Impact économique du mauvais assainissement: Le Bénin perd 52 milliards F Cfa

Par Alexis METON  A/R Atacora-Donga,

  Rubrique(s): Environnement |   Commentaires: Commentaires fermés sur Impact économique du mauvais assainissement: Le Bénin perd 52 milliards F Cfa

Une dame prenant de l'eau au robinet

Dans un récent rapport, le Programme eau et assainissement a révélé l’impact économique d’un mauvais assainissement dans les pays d’Afrique. Pour le compte du Bénin, le pays perd environ cinquante-deux milliards de francs Cfa pour défaut d’assainissement.

LIRE AUSSI:  Reboisement à Sèmè-Podji: La Société générale Bénin met en terre 125 000 plants d’eucalyptus

« Le Bénin perd 52 milliards de francs Cfa chaque année à cause d’un mauvais assainissement ». C’est le constat que fait le Programme eau et assainissement dans une étude documentaire.
Cette somme, précise le rapport, est équivalente à 12 dollars Us par personne au Bénin et par an, ou 1,5 % du Pib national. Ledit rapport explique que 2,5 millions de Béninois utilisent des latrines insalubres ou partagées. 5,2 millions n’ont pas de latrines du tout et font leurs besoins en plein air. Le quintile le plus pauvre est 25 fois plus susceptible de pratiquer la défécation en plein air que le plus riche… « La défécation en plein air coûte au Bénin plus de 75 millions de dollars Us par an. Pourtant, l’élimination de cette pratique nécessiterait la construction et l’usage de moins d’un million de latrines », détaille le rapport du Programme eau et assainissement.
Chaque personne pratiquant la défécation en plein air passe presque 2,5 jours par an à trouver un endroit isolé pour déféquer, ce qui conduit à de grandes pertes économiques estimées à 21 millions de dollars Us en temps d’accès chaque année. Ce coût pèse disproportionnellement sur les femmes qui sont pourvoyeuses de soins et qui peuvent passer plus de temps à s’occuper des jeunes enfants, des parents malades ou des personnes âgées, selon le Programme eau et assainissement.
Le rapport évoque aussi une perte de 79 millions de dollars Us chaque année à cause de la mort prématurée d’environ 7 000 Béninois. Il s’agit notamment de 4 300 enfants de moins de cinq ans qui meurent chaque année de diarrhée. Lesquels décès sont à presque 90 % directement attribués à l’impureté de l’eau et au manque d’assainissement et d’hygiène. Il est utile de rappeler que le mauvais assainissement est un facteur contributif, de par son impact sur les taux de malnutrition, aux autres causes principales de mortalité infantile, notamment le paludisme, les maladies respiratoires graves et la rougeole.
Le temps où l’on est absent au travail ou à l’école à cause de la diarrhée, le temps passé à se faire soigner au centre de santé ou à l’hôpital et celui passé à s’occuper des enfants de moins de 5 ans souffrant de diarrhée ou d’autres maladies attribuables à un mauvais assainissement sont évalués à 0,7 million de dollars Us chaque année à cause des pertes de productivité pendant la maladie ou l’accès aux soins de santé. « 3,1 millions de dollars Us sont dépensés chaque année en soins de santé directement et indirectement à cause de la malnutrition et ses conséquences liées à d’autres maladies telles que les infections respiratoires et le paludisme, toutes les maladies diarrhéiques qui constituent la cause principale de morbidité. Les coûts associés à la recherche de soins de santé incluent la consultation, les médicaments, le transport et, dans certains cas, l’hospitalisation, ce qui est un fardeau sur les dépenses des ménages et du gouvernement », détaille le rapport Water and sanitation program (Wsp).

LIRE AUSSI:  Drame fluvial: Des mesures pour éviter les naufrages

Les ménages pauvres paient un lourd tribut

Le poids économique d’un mauvais assainissement pèse plus sur les pauvres, comme le précise si bien ce document des spécialistes. Selon le rapport la défécation en plein air coûte plus qu’une toilette fixe, et la contamination de l’environnement par les selles est la cause profonde d’une moyenne annuelle de 475 cas de choléra affectant le Bénin. Ainsi, les implications économiques d’une flambée de choléra vont au-delà de la réaction du système de santé auxquelles on ajoute des coûts liés à la perte de productivité et aux décès prématurés, détournant ainsi les dépenses pour d’autres articles essentiels et conduisant à des pertes en termes de commerce et de revenu provenant du tourisme.
Au Bénin, les coûts annuels des funérailles liées à l’assainissement sont estimés à 0,9 million de dollars US, selon le rapport Wsp. Relativement à la pollution des eaux, il indique que l’impact adverse du rejet dangereux des matières fécales dans les ressources en eau n’est pas inclus dans l’estimation du coût d’autant que les chiffres ne sont pas disponibles pour l’Afrique. Et d’ajouter aux coûts relatifs au mauvais assainissement les effets qu’ont ces rejets dangereux sur la fourniture en eau potable, la distribution d’eau, les coûts du traitement pour la consommation et sur d’autres usages domestiques.

LIRE AUSSI:  Protection des zones humides au Sud-Bénin: Les écosystèmes du Grand Nokoué à l’épreuve des pressions anthropiques

Le projet de loi sur l’hygiène publique au Bénin innove

Le Bénin se prépare à se doter d’une nouvelle loi sur l’hygiène publique. Beaucoup d’innovations sont contenues dans ce projet de loi en attente d’être voté. Selon Yadjidé Adissoda Gbèdo, ingénieur eau et assainissement, la responsabilisation des communes dans la prise en compte des questions d’hygiène et d’assainissement figure dans les dispositions de ladite loi, ce que l’ancien code n’avait pas abordé. Elle confirme que le vote permettra aux communes de mieux exercer leur rôle de maîtrise d’ouvrage en matière d’hygiène et d’assainissement, conformément aux lois sur la décentralisation. « En ce temps où le monde entier est secoué par la Covid-19, le vote de ce projet de loi va rendre fonctionnelle, plus légitime, plus forte la police sanitaire, dans l’exercice de ses fonctions. Cette police sanitaire si elle était vraiment fonctionnelle, aiderait au respect des mesures d’hygiène et à la sensibilisation sur la Covid-19 », explique Mme Gbèdo. Mieux, elle ajoute que cette nouvelle loi contribuera au repositionnement du Bénin parmi les pays qui, dans la sous-région, priorisent l’hygiène et l’assainissement. Elle contribuera aussi aux résultats tangibles dans l’atteinte des Objectifs de développement durable 6.2. Car la priorisation de l’hygiène et de l’assainissement au Bénin aura pour résultat positif le financement du sous-secteur et le relèvement de son profil institutionnel. Le respect effectif des règles d’hygiène et d’assainissement au sein de la communauté et dans les lieux publics, la réduction des maladies liées à l’insalubrité et au péril fécal… sont autant d’innovations contenues dans la proposition de loi sur l’hygiène publique.

LIRE AUSSI:  58e anniversaire de l’indépendance: Un appel au développement au-delà des festivités à Tori-Bossito