Identification des personnes physiques en République du Bénin: Plus qu’un recensement, un outil de développement

Par Josué F. MEHOUENOU,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur Identification des personnes physiques en République du Bénin: Plus qu’un recensement, un outil de développement


A compter du 1er novembre et ce, pour une durée de six mois, le Bénin procèdera au Recensement initial administratif à vocation d’identification de la population (Ravip). Plus qu’un simple recensement, l’opération se veut un outil au service d’une gouvernance plus structurée.

LIRE AUSSI:  Assemblée nationale: Le processus de révision de la charte des partis politiques enclenché

La loi n° 2017-08 portant identification des personnes physiques en République du Bénin est entrée en vigueur depuis le 19 juin 2017. Elle prévoit dans ses dispositions la mise en place d’un registre national de population et des registres communaux sur la base des éléments d’identification des personnes au Bénin. Les 94 articles contenus dans cette disposition légale suscitent beaucoup d’espoir. Ceci, parce qu’elle permettra de mieux planifier le développement équilibré du pays.
L’Etat béninois s’est rendu compte que de nombreux citoyens ont des difficultés à prouver leur identité. Or l’exigence de plus en plus accrue de la preuve de l’identité pour bénéficier de certains droits (droits sociaux, droits économiques, droits politiques) se fait sentir à tous les niveaux. De même, les tracasseries administratives auxquelles sont soumises les populations à la quête de la carte d’identité, du casier judiciaire ou du passeport deviennent insupportables.
Le Gouvernement a donc décidé de mettre en œuvre les dispositions de la loi sus citée en initiant le Recensement initial administratif à vocation d’identification de la population (Ravip). Lequel se veut « une solution initiale d’élaboration du registre national de la population ». Vendredi 29 septembre dernier, les membres de la commission nationale de supervision de cet outil ont été installés par le chef de l’Etat. Occasion pour lui d’ailleurs de leur rappeler la mission qui est la leur. Mais ce cahier de charges, les intéressés semblent déjà se l’approprier. « De cette opération dépendra pour l’Etat la constitution du registre national et pour chaque commune du registre communal de la population. Nous attendons de nos concitoyens et des responsables à divers niveaux la disponibilité totale pendant la phase initiale. C’est celle qui permettra de constituer les registres de base. Après il y aura les adaptations et les mises à jour confiées à une agence que la loi a créée : l’Agence nationale d’identification de la population (Anip). Pour le moment c’est l’Agence nationale de traitement (Ant) qui assure cette mission », dévoile le ministre en charge de la Justice, Joseph Djogbénou, président de la Commission. Selon lui, la seule demande de l’Etat dans le cadre de cette opération, c’est la disponibilité du citoyen.

LIRE AUSSI:  55e anniversaire de l’indépendance du Bénin: La ville de Porto-Novo prête pour les festivités

« Cette opération n’a aucun caractère politique »

A travers le Ravip, le Gouvernement projette de doter chaque Béninoise et Béninois d’un Numéro personnel d’identification (Npi) sur la base duquel il pourra obtenir une carte d’identité nationale électronique aux multiples fonctions. « Ce numéro personnel d’identification figurera sur tous les actes officiels qui l’identifient au sein de la société. Le numéro personnel d’identification est individuel, personnel, incessible et permanent ». L’autre finalité de cette opération, c’est de doter le Bénin d’un registre national de population pour « régler définitivement la situation des citoyens sans acte de naissance, donc favoriser la mise en place d’un état-civil moderne et fiable ». De ce fait, indique un document rendu public aux fins d’élucider le Ravip, « tout citoyen recensé recevra, à la fin de l’opération, une carte unique multifonctions. Ce sera une carte à tout faire, une carte qui simplifie la vie ».
En clair, le Ravip est loin d’être un instrument politique comme tentent de le faire croire certains. « Cette opération n’a aucun caractère politique et que cela a un but administratif », réfute le ministre Joseph Djogbénou. « Une naissance au Bénin a besoin d’être connue pour la programmation des besoins et la mise en œuvre des politiques de développement. Aujourd’hui nous sommes dans les estimations et les estimations ne font pas le développement. Il faut que nous nous attelions au train des pays modernes et l’une des clés de cette modernité, c’est la capacité pour un Etat d’identifier réellement ses citoyens », expliquait-il, il y a quelques jours, à la suite de l’installation des membres de la commission dont il a la charge. Le Ravip permettra donc de regrouper toutes les données relatives à l’identification des personnes physiques, d’établir des statistiques, de préserver l’historique de ces données et de garantir l’authenticité des données enregistrées. Le registre national qui en sera issu servira de base à la production des documents d’identification à toute personne, notamment la carte nationale d’identité, les documents de voyage, le permis de conduire, etc. ainsi qu’à la production des données nominatives, personnelles et biométriques qui seront mises à la disposition de l’organe désigné par la loi, selon l’article 13 de la loi 2017-08.

LIRE AUSSI:  Pour émission de forte poussière de ciment: La délocalisation de la Scb et de Cimbénin actée

Une opération à but administratif

Le député Nassirou Bako Arifari, premier vice-président de la commission nationale de supervision du Ravip, ne digère pas lui certaines critiques formulées contre ce projet dont il dit tant de biens. « Nous ne sommes pas dans une opération liée à un enjeu de pouvoir particulier. Nous sommes en train de mener une opération administrative à buts multiples », nuance-t-il. Puis, il soutient que « cette opération va permettre d’instituer au Bénin le Npi qui suivra son détenteur de la naissance à la tombe. Tous les actes de sa vie en tant que citoyen seront régis par cette carte », illustre le député. Mieux, cette carte offre au Bénin l’opportunité de s’aligner d’une part sur les exigences de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) relative à la carte d’identité biométrique et d’autre part, l’aligne sur les exigences de la modernité au plan international. Celui-ci se montre en tout cas très enthousiasmé par la réalisation du Ravip.
« Les différentes expériences de recensement général de la population et de l’habitat ont fonctionné sur la base, certes de couverture de l’ensemble du territoire national, mais assorti de projection à des moments donnés et périodiquement (tous les dix ans), il faut repartir sur le terrain pour recenser la population. On n’arrive jamais à identifier personnellement et individuellement chacun des citoyens et donc on finit toujours par faire des projections. Avec la nouvelle opération Ravip, il s’agira de recenser nommément chacun des citoyens de notre pays ainsi que les étrangers qui y vivent », salue le député. D’ailleurs, précise-t-il, on ne devrait pas confondre le Ravip avec les opérations antérieures. Lesquelles avaient des finalités différentes et les contextes de réalisation ne sont pas les mêmes n