Installation du Centre régional des cultures maraîchères: Avantages et opportunités pour les producteurs agricoles béninois

Par Bruno SEWADE,

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L’installation au Bénin, précisément à l’Institut international d’agriculture tropicale (Iita) dans la commune d’Abomey-Calavi, du Centre régional des cultures maraîchères pour la zone côtière de l’Afrique de l’Ouest et du Centre a des avantages et opportunités, non seulement pour les producteurs béninois de légumineuses, mais aussi pour les populations sur les plans alimentaire et sanitaire.

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« L’impératif moral d’aborder le double fardeau de la malnutrition ne fait aucun doute, mais celui de trouver les moyens de le faire reste un défi », a affirmé lundi dernier, le directeur général du Centre mondial pour les cultures maraîchères, Marco Wopereis. C’était au cours de la signature de l’accord de siège du Centre régional des cultures maraichères pour la zone côtière de l’Afrique de l’Ouest et du Centre au Bénin. Pour lui, le coût de la malnutrition à l’économie mondiale a été estimé à 3,5 milliards de dollars US par année, soit 500 dollars US par personne.
C’est pour la contribution déterminante et efficace à la résolution de ces problèmes de malnutrition que le Centre mondial des cultures maraîchères a été créé en Asie, avec son siège à Taïwan, et des centres régionaux en Thaïlande et en Inde. En Afrique, deux autres centres régionaux ont été implantés en 1990 en Tanzanie et en 2003 au Mali. Le troisième en Afrique est celui dont l’accord de siège a été signé lundi dernier à Cotonou. « Depuis quelques années, nous nous sommes rendu compte de l’énorme opportunité d’appuyer la production des cultures maraîchères le long de la côte occidentale africaine, en pleine phase d’urbanisation », a souligné Marco Wopereis. Il indique que cela est difficile à concrétiser à partir de leur centre régional au Mali. De Cotonou, estime-t-il, il est aussi relativement facile de s’occuper des activités de promotion et de développement des cultures maraîchères en Afrique centrale.
Pour s’attaquer aux problèmes de malnutrition, il est impératif de passer de quelques denrées de base à une gamme beaucoup plus diversifiée de produits alimentaires nutritifs et de qualité. « Ce n’est aucunement une tâche simple », reconnaît Marco Wopereis.

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Offre et demande

Sur le plan de l’offre, le directeur général du Centre mondial pour les cultures maraîchères soutient qu’un manque de diversification agricole, une faible productivité et des pertes post-récolte élevées limitent la disponibilité et l’accès à des aliments nutritifs. Les produits maraîchers sont des denrées périssables, flétrissant et pourrissant sans stockage et transport adéquats. Et, l’absence de semences de qualité contrecarre la capacité des agriculteurs à produire une bonne récolte. Marco Wopereis regrette que le changement climatique complique davantage les choses en induisant des pertes de récolte à cause des problèmes de sécheresse ou d’inondations, des températures extrêmes et l’accentuation des pressions parasitaires et des maladies.
En plus, la sûreté alimentaire est souvent compromise avec l’usage excessif des pesticides et les risques de contamination microbienne avant ou après la récolte.
Sans bonnes pratiques agricoles et un système de traçabilité efficace et abordable, il est difficile de garantir aux consommateurs la qualité et la sûreté de produits maraîchers. Malgré toutes ces contraintes, il est attendu qu’avec l’urbanisation galopante, les besoins d’obtention des produits maraîchers nutritifs et à des prix abordables vont croître.
Du côté de la demande, les personnes qui ont le plus besoin des légumes peuvent ne pas être au courant de leurs avantages pour la santé et de leur qualité nutritionnelle particulière, ou peuvent être simplement incapables de se les procurer. Marco Wopereis fait observer aussi que les régimes alimentaires ne s’améliorent pas nécessairement avec l’augmentation des revenus. Les maraîchers, selon lui, sont souvent mal informés sur la demande et sur les prix du marché et donc, incapables de négocier des prix équitables pour leurs produits. Le centre régional installé au Bénin constitue une opportunité pour les maraîchers béninois qui avaient des difficultés à négocier les prix de leurs produits. Les activités de recherche du centre visent également toutes les espèces de légumes utilisées au Bénin, la sélection des variétés performantes jusqu’à l’amélioration du système semencier.

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Importance

Les produits maraîchers jouent aussi un important rôle dans l’alimentation humaine. Ils sont consommés, explique-t-il, à l’état frais, en assaisonnant dans les entrées culinaires ou comme condiments. Parmi les plus connus, il cite les légumes fruits (tomate, piment, poivron, gombo, etc,), les légumes feuilles (amarante, crincrin, chou, laitue, etc.).
Les produits maraîchers ont une importance capitale sur trois plans. Au plan alimentaire et nutritionnel, leur richesse en éléments minéraux et en vitamines contribue à la réduction des maladies carentielles en micro nutriments. Sur le plan socioéconomique, ils sont importants par les opportunités d’emplois et de revenus qu’ils offrent à une diversité d’acteurs, notamment aux femmes et aux jeunes. Enfin importants du point de vue écologique, par leur diversité et leur besoin limité en ressource terre.
Aujourd’hui, il est heureux de constater que les cultures maraîchères ont bénéficié et continuent de bénéficier de l’attention des autorités béninoises. Car, elles occupent une place de choix au rang des filières agricoles prioritaires contenues dans le Programme d’actions du Gouvernement (Pag). C’est la raison pour laquelle, les activités de jardinage prennent de plus en plus d’ampleur surtout dans les zones urbaines et périurbaines des grandes villes comme Cotonou, Porto-Novo, Parakou, Abomey-Calavi, Djougou, Lokossa, etc. En tenant compte de cette importance, le directeur général du Centre mondial des cultures maraîchères plaide pour une plus grande production et une consommation accrue de légumes qui fournissent les minéraux, les vitamines et les protéines essentielles pour les régimes alimentaires équilibrés.
En effet, plus de deux milliards de personnes, au plan mondial, ne reçoivent pas assez de vitamines et de minéraux. Soit parce que ces nutriments sont peu présents dans les aliments qu’elles consomment, soit parce que leurs corps sont incapables de les absorber ou de les utiliser en raison de leur mauvais état de santé. Marco Wopereis a souligné que beaucoup d’adolescents et des femmes en âge de procréer souffrent d’anémie due à des régimes carencés en fer. De même, environ 159 millions d’enfants sont chétifs et souffrent de malnutrition. Ils n’atteignent jamais leur plein potentiel mental et physique.
De l’autre côté, il y a 2,1 milliards de personnes en surpoids ou obèses, du fait de la consommation excessive de sel, de sucre et gras saturés, provoquant une forte hausse des maladies non transmissibles telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires?