Initiation des enfants au vodoun dans les couvents: Le droit à l’éducation désormais respecté

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Les études scolaires et l’initiatique dans les couvents vodoun riment bien désormais au Bénin. Autrefois privés du droit à l’éducation, les enfants en initiation ont aujourd’hui la possibilité de s’instruire au même titre que les autres.
Il a fallu plusieurs années de négociations et de sensibilisation pour que l’Unicef-Bénin obtienne cette garantie auprès des chefs des religions endogènes. Les enfants n’en sont pas moins fiers. « Je suis née dans le vaudou. J’ai la possibilité de cumuler mes études avec mes travaux de couvent », confie Gamtien, fillette d’à peine 10 ans, sourire aux lèvres.
Le combat pour la scolarisation des enfants en initiation dans les couvents vodoun a commencé avec Anne Vincent, ancienne représentante résidente de l’Unicef au Bénin. Cela l’a conduite dans plusieurs temples et couvents dans le Zou et les Collines. Elle a passé le flambeau à son successeur, Claudes Kamenga, qui affiche le même engagement, en organisant en 2017 un Colloque national sur les droits des enfants en initiation aux cultes traditionnels avec le concours des hauts dignitaires. Résultat, les écoles enregistrent davantage d’apprenants en initiation qui poursuivent normalement leurs études et achèvent leur cursus scolaire.
Clarisse Ahignon, alias Lissassi, jeune élève témoigne : « Allier
l’école et les activités au couvent n’est pas du tout compliqué. Les rituels dans les couvents s’apparentent parfois aux évaluations à l’école. Rien n’est difficile, rien n’est facile. Mais la combinaison des deux se fait correctement pour l’initié qui a la volonté d’étudier ».
Elisabeth Tchotcho Somessi, une autre initiée qui a eu la chance d’achever son cursus scolaire renchérit. « Au temps des rituels, je reste à la maison. Quand on finit, je retourne à l’école. C’est ainsi que j’ai toujours évolué et cela ne m’a posé aucun problème. Tel que nous arrivons aujourd’hui à associer vie initiatique aux études doit plaire à beaucoup de gens », apprécie-t-elle.
Désormais, tout se joue dans une certaine harmonie avec la complicité des parents et enseignants. « A l’approche de notre fête ou lorsque nous avons des rituels à faire, nos parents informent les enseignants qui nous accordent le temps nécessaire », explique-t-elle.

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Ecole et Vodoun compatibles

L’école est indispensable autant que le vodoun. « Les deux vont de pair et l’on ne doit d’abandonner l’un au profit de l’autre. Nous essayons de cumuler les deux. Il y va de notre vie, de notre avenir,… », admet-elle.
On estime à trois cents, dont 193 filles, le nombre d’enfants sortis des couvents vodouns au début de l’année 2016 par Plan International Bénin. Parmi eux, 280 sont retournés à l’école et 30 ont intégré des programmes de formation professionnelle.
Au niveau des temples et couvents, les chefs des religions traditionnelles et les prêtresses sont convaincus de la nécessité pour les enfants de concilier l’école et la tradition. Chacun joue sa partition pour ne pas pénaliser les enfants.
« Nous facilitons de meilleurs accords entre les parents et les enseignants en faveur des enfants. Aujourd’hui, ils vont à l’école et répondent en même temps aux obligations dans les couvents. Le vodoun, c’est notre patrimoine. Le fait d’aller à l’école leur permet de s’instruire pour mieux le préserver », explique Olga Vigouroux, alias Daa Yovo, prêtresse de la divinité Thron Kpéto Déka Alafia. Elle salue la vision de l’Unicef : « Enfants initiés et non-initiés s’acceptent désormais plus facilement ».
Selon Clarisse Ahignon, les défenseurs des droits des enfants ont vu juste en faisant le plaidoyer pour la conciliation des études et la vie des enfants dans les couvents. « Nous prions avec dévotion notre dieu afin de faire partie des meilleurs de notre classe. Si la vie dans les couvents est un destin, nous ne pouvons pas lui tourner dos. Nous comprenons également mieux aujourd’hui que l’école est une nécessité », souligne-t-elle.
Au-delà du droit à la scolarisation, les enfants dans les couvents gagnent également en sagesse. « Le vodoun, c’est de l’initiation, c’est une école de vie. Ici, on nous interdit le vol, le mensonge. On nous apprend les valeurs humaines », souligne Gamtien. Elle dit devoir ses performances scolaires au vaudou parce qu’elle ne viole pas ses principes et règles.
La sensibilisation à la scolarisation des enfants en initiation se poursuit, car beaucoup de dignitaires traditionnels résistent encore aux plaidoyers.

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