Gestion des déchets à Cotonou: Les « bas-fonds » réceptacles des déchets des marchés secondaires

Par Didier Pascal DOGUE,

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Gestion des déchets à Cotonou: Les « bas-fonds » réceptacles des déchets des marchés secondaires

Des tonnes d’ordures collectées dans les marchés secondaires de Cotonou se retrouvent dans les caniveaux et les bas-fonds de la ville. Les usagers des marchés ne respectent pas leurs obligations envers les structures chargées de la collecte des ordures, aussi ces dernières sont-elles défaillantes.

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Au marché Gbégamey, dame Eulalie Dossa enfouit des déchets alimentaires et emballages divers dans des sacs à maïs entreposés à proximité de son étalage. « Je mets mes ordures là et les collecteurs passent avec leurs charrettes pour les ramasser chaque fin de semaine », confie-t-elle. Elle paie 100 francs par sac chaque semaine pour s’en débarrasser. Comme elle, beaucoup de femmes sollicitent les services des collecteurs d’ordures. Mais force est de constater que dans les marchés secondaires de Cotonou, les déchets alimentaires et les emballages sont entassés pêle-mêle dans des poubelles, sacs ou paniers à côté des étalages. Toutes les femmes des marchés n’ont pas la notion de la propreté de leur cadre de vie. Dame Rissikatou Wabi, trésorière générale du comité de gestion du marché Gbégamey, indique qu’elle s’échine avec ses congénères pour amener les femmes à s’occuper de leur cadre de vie. « Nous sommes abonnés et payons 1500 F Cfa par mois auprès des structures chargées du ramassage des ordures », a-t-elle déclaré. 

Dans ce marché, le comité de gestion sensibilise les femmes sur le nettoyage et la proprieté de leur cadre de vie en dépit des poches de résistance avec le soutien des organisations non gouvernementales. « Avec le soutien de l’Ong Assovie, nous formons et sensibilisons périodiquement les femmes du marché à l’entretien de leur cadre de vie». Coïncidence, les jeunes filles encadrées par l’Ong Assovie étaient de tour d’entretien dans ce marché. Elles ont balayé tout le marché sous le contrôle de leur encadreur. Gérard Marius Débadé rencontré sur place a confirmé la détermination de cette Ong à veiller à un environnement sain dans les marchés. En témoignent les poubelles offertes par l’organisation qui servent sous certains hangars.
Au marché Vèdoko, les femmes font des abonnements par des groupes de dix auprès des Ong chargées des collectes des ordures. Chaque groupe paie 1000 F Cfa par mois. Certaines femmes dont les maisons joux- tent les bas-fonds préfèrent jeter leurs ordures selon leurs propres moyens. « Il y a une zone humide à Sêtovi où les femmes vont déposer leurs ordures », a-t-elle déclaré. Selon elle, depuis plusieurs décennies, de nombreuses femmes refusent les abonnements et vont jeter directement leurs ordures contribuant au remblayage des zones humides à proximité. Cette pratique qui perdure dans plusieurs zones du Littoral est favorisée par les services de la voirie qui font de même pour tracer les voies dans les bas-fonds.
« Nous sensibilisons les femmes mais il y a toujours des poches de résistance aux bons comportements, car il n’y a pas de dépotoirs ni de sites de recyclage dans la ville », a-t-elle regretté. Elle invite le gouvernement à doter les quartiers de dépotoirs d’ordures ou de déchèteries pour faciliter la gestion des déchets dans le pays.

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La caution des chefs de quartier

Aperçu sur place un groupe de collecteurs d’ordures est venu décharger les poubelles, sacs et panier d’ordures. Ce sont les manœuvres de l’Ong Métropole ville propre. Thierry Kofi qui coordonne ce service pour la structure, dans les marchés Zogbo, Fifadji, Casse-Auto et Vèdoko, explique le processus suivi par les déchets une fois ramassés. « Quand on les ramasse, on les décharges dans les bas-fonds à la demande des chefs de quartier pour les aider à ouvrir les voies », poursuit-il. Selon lui, ce sont les autorités locales qui indiquent les emplacements où il faut déverser les ordures.
Au marché Vèdoko, seulement quelques-unes des femmes se sont abonnées à Mvp car d’autres gèrent elles-mêmes leurs ordures, étant donné que les zones humides sont proches des marchés. Thierry Kofi déplore l’absence de dépotoir d’ordures ou de sites de recyclage ou encore de tri de déchets dans la ville de Cotonou. Selon lui, c’est ce déficit qui amène les femmes des marchés et les populations à déverser les ordures sur les grandes artères de la ville ou dans les bas-fonds. Le chef quartier de Zézounmey à Cotonou, Phoebé Catrayé, condamne les Ong chargées du ramassage des ordures qui ne font pas bien leur travail. « Non seulement elles n’amènent pas les ordures vers les dépotoirs mais encore elles les déversent dans les caniveaux et bas-fonds», se désole-t-elle. Cet état de choses ne conscientise pas les citoyens qui, à leur suite, font de même en déversant les ordures n’importe où. Malgré, la présence des panneaux de Pugemu qui interdisent le dépôt des ordures dans certaines zones du Littoral, les populations et les Ong continuent avec cette vilaine pratique. C’est ainsi que des tonnes d’ordures issues des marchés se retrouvent dans les bas-fonds et autres zones inondables du département du Littoral?

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Et ça dégage !

Les populations des zones remblayées avec les ordures subissent toutes sortes de nuisances. Elles sont exposées aux problèmes d’hygiène, d’assainissement et de santé. D’ailleurs, ces nuisances perturbent Adébayo Obé Soumaïla et ses voisins. Cela fait douze ans qu’il témoigne avoir rejoint sa maison paternelle qui jouxte le dépotoir sauvage situé non loin de l’Eglise catholique de Zézoumè. A l’écouter, les riverains, les charrettes et les agents motorisés viennent déverser toutes sortes d’ordures ramassées çà et là. « Les mouches nous assaillent sans compter les odeurs de toutes sortes», qui constituent, relève-t-il, leur lot quotidien. Il craint même d’être exposé aux risques liés au choléra et à des maladies apparentées.
Selon Phoebé Catrayé, chef quartier Zézoumè, les populations souffrent. De l’autre côté, c’est le déversoir privilégié des femmes vendeuses de poissons du marché de Fifadji. « C’est le comble. L’odeur est très forte et insupportable !», déplore-t-il. Avec toutes les conséquences que cela engendre, présume-t-elle. « Malgré cette interdiction, l’incivisme bat son plein ici puisque les gens déversent les ordures dans l’orifice prévu pour recueillir les eaux de ruissellement », poursuit-elle. « Même s’ils jetaient dans le bas-fond, on comprendrait mais ils préfèrent encombrer l’orifice prévu pour faire passer l’eau. Le drame est qu’avec les pluies, l’eau ne trouve plus la voie pour s’écouler. Résultats, l’inondation s’installe et bat son plein », explique Phoebé Catrayé.

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