Impacts de la Covid-19 et de la crise russo-ukrainienne : les mesures préconisées face à la poussée inflationniste

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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L’inflation engendrée par la pandémie de Covid-19 et aggravée par la guerre russo-ukrainienne fait craindre des conséquences désastreuses sur l’économie. La crise appelle à des mesures idoines pour atténuer les impacts sur la croissance, le niveau d’insécurité alimentaire et la pauvreté.
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Outre les conséquences macroéconomiques, la guerre en Ukraine pourrait accroître le niveau d’insécurité alimentaire, la pauvreté et l’extrême pauvreté au Bénin, a alerté la direction de la Recherche et des Etudes stratégiques (Dres) du ministère de l’Economie et des Finances.
A travers une étude intitulée « Crise russo-ukrainienne : enjeux et effets potentiels sur l’économie béninoise » (mars 2022), elle a annoncé « une flambée historique des prix des matières premières », notamment des produits vivriers et pétroliers, qui fragiliserait davantage le pouvoir d’achat des populations.
En fait, précise le document, le Bénin importe beaucoup de pétrole russe, soit 134,4 milliards de francs Cfa sur la période 2016-2021 et affiche une dépendance vis-à-vis de certains produits dont le blé (95 %), les houilles (37,7 %) et les engrais (20 %), d’après l’Institut national de la statistique et de la démographie (Instad, 2022).
Le pays est relativement dépendant de l’Ukraine pour certains produits : 25,1 % des importations en « fil machine, en fer ou en aciers non alliés » pour 26,3 milliards F Cfa, 16 % des « Barres en fer ou en aciers non alliés » pour 5,5 milliards F Cfa, près de 11 % des engrais minéraux ou chimiques azotés sur la même période.
La Russie ne constitue pas un débouché prépondérant pour les produits béninois ; en revanche l’Ukraine compte pour 2 % dans les exportations du Bénin (coton, or, etc.) pour un montant de 56 milliards F Cfa entre 2016 et 2021.
Malgré une résilience avérée de l’économie nationale, le Bénin n’échappe pas aux conséquences fâcheuses de la crise. « Le conflit induit une amplification des pressions inflationnistes au Bénin,
bien qu’éloigné du théâtre de la guerre », constate la Dres.
« Outre les produits pétroliers, la hausse des prix des produits alimentaires fait redouter une inflation domestique forte et potentiellement durable », ajoute-t-elle. Les simulations indiquent une hausse de l’inflation comprise entre 1,2 à 2,6 points en 2022, et qui se ressentirait davantage dans les zones urbaines (entre 1,4 et 3,1 points).

Incertitudes et précarité

L’envolée des prix aggrave la précarité sociale ambiante, laquelle pourrait être marquée par une insécurité alimentaire, anéantissant les progrès notés ces dernières années dans la lutte contre la pauvreté et l’extrême pauvreté. De ce fait, les ménages subiraient une perte significative de leur pouvoir en raison de l’augmentation des prix. Les simulations au plan national projettent une baisse des revenus disponibles de 1,9 à 5,6 % pour les ménages ruraux et de 2,04 à 5,8 %
pour les ménages urbains.
Par conséquent, leur consommation réelle régresserait dans des proportions comprises entre 2,3 à 5,85 % pour les ménages ruraux contre 2,6 à 6,3 % pour les ménages urbains. Il en est de même pour leur épargne qui baisserait également. Le Fonds monétaire international (Fmi) a annoncé la révision à la baisse des perspectives de croissance pour 2022. L’Organisation de Coopération et de Développement économiques (Ocde) se fait plus précise, tablant sur une baisse de la croissance mondiale d’environ 1 point et une hausse de l’inflation de 2,5 points de pourcentage au niveau mondial. Au Bénin, le déficit extérieur devrait se creuser davantage.
La croissance sera impactée avec le renchérissement des taux d’intérêt sur les marchés financiers, ce qui constituerait un obstacle pour le financement des investissements. Les hypothèses simulent une perte de croissance économique en 2022 de l’ordre de 0,4 à 1,2 point, avec la diminution de la valeur ajoutée ainsi que des taxes sur la production.

Mesures 

Dans le but de limiter l’effet dépressif du pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres, de prévenir les pénuries de produits de dépendance identifiés et de limiter l’impact de la crise sur la croissance économique, les économistes ont préconisé, entre autres, la réduction voire la suppression de droits de Douanes sur les importations de produits de grande consommation. Selon eux, le blocage des prix de l’énergie (essence, gaz), en particulier le prix de l’électricité à partir d’un seuil jugé de rupture, permettra de limiter l’impact de la hausse des prix mondiaux du pétrole et du gaz sur le pouvoir d’achat d’une grande majorité de Béninois.
Une diminution temporaire des taxes sur le pétrole pour les petites entreprises fortement dépendantes des produits pétroliers permettrait de baisser les coûts de production et de préserver l’emploi et l’activité dans ces sociétés qui pourraient autrement faire faillite. Des facilités devraient être envisagées en faveur des importateurs de blé russe, notamment dans la recherche immédiate de fournisseurs de substitution. Dans le même temps, il est préconisé de maintenir, voire d’amplifier les restrictions à l’exportation des produits vivriers afin de « confiner » l’offre locale et assurer la sécurité alimentaire. La subvention des coûts des intrants agricoles (engrais, pesticides, provendes, vaccins, etc.) favorisera également le maintien et le développement de la production agricole.
A moyen et long termes, l’accent devra être mis sur les mécanismes d’amélioration de la productivité et de la production des cultures vivrières avec des superficies emblavées plus conséquentes. Pour ce faire, il est suggéré la mise en place d’un accompagnement technique, matériel et financier en faveur des producteurs mais aussi des jeunes diplômés des filières agricoles afin de faciliter leur installation effective y compris dans des zones agricoles de l’Etat. Il convient aussi d’investir massivement dans les énergies renouvelables afin de réduire la dépendance du pays à l’importation de produits pétroliers.

——————– Effet domino ! —————————-

Quand deux éléphants se battent, ce sont les herbes ou les fourmis qui en souffrent, dit le proverbe. Les conséquences de la guerre russo-ukrainienne sont perceptibles, d’autant plus que la Russie reste le premier producteur mondial de combustibles, assurant 10 % de l’approvisionnement mondial dont 11 % du pétrole et ses produits dérivés et 13 % des houilles, cokes et briquettes (des produits de charbons et de gaz). Elle contribue également à 5,23 % à l’approvisionnement mondial de céréales, notamment le blé, l’orge, le maïs moulu.
Par ailleurs, le pays de Vladimir Poutine occupe une place prépondérante dans l’exportation des métaux non ferreux, du fer et de l’acier, des engrais bruts et spécifiques ainsi que des huiles, graisses et cires d’origine animale ou végétale. Quant à l’Ukraine, elle tient le 7e rang avec 4,7 % de l’approvisionnement mondial de céréales et la 5e place des exportateurs d’huiles, graisses et cires d’origine animale ou végétale, etc.
Eu égard au poids et au rôle majeur des deux pays en guerre, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement dues au conflit devaient logiquement faire grimper les prix des hydrocarbures et des matières agricoles. Il est craint que le prix du baril du pétrole qui frôle déjà les 120 dollars ne grimpe pour atteindre le record de 147,5 dollars de 2008, si la mésintelligence perdure n
C. U. P.
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