Grâce Gangbo Lawani: L’engagement sociopolitique dans les veines !

Par Maryse ASSOGBADJO,

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A quatre-vingts ans, Grâce Gangbo Lawani, ancienne vice-présidente de la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (Ccib), actuellement consule honoraire d’Israël au Bénin, fait montre d’une vitalité à nulle autre pareille. Marquée par l’histoire sociopolitique du Bénin, elle est prête à tous les sacrifices pour contribuer au développement de son pays. L’âge est loin d’être un obstacle.

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Grâce Gangbo Lawani garde encore en mémoire tous les détails de l’époque révolutionnaire et de la Conférence nationale des forces vives de la Nation. Elle raconte le Renouveau démocratique sans bégayer et déroule les pages de l’histoire politique du Bénin à l’image d’un historien. Rien n’échappe à sa mémoire d’arrière-grand-mère !
Du haut de ses 80 ans, Grâce Lawani, teint clair, taille moyenne, brille encore de mille et une couleurs. C’est une ‘’mémé’’ pimpante, parée d’une tenue sobre et élégante qui nous accueille. Sourire aux lèvres, démarche calculée, maquillage et bijoux discrets, son regard illuminé transmet la joie. Aucune ride ne trahit son âge. Chaleur maternelle, accolades chaudes, civilités, et nous entrons dans le vif du sujet.
La chaleur n’affectera même pas son exposé qu’elle déroule de toute son aise, fière et nostalgique. Son récit sur les temps forts traversés par le pays est vivant. Exercice aisé donc pour cette institutrice des années 1972, période pendant laquelle la passion de servir son pays était la première priorité de tout camarade révolutionnaire.
« En ce temps-là, j’étais femme d’affaires, chef d’entreprise et présidente de l’Association des femmes d’affaires et chefs d’entreprises du Bénin (Afaceb). J’ai été choisie par mes collègues pour être déléguée à la Conférence nationale», se remémore-t-elle. « Avant le Renouveau démocratique, la situation socioéconomique était très dure. Les salaires étaient difficiles à payer. On pouvait observer des grèves par ci, par là. Il fallait être riche pour s’occuper convenablement de tous ses enfants », raconte-t-elle.
Plus de peur que mal, dira-t-elle pour caricaturer la sérénité retrouvée au bout de ces épreuves: « On craignait le pire. Heureusement que tout s’est bien passé. En même temps, beaucoup de femmes se sont impliquées en politique». Elle-même n’y a pas échappé et a retrouvé son chemin, sans doute celui de son destin.
Les valeurs qu’elle et les autres déléguées aux assises nationales avaient défendues sont-elles mieux portées par les jeunes femmes aujourd’hui? «On note de plus en plus une présence remarquée des femmes en politique », relève-t-elle. Elle poursuit : « En notre temps, ne s’engage pas en politique qui veut. Avant d’aller sur ce terrain, il fallait être sûre de soi-même, surtout quand on est femme ».

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Grâce, une grâce !

Ces temps révolus, elle éprouve la satisfaction d’avoir contribué à l’émancipation de la gent féminine. « Les femmes sont plus émancipées aujourd’hui. En notre temps, peu de femmes avaient les moyens de s’occuper correctement de leurs enfants. Il fallait avoir beaucoup d’argent pour participer à la vie politique. Les choses vont de mieux en mieux aujourd’hui », dit-elle, pour saluer la représentativité des femmes dans les instances de prise de décisions.
Pour autant, elle ne penche pas entièrement en faveur d’une présence trop accrue des femmes sur l’échiquier politique. Toute stratégie qui aiderait, selon elle, à maintenir l’équilibre social. «Avec le temps, les femmes seront davantage représentées dans les instances décisionnelles. Leur effectif numérique trop élevé pourrait encore être source de désordre », analyse-t-elle, soulignant par ailleurs les vices qui gangrènent le milieu politique. «Tant que nous ne sommes pas arrivés à un niveau de développement élevé et que l’individualisme va primer, la lutte contre la corruption restera un vain mot », tranche-t-elle, avant de situer les responsabilités : « Les parents aussi ont démissionné. Il faut qu’ils prennent le temps d’inculquer la morale aux enfants ». C’est pour cette raison qu’elle souhaite le retour de la morale dans les écoles et la prise en compte du genre à tous les niveaux de l’enseignement. « A notre époque, il y avait l’école des filles à part et celle des garçons à part », se souvient-elle.
En vingt ans d’engagement sociopolitique, que d’expériences Grâce Lawani a accumulées! De son poste de chef du 2e arrondissement, en passant par celui de 2e adjointe au maire de Cotonou, puis de vice-présidente de la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (Ccib), à celui de chargée de mission de l’ancien président de la République, Boni Yayi, l’ancienne présidente directrice générale de l’hôtel ‘’GL’’ a tout donné à son pays, fière de contribuer à son développement. « J’ai pleinement participé à l’économie de mon pays puisque j’ai embauché des dizaines de mains d’œuvre et prouvé mes compétences dans plusieurs domaines », souligne-t-elle.
Aujourd’hui, mieux qu’hier, la ‘’politique’’ circule dans ses veines. Actuellement consule honoraire d’Israël au Bénin, elle œuvre au renforcement de l’axe Jérusalem-Cotonou. Elle est également très engagée dans le domaine du social où elle passe pour une véritable ‘’mère Thérèsa’’. « Je concentre mes efforts sur les enfants vulnérables. J’héberge des orphelins que j’insère progressivement dans la vie active », révèle-t-elle.
Sur le plan matrimonial, Grâce Lawani est une véritable grâce pour sa famille. Elle a eu la chance de célébrer ses noces de merisier, soit 53 ans de mariage avant le rappel à l’Eternel de son mari. Un bonheur que beaucoup de couples peinent à connaître de nos jours.

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Femme exceptionnelle !

Quels sont les secrets de réussite de cette dame dont le modèle inspire admiration et respect ? « Le divorce était très rare en notre temps. J’ai beaucoup soutenu mon mari dans ses pires moments, au point où il n’avait pas ressenti le coup de son licenciement à la Gendarmerie nationale», répond-elle. Là-dessus, elle peut passer une journée entière à prodiguer ses sages conseils aux jeunes femmes: « La patience, la franchise, la fidélité et la crainte de Dieu doivent primer au sein du foyer. Les femmes doivent éviter la convoitise et les suspicions, sources de nombreux malentendus. Le couple doit éviter l’immixtion des beaux-parents dans leur relation ».
80 ans, l’âge où l’énergie physique diminue, où l’on a moins de tonus pour s’adonner à des activités physiques, l’âge où la fatigue et autres maladies liées à la vieillesse prennent le dessus. C’est justement à cet âge que l’ancienne vice-présidente de la Ccib est plus debout que jamais. Retraitée active, elle est prête à franchir monts et vallées pour accomplir des actions sociales et religieuses. «On peut prendre de l’âge sans vieillir. Il faut savoir préparer sa retraite et quitter les choses à temps», souligne-t-elle.
Après 30 ans de démocratie, elle pense que le Bénin, se porte mieux sur le plan sociopolitique. A ce titre, elle décerne satisfecit au régime de la Rupture. « Je félicite l’actuel gouvernement pour ses efforts en faveur du développement et l’encourage beaucoup à aller de l’avant».
Elle suggère des pistes pour la prospérité du Bénin. Lesquelles, énonce-t-elle, passe par le renforcement du capital humain, l’augmentation du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig), la réponse au chômage des jeunes, la création de richesse….
Relativement aux valeurs qui ont prévalu durant la période révolutionnaire, elle plaide pour l’intégration de l’histoire sociopolitique du Dahomey dans les programmes de formation de l’enseignement secondaire.
En attendant une reconnaissance nationale, sa famille lui est surtout redevable pour tous les sacrifices qu’elle a consentis en vue de la réussite de chaque membre. Sur ce plan, elle récolte depuis quelques années, les fruits de ses efforts. «Je passe d’agréables moments avec mes fils, petits-fils, et arrière-petits-fils. Chez moi, la joie est tout le temps au rendez-vous », se réjouit-elle.
Il ne saurait en être autrement pour cette femme qui a bercé et nourri plusieurs dizaines d’enfants ! Ce qui fait d’elle aujourd’hui une femme hors du commun et la seule capitaine à bord de son paquebot familial qui compte huit fils, vingt-six petits-fils, cinq arrière-petits-fils.

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