Implication des enfants dans le travail de sexe: Parents et tuteurs interpellés

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Travai de sexe

Le cinquième arrondissement de Cotonou est constitué des quartiers dits les plus chauds de la capitale économique. A Guinkomey, Joncquet, Zongo et environs…, la nuit c’est la nuit, tous les vices s’installent! Dans cet environnement très peu enclin aux bonnes mœurs, les plus belles âmes sont souvent enrôlées et s’égarent pour peu. Pire, certains parents inconscients livrent leur progéniture au travail de sexe.

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A peine les dernières lueurs du jour se sont éteintes, que l’axe Guinkomey-Joncquet-Zongo s’est déjà revêtu de sa parure vespérale. Défilé de silhouettes féminines de toutes tailles et de tous teints dans une atmosphère corrompue à la nicotine. Tapies dans l’ombre et à l’assaut de clients, les reines de la nuit n’ont pas de temps pour les curiosités extra-érotiques ou les discours éthiques. Le comble, à partir d’une certaine heure, quand l’horloge a fait le tour du cadran, des silhouettes plus frêles s’exhibent ! Cette soirée du lundi 9 août 2021 n’a rien de particulier. « Le cinquième arrondissement de Cotonou a une particularité. Il est constitué des quartiers dits les plus chauds de Cotonou. Dans ces quartiers, à partir de certaines heures, des jeunes filles ou des jeunes dames se livrent au travail de sexe. Leurs plus grands clients sont les enfants et jeunes en mobilité dans la zone, les travailleurs et conducteurs de taxi-moto fréquentant la zone. Etant donné que c’est aussi une zone industrielle proche du Port autonome de Cotonou, nous avons beaucoup de transporteurs, de conducteurs de camions, les dockers et beaucoup d’autres jeunes qui viennent travailler dans la périphérie soit au marché de Missèbo ou au marché de Ganhi, au Port et environs, et qui sont des potentiels clients», confie Ella Kossouoh, chef du Centre de promotion sociale de Xwlacodji qui couvre tout le 5e arrondissement de Cotonou. Mais le travail de sexe prend une ampleur préoccupante dans cet arrondissement. Au milieu de cet environnement, les enfants sans suivi s’égarent. Petites filles et même petits garçons, tous sont embarqués dans cette activité. « Là où le bât blesse, c’est que nous avons constaté qu’il y a plusieurs enfants qui se retrouvent impliqués dans ce phénomène. Il y a parfois des enfants qui sont sans situation et livrés à la rue, des enfants en mobilité, des enfants errant qui se retrouvent impliqués bien souvent pour faire face à leurs soucis financiers ou pour gérer leur quotidien. Un quotidien qui aurait dû être géré par leurs parents », se désole la chef du Cps de Xwlacodji. Selon elle, il y a une défaillance au niveau des parents qui n’arrivent pas à assumer réellement leurs responsabilités vis-à-vis de leurs enfants. Ceux-ci se tournent alors vers leurs pairs ou d’autres personnes à figure parentale qui souvent abusent de leur naïveté pour les entraîner dans des activités dégradantes ou des actes prohibés. « Certains parents ne veulent pas bien éduquer leurs enfants pour leur montrer les bons chemins à suivre. Ce qui fait que dans la ville, on constate beaucoup de dérapages », confirme Paul Sèhouhouè, conseiller municipal président des Affaires sociales à la mairie de Cotonou. Sur la question, l’article 36 de la loi 2015-08 du 8 décembre 2015 portant Code de l’enfant en République du Bénin stipule : « Les parents ou toutes autres personnes ayant à charge l’enfant, sont responsables, au premier chef, de son éducation et de son épanouissement. A ce titre, ils ont le devoir : de respecter en toutes circonstances l’intérêt supérieur de l’enfant ; d’assurer les conditions de vie indispensables à l’épanouissement de l’enfant dans les limites de leurs aptitudes et capacités financières ».

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Des parents proxénètes !

Le travail de sexe n’est pas toujours une activité passionnante pour tous ceux s’y adonnent. Il y a de ces cas, où des enfants ou adolescents, se retrouvant enrôlés et n’ayant aucun soutien, ni aucune connaissance des mécanismes de protection, finissent par se laisser aller. D’où l’importance de la sensibilisation et de l’information sur les mécanismes de dénonciation et de protection. Ella Kossouoh saisit l’occasion et prévient : «Je voudrais dire à ces jeunes filles et jeunes garçons victimes, qu’ils ne sont coupables de rien. En tant que victimes, ils ont droit à un accompagnement à une protection. Il faut dans ces genres de situation, se rapprocher du centre de promotion sociale ou du commissariat ou du centre de santé le plus proche, un accompagnement leur sera assuré. Les coupables subiront la rigueur de la loi et les victimes bénéficieront d’une protection et d’un accompagnement sur les plans sanitaire, professionnel, psychosocial… ». Pire, certains parents, sans égard, poussent leurs enfants dans cette activité dégradante. « Il y a des cas de parents qui se retrouvent en position de proxénètes et qui ont l’habitude d’organiser des séances érotiques pour leurs enfants. Ces enfants deviennent alors comme des chefs de ménage. C’est eux qui nourrissent la famille », fait remarquer Ella Kossouoh. En effet, la loi est assez stricte quant à l’exploitation sexuelle des enfants, leur implication dans le travail de sexe et toute infraction connexe. Aux termes de l’article 191 du Code de l’enfant, l’exploitation sexuelle s’entend de toute exploitation à des fins de prostitution ou autres pratiques sexuelles illégales et/ou de toute exploitation aux fins de production de spectacles ou de matériels à caractère pornographique. Dans ses articles 378 et 379, le Code de l’enfant dispose: « Toute personne qui se rend coupable d’exploitation sexuelle, de menaces, de violences ou de contrainte sexuelle sur un enfant, est punie de cinq (05) ans à dix (10) ans d’emprisonnement et d’une amende de cinq cent mille
(500 000) francs à cinq millions (5 000 000) de francs Cfa… Le fait d’attenter aux mœurs, en incitant à la débauche et à la pornographie un enfant est puni de six (06) mois à cinq (05) ans d’emprisonnement et d’une amende de cent mille (100 000) à cinq cent mille
(500 000) francs Cfa ». La peine est portée au double lorsqu’il s’agit d’un enfant de moins de treize ans ou si l’acte incriminé est tenté ou commis soit par un ascendant légitime, naturel ou adoptif de la victime ou par une personne ayant autorité sur elle, soit encore par une personne qui a abusé de l’autorité que lui confèrent ses fonctions. « Dès que nous sommes informés ou que nous arrivons à identifier des cas du genre, la procédure judiciaire est enclenchée. Nous faisons également le suivi avec le personnel du Centre intégré de prise en charge situé dans l’enceinte du Chu-Mel (Homel) pour la prise en charge sanitaire et psychosocial de l’enfant pour lui permettre de restaurer sa dignité et d’établir à nouveau un projet de vie, que nous accompagnons jusqu’à ce qu’il soit réalisé. Nous avons eu à récupérer un petit garçon impliqué dans le travail de sexe, victime d’exploitation sexuelle. Il est actuellement en formation professionnelle de coiffure », assure la chef Cps de Xwlacodji. Puis elle sensibilise: « Le principal rôle du parent, c’est d’éduquer son enfant et de lui assurer le gite et le couvert. En utilisant les enfants comme fonds de commerce, vous n’êtes plus parents. Vous déléguez votre rôle aux enfants. Et la loi est stricte à l’égard de toute personne complice ou auteure d’exploitation sexuelle des enfants. Les parents doivent prendre leurs responsabilités. Tant qu’on a la force et la santé et la volonté, tout homme ou toute femme peut trouver à faire afin de nourrir ses enfants. Pour nourrir un enfant, on n’a pas besoin de millions. On peut vivre dignement en fonction de ses moyens ». Emmanuel Agbodjan, Commissaire de police, chef adjoint de la Brigade des mœurs, appuie : « Tout parent doit être conscient de ce que son rôle de père ou de mère est d’éduquer son enfant. Les parents doivent prendre la mesure des choses désormais et agir en bons éducateurs pour que leurs enfants n’aillent pas se faire éduquer par la rue ».

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Sensibilisation à la parentalité responsable

Grâce aux relais communautaires et en partenariat avec des organisations, le Centre de promotion sociale de Xwlacodji a pris la mesure du phénomène et met en œuvre plusieurs actions pour éviter les déviances. Le Cps a entrepris, depuis quelques mois, de sillonner les quartiers pour identifier les victimes et entamer le processus d’accompagnement social personnalisé de tous les enfants impliqués dans le travail de sexe. Et pour renforcer les actions de prévention, un club ado a été mis en place. C’est un regroupement d’adolescents et jeunes dans le monde extra-scolaire qui se réunissent tous les mercredis à 14 heures et qui sont sensibilisés hebdomadairement sur plusieurs thèmes en relation avec la santé sexuelle et reproductive des adolescents et jeunes. « Cela permet d’avoir ces adolescents et ces jeunes à l’œil pour les accompagner et les encadrer tout au long de leur formation professionnelle jusqu’à leur installation », va expliquer Ella Kossouoh, chef du Centre de promotion sociale de Xwlacodji. Outre le rôle d’avant-gardiste, le club ado est également un mécanisme de protection de l’enfant. « C’est aussi un creuset de dénonciation par les pairs, de tous les comportements ou actes prohibés que l’un ou l’autre membre de ce club aurait tenu ou serait obligé à faire », ajoute la chef du Cps de Xwlacodji. A l’en croire, le Cps de Xwlacodji envisage également plusieurs activités de routine pour la sensibilisation au dialogue parent-enfant. «Six séances sont prévues. La première séance a démarré ce lundi 9 août pour sensibiliser et former les parents et tuteurs du cinquième arrondissement sur la conduite du dialogue parent-enfant. Plusieurs autres activités sont menées afin de responsabiliser les parents sur l’éducation et l’encadrement de leurs enfants», ajoute Ella Kossouoh. « Notre héritage durable, ce sont les enfants. Nous avons donc l’obligation de les éduquer », va soutenir Paul Sèhouhouè, conseiller municipal à la mairie de Cotonou et président des Affaires sociales. A l’en croire, la mairie de Cotonou avec l’aide de ses partenaires, agit et soutient toute initiative allant dans le sens de la responsabilité des parents. Par ailleurs, le Centre de promotion sociale de Xwlacodji a récemment initié des séances d’échanges avec les jeunes qui sont en âge de se marier pour les préparer à la parentalité responsable. « Il faut qu’ils sachent que lorsqu’ils commencent à entretenir des relations ou quand ils ont des projets de mariage, ils doivent aussi être prêts à s’occuper convenablement des enfants qui pourraient en découler. Si les parents arrivent réellement à prendre leurs responsabilités par rapport à leurs enfants, et leur assurent le loger, le nourrir, le vêtir…, et arrivent à les protéger contre tous types de violences, je pense que nous aurons moins d’enfants impliqués dans ce genre de phénomène », soutient Ella Kossouoh.