Gestion et entretien des monuments à Cotonou: Des sources d’histoire mal gérées et rongées par l’abandon

Par zounars,

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Le monde entier a commémoré, 18 avril dernier, la Journée internationale des monuments et sites, date phare des événements culturels de l’Unesco. Une journée dont l’institution témoigne de l’attention accordée aux monuments, vu leur portée tant culturelle qu’historique. Mais des faiblesses subsistent quant à leur entretien. C’est le cas au Bénin où ces sites mal gérés et abandonnés souffrent de l’incivisme des populations.

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« Les monuments sont des biens culturels matériels qui perpétuent la mémoire des événements socio-politiques intervenus dans la vie d’une communauté. Autrement dit, les monuments constituent la représentation d’une histoire, d’un fait social ou d’une réalité politique ». C’est ainsi que Pacôme Comlan Alomakpé, spécialiste de la gestion du patrimoine culturel fait appréhender la notion de monument. Le Bénin n’en manque pas. Place de l’Etoile rouge, Place des Martyrs, Place Lénine, Place Bulgarie, Carrefour Bicentenaire, Statue du Cardinal Bernadin Gantin, monument de la Réconciliation, etc. sont autant de sites historiques dont la ville de Cotonou seule regorge. Ces sites sont de véritables véhicules d’histoires, d’où le besoin de dépenser des millions de francs CFA pour les ériger.

Tout en nous renvoyant à une époque donnée, ces monuments portent une morale. C’est le cas de la Place des martyrs appelée désormais Place du souvenir qui immortalise l’agression par le Bénin des mercenaires le 16 janvier 1977. C’était au temps du feu général Mathieu Kérékou dont le règne bat le record des monuments.Ainsi, ce monument invite-t-il à l’amour de la patrie, au patriotisme tout court.
Si la Place de l’Etoile rouge, quant à elle, promeut le développement de l’agriculture et, par ricochet le travail, la Place Lénine perpétue l’option révolutionnaire du marxisme-léninisme. Malheureusement, lorsqu’on fait un tour pour visiter ces monuments, on les découvre dans une situation décevante amenant à se demander si l’Etat n’a rien sacrifié pour les ériger.
Dans une démarche comparative, Pacôme Comlan Alomakpé donne à voir combien ces monuments sont mal gérés et mal entretenus, vu ce qui se fait ailleurs. «Lorsqu’on voit ce qui se fait ailleurs, on a peur de trouver nos monuments dans un état critique», indique-t-il. A cet effet, il conclut à un abandon. Il cite en exemple le monument de la renaissance africaine au Sénégal «autour duquel s’agrègent des centaines d’activités et où l’on peut revenir avec un objet de souvenir». Au Bénin c’est plutôt le contraire. C’est ainsi qu’il décrit les alentours de sites souvent viciés par des sachets qui y essaiment dans un décor d’herbes sauvages. La majorité est sans éclairage.
La Place Bicentenaire est déjà engloutie par les boutiques. Pis, il relève aussi la pose anarchique des affiches contre certains sites. Ces affiches parfois difficiles à enlever finissent par enlaidir et dénaturer les monuments. Or, soutient-il, «les monuments doivent être majestueux et beaux». «Des fiches empêchent même parfois de lire les inscriptions sur les monuments», a-t-il rapporté.
S’agissant particulièrement de la Place de l’étoile rouge, le spécialiste de la gestion du patrimoine culturel dénonce, hormis le sport qui s’y fait autour, une exploitation sauvage. «Les nombreuses affiches posées là pendant la campagne électorale écoulée ont-elles été autorisées par la mairie ?
Tiennent-elles compte des obligations de gestion et de conservation ?», s’interroge-t-il, sans pouvoir répondre. «Les affiches dans ces endroits ne sont pas interdites», a-t-il nuancé, mais pas de façon anarchique. Les gens y vont quand ils veulent. «Elle est même devenue un espace de rencontre pour amoureux, un dortoir pour certaines personnes», ironise-t-il. Du côté de La Place du souvenir, un effort a été fait, note-t-il. «Il y a une équipe qui s’en occupe. Grâce à cette équipe nous avons aujourd’hui une bibliothèque là, des activités s’organisent là et les acteurs culturels y vont », se félicite-t-il.

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Un plan de gestion

«L’érection d’un monument exige beaucoup d’investissements tant intellectuel en matière de conception que financier», indique Pacôme Comlan Alomakpé. C’est donc en vertu de cet important investissement qu’il est impérieux d’entretenir les monuments et surtout, de les prémunir de l’usure du temps. Car, dit-il, leur disparition sera préjudiciable pour la culture du pays. Un plan de gestion s’impose alors. Et selon lui, il faut bien aménager l’environnement des monuments et disposer d’une structure qui s’occupe de leur gestion. «Chaque site doit pouvoir disposer d’un gestionnaire de patrimoine culturel», propose-t-il. Aussi et surtout, vu l’investissement effectué et leur portée éducative et historique, il faut animer les sites. Les animer, c’est, à l’en croire, développer le tourisme autour d’eux et y faire des expositions pour s’inscrire dans la logique de l’économie de la culture. Réaliser des films documentaires sur eux permettra également de les pérenniser et de les vendre. Sans oublier d’apprêter un cadre où les artistes viendront produire des œuvres d’art ou des objets de souvenir à partir de l’Etoile rouge et des chansons sur le site afin de générer des revenus pour l’Etat et pour les citoyens.
Par ailleurs, dans le contexte de la valorisation des monuments, Afrika’tis& Tourisme dont Pacôme Comlan Alomakpé est membre, a développé une activité qui consiste à sillonner les établissements. «Nous expliquons aux apprenants, qui se montrent très intéressés, l’utilité des monuments.De là, il suggère que les collèges et lycées encouragent les excursions pour faire découvrir aux élèves l’histoire dans son aspect physique, matériel. Certains d’entre eux peuvent choisir de devenir par-là,gestionnaires de patrimoine culturel. «L’on vit mieux l’histoire et ses émotions à partir des monuments», conclut-il en plaidant pour une prise de conscience accrue de l’entretien et de la sauvegarde des monuments.