Initiation au culte Vodoun: Le prix de la protection pour le non pratiquant

Par LANATION,

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Culte vodoun

Nul besoin d’être un adepte pour accéder à un couvent Vodoun. L’initiation est la forme la plus simple d’adhésion pour jouir de la protection d’un fétiche. Elle fait appel à un rite léger. Une petite offrande et le dignitaire vous enseigne les interdits, incantations et formules sacrées à prononcer selon les circonstances, ainsi que les gestes qui s’y imposent. Mais tout manquement est sanctionné sans ménagement.

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L’initiation, tel un vaccin.
« Non seulement ça sauve, mais ça te fait découvrir une autre dimension des réalités de ta tradition ». Jean Moussa, géographe, enseignant au cours secondaire, voit ainsi dans cette initiation une richesse.
Pour lui, en milieu Nago, le culte Oro est dominant et l’initiation à cette divinité est presque un héritage qui se transmet de génération en génération. Mais pour le citoyen lambda, parfois, s’initier à un culte ou rite vodoun, c’est obtenir son passeport pour circuler en toute sécurité à des heures indues ou à la sortie de la divinité à laquelle l’on a prêté allégeance. D’où la différence entre l’initié et l’adepte. «Être initié à un Vodoun, c’est se confier spirituellement à une divinité pour qu’elle soit comme un ange gardien, un protecteur pour soi. C’est se lier à cette divinité pour bénéficier de ses bienfaits. L’initiation à un Vodoun est synonyme du baptême dans une église chrétienne. Et tout initié d’un fétiche peut entrer dans son couvent sans protocole», explique Adrien Tchomakou, un initié du culte Vodoun.
A en croire Dah Zocli, un dignitaire, quand les divinités Oro et Zangbéto sortent la nuit par exemple, plus personne ne sort. Seuls les adeptes ou les personnes initiées sont autorisés à sortir. « Un jour, les parents n’étaient pas là et l’une de mes cousines était souffrante et il fallait l’amener à l’hôpital. J’étais le seul initié là, et je lui ai voilé les yeux pour la conduire à l’hôpital. Il y a beaucoup de situations comme celle-là que nous vivons. Par exemple, tu es le seul garçon de la famille et quand la divinité Oro sort, les femmes n’ont plus le droit de sortir, de faire des allers- retours. Il te revient de faire tous les mouvements pour satisfaire aux besoins de ces femmes», raconte Jean Moussa.
Dah Zocli explique que quand on sort la nuit, et que l’on tombe par hasard sur ces divinités, il faudra prononcer des paroles et donner des réponses à certaines questions telles enseignées lors de l’initiation. Et si tu n’étais pas initié, il faudrait crier pour le faire savoir et surtout annoncer la présence d’une femme si c’est le cas, après lui avoir voilé les yeux. « Les gens viendront à toi pour te faciliter le passage. Si tu es en voiture où à moto, éteins tes phares avant d’avancer. Mais, si tu décides de faire le malin, c’est à tes risques. Maintenant, l’initié qui est accompagné d’un non initié peut lui demander d’attendre et échanger avec les adeptes pour négocier son passage. C’est utile d’être initié aux divinités Oro et Zangbéto», ajoute Dah Zocli.
A en croire l’artiste Léon Hounyè, avant d’être initié, il faut avoir l’âge de 15 ans. Il soutient que certains le sont à leur bas âge mais avant qu’ils ne comprennent le bien-fondé des choses, c’est à l’âge de 18 ans environ. A cet âge, l’enfant prend véritablement conscience des interdits.
En revanche, Adrien Tchomakou, journaliste initié, fait observer que le nouveau-né peut être initié à deux conditions. Premièrement, si la naissance de l’enfant a été l’œuvre d’une divinité, les parents remettent l’enfant à ce Vodoun, d’où l’initiation. S’ils ne le font pas, la divinité réclame son dû avec parfois de terribles conséquences. Non pas que l’enfant va mourir mais il peut à tout moment tomber malade ou par moments faire des crises jusqu’à ce qu’il grandisse. Et s’il grandit et ne cherche pas à savoir au plan spirituel le mal dont il souffre, il peut devenir stérile ou poser par moments des actes anormaux, irréfléchis. « S’il entreprend quelque chose, ça ne marchera pas ou il sera toujours mal vu par ses amis et partout où il passe. En bref, il n’aura pas une vie décente », souligne-t-il.
« La deuxième condition, indique-t-il, si l’enfant est de père et de mère responsables d’un culte Vodoun ou né d’une famille de Vodoun, d’office il est initié pour son bonheur. Tel est mon cas ».

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Protection d’accord, mais exigences d’abord

« Quand tu fais par exemple la cérémonie de la divinité Oro, tu ne peux pas en parler auprès d’une femme. Parce que cette divinité ne supporte pas la présence de la femme. Tu ne dois même pas en parler auprès de quelqu’un qui n’est pas initié. Si tu le fais, c’est que tu dévoiles les secrets et ça fait partie des interdits. Tu ne fais même pas du bien à la personne à qui tu en parles », insiste Dah Zocli.
La violation des interdits est intolérable de façon générale dans le culte Vodoun.
« Prenez l’exemple sur le fonctionnement de la justice. Si par ignorance tu piétines la loi, tu vas en prison. C’est pareil pour l’initiation. Il s’agit d’apprendre les règles. Les dignitaires t’enseignent ce qu’il faut sur chaque divinité. Je dirai qu’ils vont t’ouvrir les yeux. Maintenant, si on t’enseigne tout et que tu violes les règles, tu vas en mourir…», prévient Léon Hounyè, un artiste danseur, membre de l’Ensemble artistique national. Il raconte : «J’ai un oncle paternel plus âgé que mon père qui était capitaine dans l’armée. Une nuit à Porto-Novo, il avait eu des maux de ventre. Alors que le Zangbéto était sorti, sa mère avait peur de le conduire à l’hôpital. Et le monsieur est décédé. Lui-même n’était pas initié. Si mon grand-père était là, il gérerait la situation parce qu’il est un initié ».
Pour être initié, le postulant doit offrir un présent. Il peut s’agir d’une bouteille de Sodabi (alcool local), des colas ou toute autre chose prescrite par le dignitaire. Léon Hounyè souligne que la dot n’est pas quelque chose de pesant : « Avant, nos parents demandaient qu’on apporte un litre de Sodabi. Juste pour que tu ne banalises pas l’initiation. Ce n’est donc pas le fétiche qui impose la nature du don à faire. L’important, c’est de respecter les règles ». Mais l’initiation n’est pas facile à cause des coups administrés au postulant lors du rituel. Ce qui pourrait faire peur au non-initié s’il entendait le témoignage de l’initié. Car, lors de l’initiation à toute divinité, le postulant pourrait être frappé. Par exemple, on lui voile les yeux. Et au pied du fétiche, s’il déclare qu’il le connaissait alors qu’il n’était pas initié, il peut être frappé. Ceci n’est rien à côté de la sentence lorsqu’il s’agit d’une violation des règles par l’initié.
Il faut dire que les candidatures féminines ne sont pas acceptées à cause des menstrues. « Quand la femme est en menstrues, elle ne peut s’approcher d’un fétiche. Ça va détruire le fétiche. Par exemple, la chambre de mon grand-père a une terrasse qu’une femme en menstrues ne doit enjamber au risque de la faire exploser. En revanche, la femme ménopausée peut aller dans tous les couvents». En somme, l’initiation porte beaucoup de vertus mais reste très exigeante.

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Par Arnaud DOUMANHOUN