Imam Chakirou Amoussou à l’occasion de la Tabaski: « Il nous faut prendre exemple sur les figures emblématiques… »

Par LANATION,

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Imam Chakirou Amoussou

Une tradition qui renvoie à la foi et à la fidélité du croyant. Pour les initiés, il s’agit d’un événement majeur dans l’histoire de la religion musulmane. Chakirou Amoussou, l’imam central de Calavi, parle à travers la présente interview des origines de la commémoration de la fête de la Tabaski, de sa contextualisation et prie pour le Bénin.

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La Nation : Qu’est-ce qu’on peut comprendre par la fête de la Tabaski ?

Imam Chakirou Amoussou : La Tabaski est une fête qui marque la fin du grand pèlerinage, la fin du grand rassemblement à la Mecque. A cela s’ajoute aussi le souvenir de notre ancêtre, notre père Abraham quand il a voulu sacrifier son fils unique Ismaël. L’enfant a accepté de se faire sacrifier par son père pour accomplir la recommandation divine. C’est cet évènement qui est à l’origine de cette fête. Cette tradition qui remonte à notre père Ibrahim a été recommandée à notre Prophète Mahomet. Parlant du sacrifice de son fils, il est effectivement passé à l’acte, puisqu’il a mis le couteau sur la gorge de l’enfant pour la trancher quand Dieu le lui a remplacé par un bélier. C’est cette tradition que nous commémorons chaque année, le 10e jour du dernier mois lunaire. Il s’agit d’un événement majeur de l’histoire des musulmans, un moment de méditation et de reconnaissance à Allah. Donc, on retient tout simplement que la Tabaski est la fête du sacrifice.

Quelles sont les différentes phases de la commémoration de la Tabaski ?

Tôt le matin, on s’est préparé pour la prière. C’est une étape importante. On se lave, on porte ses vêtements les plus beaux, les plus propres et on se présente au grand rassemblement, là où tout le monde est attendu, même une femme en menstrues. Car en islam, quand la femme est en menstrues, elle ne va pas à la mosquée. Mais cette fois-ci, elle est autorisée, compte tenu de la grandeur, de l’importance de ce grand rassemblement. Elle assiste donc à la célébration même si elle est en menstrues mais elle ne bouge pas. Elle reste sur le lieu de prière pour recevoir la bénédiction divine.
Après la prière, il y a le sacrifice de la bête. Pour ceux-là qui ont les moyens, au retour à la maison, ils sacrifient leurs bêtes. Mais il faut rappeler qu’avant d’aller au grand rassemblement, le fidèle ne doit pas manger. C’est après ce culte qu’il passe au sacrifice et mange. Ça fait partie de la tradition du prophète Mahomet. C’est la bête qu’il a immolée qui constitue son premier repas de cette journée. Une fois que la bête est sacrifiée, il donne le tiers en aumône. Il ne garde pas la viande pour lui seul. C’est un jour de reconnaissance, de réjouissance et de partage. Donc, vous donnez une partie en aumône et le reste pour la maison. C’est le moment aussi de visiter vos proches et parents, ceux qui vous entourent et les amis pour leur souhaiter bonne fête. C’est le moment aussi d’exprimer sa joie mais en évitant de prendre tout ce qui est proscrit, tout ce qui est illicite comme la consommation de l’alcool et autres. Voilà en résumé les grandes étapes de cette fête.

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Quelle est la particularité de la prière de ce jour ?

Si je prends par exemple la prière du vendredi, nous disons ‘’Allah Akbar’’ une seule fois, au commencement de la prière, mais le jour de la Tabaski, on répète ‘’Allah Akbar’’ au moins 7 fois au début de la prière. C’est la particularité. L’autre particularité, c’est le fait que la prière de vendredi se tient dans les mosquées, alors que celle-ci se tient à l’air libre. Il s’agit d’un grand rassemblement à l’air libre, du genre congrès entre des musulmans d’une même contrée, d’un même village, d’une même ville. Et quand on parle de grand rassemblement, c’est qu’on pourrait avoir des milliers de personnes lors de cette célébration. Et la prière de la Tabaski se fait une fois par an, tandis que celle du vendredi s’effectue une fois par semaine.

Qu’est-ce que la célébration de la fête de la Tabaski apporte à un fidèle musulman ?

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D’après ce que je viens de décrire, cela renforce notre foi, notre fermeté. Cela nous permet de méditer. Les récits dans le Coran sont des événements dont nous devons tirer des leçons. D’abord, il faut voir la foi et la patience d’Abraham. Il a passé toute sa vie à attendre d’avoir un enfant et à la fin, il a encore voulu sacrifier cet enfant. Comment peut-on aimer Dieu à ce point ? Il est effectivement passé à l’acte et l’enfant s’est plié à la volonté de son père : « Mon père, fais ce que ton Dieu t’a recommandé de faire ». Si nous ramenons ce récit à notre vie d’aujourd’hui, nous pouvons nous demander combien d’enfants sont capables d’obéir à leurs parents à ce point. Si votre père dit aujourd’hui qu’il veut vous sacrifier pour tel, l’accepteriez-vous ? Je ne pense pas. Pour nous, il faut donc méditer et prendre exemple sur ces figures emblématiques de l’histoire de l’islam et demander à Allah de ramener la foi dans notre vie.
En réalité, notre Dieu n’a pas besoin de viande, ni de son sang, ni de sa chair. C’est de la piété qu’il veut. Sinon, Dieu ne mange pas la viande et n’a pas besoin de tout ce que nous allons sacrifier. L’essentiel, c’est notre foi. Si vous êtes sincère envers Dieu, vous serez sincère envers les hommes, envers la société, et on aurait une société sincère où nous allons vivre en paix et, ceci, dans la sincérité.

Quelle prière avez-vous à adresser à Allah pour le pays ?

Je demande à Allah d’unir les Béninois, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Je demande aussi qu’il y ait de la compréhension mutuelle, pour la stabilité, la sécurité, la croissance économique. Si une catastrophe touche le Bénin, personne ne sera épargné. L’amour de son pays fait partie de la foi, nous devons aimer le Bénin et prier pour lui. Nous sommes heureux de voir le pays prospérer.
Avec la cherté des denrées alimentaires qui est un évènement mondial, nous demandons que Dieu oriente nos dirigeants. Qu’il y ait de l’harmonie au Bénin afin que nous n’assistions jamais dans notre pays à ce que nous voyons dans la sous-région. Nous prions que les objectifs fixés, dans ce second quinquennat annoncé par le président comme hautement social, se concrétisent. Que la bénédiction de la Tabaski couvre le Bénin tout entier.

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Un appel aux musulmans.

Il faut cultiver la sincérité d’Abraham en toutes choses, dans nos relations, dans le couple, dans les affaires. Il faut être aussi sincère en offrant son sacrifice, ne pas dire Allah ‘’si je ne tue pas de mouton, mon voisin d’à côté dira que tel n’a pas tué mouton’’. Je le fais pour la recherche de l’agrément de Dieu seul et non pour toute autre personne. Ne pas trop manger la viande. Car l’exagération nuit à la santé. Il faut être modéré en ayant en pensée la recherche de l’agrément de Dieu. Donc, j’invite les musulmans à penser à méditer l’acte posé par Abraham et prier pour la nation afin que les bénédictions tombent sur notre pays. Il faut penser à notre pays ainsi qu’à ceux qui le dirigent. Qu’ils se portent très bien et que cette fête nous apporte le bonheur, la quiétude, la sécurité et la stabilité.

Propos recueillis par Arnaud DOUMANHOUN