébra

Tout ce que je viens de dire a poussé l’Ecole du patrimoine africain à y consacrer un de ses cours régionaux en conservation du patrimoine immobilier à travers le Programme africain 2009. L’objectif était de mieux connaître cet habitat afin de proposer des moyens de conservation et de valorisation. Des professionnels venus de plusieurs pays africains ont réfléchi à la problématique avec les communautés et produit des documents de référence qui sont toujours dans notre bibliothèque et accessibles à toute personne intéressée par le sujet.

Qu’est-ce qui a changé depuis les travaux que vous avez réalisés ?

Pas grand-chose parce que notre travail était beaucoup plus pédagogique avec un accent sur la sensibilisation. Mais nous ne sommes pas responsables du suivi et n’avons aucun moyen de pression sur les communautés qui désirent changer leur habitat. Nous ne sommes qu’une institution où se mène la réflexion pour un changement de comportement.
Ce qu’on peut demander aux populations des zones concernées, c’est qu’elles retrouvent leur fierté de population lacustre avec tout ce qui va avec. Les peuples lacustres sont les mêmes à travers le monde car ayant des modes de vie similaires. Il ne faut pas que les nôtres perdent leur identité au profit d’une certaine modernité.

LIRE AUSSI:  Projet de budget général de l’Etat gestion 2019: Romuald Wadagni présente les grands axes aux députés