Henri Monceau, directeur de la Francophonie économique et numérique:  « Le Bénin est cité en exemple dans le monde»

Par Christian HOUNONGBE,

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Henri Eli Monceau, Diplomate et économiste

Diplomate et économiste, Henri Eli Monceau est, depuis janvier 2020, directeur de la Francophonie économique et numérique au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie. Présent à Cotonou, en marge de la Réunion du Réseau des ministres francophones en charge de l’Economie numérique (Rfmen), il livre son avis sur les enjeux du numérique dans les pays africains comme le Bénin et décerne un satisfécit aux autorités béninoises pour le cadre législatif et surtout pour les progrès réalisés.

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La Nation : Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés les pays africains aujourd’hui en matière du numérique ?

Henri Monceau : La connectivité reste de nos jours un problème majeur pour tous les pays africains. Au Bénin, elle est en train de se développer et devra aller plus vite.

Que doivent faire les pays africains pour tirer meilleur profit de l’économie numérique ?

Ce qui est primordial, d’une part, c’est la formation, c’est-à-dire les pays doivent disposer suffisamment de ressources humaines compétentes et de talents capables de créer des applications et des entreprises qui vont tirer le bénéfice de cette économie numérique. D’autre part, les pouvoirs publics doivent veiller à la mise en place de cadres règlementaires qui vont permettre aux populations de bénéficier du numérique.

Pensez-vous que le Bénin est sur la bonne voie ?

Le Bénin montre l’exemple à travers son code du numérique qui apparait comme une source d’inspiration pour beaucoup d’autres pays, notamment en Afrique francophone et dans d’autres régions du monde où le cadre législatif du Bénin est cité comme modèle.

Le Bénin a amorcé sa transformation digitale avec des investissements majeurs dans plusieurs domaines. Que doivent faire les autorités pour assurer la confiance numérique ?

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L’enjeu de la confiance numérique est très important. En effet, elle reste un domaine qui prend en compte les personnes utiles comme les développeurs et autres dans l’écosystème en tant que valeur ajoutée. Je pense à la littératie numérique qui s’apprécie comme la capacité d’un individu à participer à une société qui utilise les technologies de communication numérique dans tous ses domaines d’activité. Il faudra aussi penser à l’alphabétisation numérique qui doit nous amener à savoir qu’on peut faire beaucoup de choses avec un téléphone portable ou un ordinateur. Il faut s’approprier cet univers et ses machines. L’éducation dès le premier âge est importante. Il faut vivre vraiment avec le numérique comme quelque chose qui s’impose à l’humain et qui l’écrase.

Vous avez fait remarquer plus haut que les pays africains ont du retard en matière de connectivité. Comment doivent-ils alors se positionner par rapport au défi de l’intelligence artificielle ?

Il est très difficile de parler du numérique en se basant sur l’échelle de temps habituelle. Les notions de retard sont relatives en matière du numérique. On constate de nouveaux développements dans la dynamique de l’innovation numérique comme le web 2. 0 et les réseaux sociaux et autres. Il n’y aura pas du chemin à refaire en retournant de 20 ans en arrière mais il faut être directement dans le monde de demain et anticiper sur les grands changements et savoir se positionner. Dans le numérique, beaucoup de mots sont impressionnants et l’intelligence artificielle n’est pas le développement d’un système qui existe déjà mais il y a beaucoup plus de données qui permettent à ces systèmes de fonctionner d’une manière intelligente.
Et ceci est à la portée du Bénin qui a fait un bond incroyable dans ce domaine. Aujourd’hui, on estime que l’Afrique est connectée en moyenne à moins de 30 % de sa population. Pourtant, elle fait autant que l’Europe en termes de rentabilité économique sur le plan de l’internet alors que l’Europe est connectée à 82 %. Il y a un potentiel énorme sur le continent et nous sommes convaincus au sein de la francophonie que la coopération entre les 54 Etats et gouvernements membres peut permettre à chacun de prendre le meilleur de ce développement et de mettre le numérique au service de l’humain.

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Pensez-vous que le numérique reste un moyen clé pour le développement du continent ?

Le numérique ne peut pas tout faire dans un pays. Il ne faut pas croire à une espèce de miracle avec le numérique. Par contre, il ouvre des possibilités importantes en termes de conception, d’innovation et de développement. Il permet de répondre aux besoins primaires de la population. Le numérique peut faire des choses extraordinaires dans le domaine de la santé, de l’éducation et autres. En témoignent les investissements du Bénin d’avant la Covid-19 qui permettent au pays de faire face à cette pandémie à travers des services en ligne comme e-visa, e-passeport et autres. Nous voulons que les pays africains soient les acteurs de leur propre développement numérique.

 

Propos recueillis par Christian HOUNONGBE