Gouvernance des Pme dans un contexte de réformes fiscales: La comptabilité, une fonction à automatiser

Par Fulbert Adjimehossou,

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Fini le temps où les chefs d’entreprises ont leur comptabilité dans la poche. Dans un contexte de réformes fiscales et pour la viabilité des unités de production et de services, la traçabilité devient une exigence. Par conséquent, un comptable a un grand rôle à jouer.

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Par-delà les clichés, le poste de comptable n’est pas un poste subsidiaire. Henock Gnanga, manager d’entreprise, l’a bien compris et fait autant que possible la part des choses. « Le fait de disposer d’une comptabilité me permet d’avoir une idée précise de la santé de l’entreprise. Ça aide à mieux assumer les charges qu’on a vis-à-vis des employés et de l’Etat. Si vous ne disposez pas d’une comptabilité, parfois vous avez l’impression que tout va bien alors que c’est de votre poche que sort l’argent », insiste-t-il.
C’est donc un secret de polichinelle que la performance, voire la survie, d’une entreprise dépend beaucoup plus du mode de gouvernance. Dr Pierre Claver Agbédé, chercheur en sciences économiques, trouve qu’il y a des raisons de tenir rigueur à la fonction comptable dans une Pme. « Avec les exigences en matière comptable dans notre espace, le dirigeant d’entreprise ne pourra plus tenir sa comptabilité s’il n’était pas spécialiste des sciences de gestion et formé par rapport aux nouvelles normes. Pour assurer la viabilité des Pme aujourd’hui, tout en limitant le risque de dépendance totale envers les cabinets d’expertise comptable, il est important d’avoir un comptable dans l’entreprise qui puisse mettre à jour les documents. C’est-à-dire assurer les fonctions élémentaires», fait remarquer le chercheur.

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Indispensable !

Les résultats de l’enquête Itc sur la compétitivité des Pme au Bénin publiés en novembre 2020, montrent que presque 70 % d’entre elles enregistrent toutes leurs données comptables: recettes et dépenses, ainsi que les actifs et passifs. Ce sont de bonnes pratiques que recommande d’ailleurs Alexandre Houédjoklounon, directeur général de l’Agence nationale des petites et moyennes entreprises (Anpme). A l’en croire, quand les entreprises sont assujetties à la Taxe professionnelle synthétique (Tps), ça nécessite une comptabilité légère que le promoteur lui-même peut faire. Mais lorsque l’entreprise est beaucoup plus assise avec beaucoup d’activités qui ont différents frais générateurs, le régime fiscal n’est plus le même. Il y a un certain nombre d’impôts à prendre en compte. « Avec les réformes fiscales, il y a un certain nombre de dispositions qui profitent aux Pme. Et avec la facture normalisée, le recours à un comptable pourrait être un peu plus intéressant, si l’entreprise est d’une certaine taille. C’est au cas par cas. Un seul comptable peut assurer la comptabilité de deux, trois ou quatre entreprises. Ça peut leur faire une économie d’échelle substantielle. Le coût à fixer pour un seul comptable d’une entreprise peut être partagé par plusieurs unités qui se trouvent en réseau, si la matière n’est pas importante », souligne Alexandre Houédjoklounon.

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Un couvert contre les risques

C’est un impératif pour les Pme de conserver leurs données comptables afin de gérer leurs liquidités et d’exécuter les paiements de manière fiable. Pourtant, pour diverses raisons, une frange non moins négligeable ne se met pas au pas. Plus on s’éloigne de la capitale économique, plus le fossé s’élargit. Selon l’enquête Itc, les entreprises situées dans les régions du sud et du centre tendent à davantage conserver leurs données comptables que leurs homologues du nord (Parakou et Natitingou). Par exemple, seuls 25 % des répondants basés dans la région de Parakou conservent une trace de leurs ressources financières, contre 90 % de ceux de la région de Cotonou. C’est une attitude que Dr Pierre Claver Agbédé tente d’expliquer : « Il se pose un problème de moyens de façon générale, surtout quand il est question de recruter des comptables en permanence dans la structure ou de recourir à un cabinet d’expertise comptable».
Néanmoins, il n’est pas question de s’abstenir au risque de subir les revers. Veiller à la traçabilité du mémoire comptable permet de se protéger des redressements fiscaux. « Il est souhaité d’adopter l’une des deux formes d’externalisation de la fonction comptable (totale ou partielle), selon leurs moyens. Cela éviterait les difficultés de la tenue de la comptabilité suivant les normes en vigueur, les redressements fiscaux énormes. Ça permet de se couvrir de façon juridique contre les sanctions qui en découlent », recommande Dr Pierre Claver Agbédé.
Le chercheur propose aux managers des entreprises de petite taille de se concentrer sur le cœur de leur métier en ne conservant que les fonctions qui contribuent à la création de valeur. In fine, la transparence ne permet pas seulement d’être à l’abri du risque. C’est un atout pour accéder à des crédits bancaires et autres financements.