Grossesses précoces en milieu scolaire: Diverses impressions

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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A mon avis, il n’y a pas besoin de prendre une loi mais plutôt d’appliquer le code de l’enfant qui a largement légiféré sur la question et d’appliquer également la réglementation en vigueur, à savoir l’arrêté ministériel N° 154/Mesft/Prlj/Cab/Sgm/Igm/Igpm/Drh/Dej/Daf.P/Desg/Dep/Sa du 31 mars 2016 portant sanctions à infliger aux auteurs de violences sexuelles dans les établissements publics et privés d’enseignement secondaire et général, technique et professionnel.

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Le code de l’enfant dispose en la matière en son article 170 ayant trait au droit à la scolarisation des enfants enceintes: « L’enfant qui tombe enceinte avant la fin de la scolarité, a le droit de la poursuivre ou de la reprendre » ; puis en son article 180 portant sur la grossesse chez l’enfant mineur de sexe féminin : « L’enfant mineur de sexe féminin doit être protégé contre toute grossesse avant l’âge de dix-huit (18) ans. La grossesse chez l’enfant mineur est interdite.Toute personne, qui engrosse un enfant de sexe féminin, malgré les dispositions de la présente loi, est seule responsable des conséquences qui en découlent ». A cet effet, tout auteur de grossesse précoce a l’obligation de veiller sur la grossesse jusqu’à son terme ; veiller à la santé de la fille ; faire face à tous les frais occasionnés par la grossesse ; s’occuper de la fille jusqu’à sa majorité au moins ; veiller à ce que la fille poursuive ses études ou entame une formation professionnelle ; s’occuper convenablement de l’enfant qui va naître. Au cas où l’auteur de la grossesse est lui-même un enfant, les obligations énumérées à l’alinéa précédent sont assurées par ses père, mère ou tuteur. Par ailleurs, le code sanctionne un tel acte en son article 331 : « Quiconque, par le fait de la tradition, de la coutume ou de toute autre pratique, est responsable de la grossesse précoce d’un enfant de sexe féminin, est puni de six (06) mois à deux (02) ans d’emprisonnement et d’une amende de cent mille (100 000) à deux cent mille (200 000) francs CFA ». Et l’article 332 ajoute : « Toute personne qui se rend auteur d’une grossesse précoce, en violation des dispositions de la présente loi et qui ne respecte pas les prescriptions de l’article 180 de la présente loi, est d’office déchue de son autorité parentale, sans préjudice de poursuites pénales ». Selon moi, faire connaitre l’arrêté aux enseignants est primordial. Car peu d’entre eux savent qu’une telle réglementation existe. Cet arrêté comporte toutes les peines disciplinaires et la responsabilité pesant sur les sachants qui ne dénoncent pas les auteurs. Elle précise aussi que les sanctions disciplinaires ne mettent pas l’auteur à l’abri d’une sanction pénale que parfois l’autorité administrative a l’obligation de déclencher.

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Basilia Koukoui, 3ème secrétaire général de la Csa-Bénin

« Contraindre les enseignants à prendre en charge les filles et les enfants »

Sanctionner les auteurs ne suffit pas ! Il faut aussi voir tout ce qu’il y a autour. Tout ce qui y participe. Pourquoi les enfants vont chez les professeurs, pourquoi elles se laissent engrosser par les enseignants ? Ce sont des analyses à faire pour pouvoir mettre les barrages et sensibiliser réellement. On ne le dit pas souvent, mais il y a des filles qui sont tombées enceintes pour des enseignants et qui sont heureuses aujourd’hui ! Parallèlement, il y a des filles qui ne sont pas heureuses. Nul ne sait où se trouve son bonheur. Ce ne sont pas toujours des cas de viol et les filles en question ne sont pas toujours des mineures ! Parfois, c’est elles-mêmes qui vont vers les enseignants. L’enfant qui n’arrive pas à manger à la maison, qui va chez son professeur, prépare à manger au professeur, mange elle-même avant de rentrer chez elle ; elle le fait une, deux, trois fois, mais ça finit par arriver. Il faut déjà que les parents arrivent à bien éduquer leurs enfants, les conscientisent et que le gouvernement arrive à améliorer la situation sociale. La sanction ne règlera pas du coup le problème. Il faut rendre responsables les auteurs de grossesse. En les sanctionnant, ils peuvent laisser encore les filles ou les délaisser. Le mieux, c’est de contraindre les enseignants à prendre en charge systématiquement les filles qu’ils engrossent et les enfants.