Interdiction des activités des organisations estudiantines sur les campus: Une œuvre de salubrité publique

Par Paul AMOUSSOU,

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La décision prise par le gouvernement de suspendre les activités des organisations faîtières des étudiants a suscité ces jours-ci une avalanche de réactions. Qu’en est-il en réalité ? Le relevé du dernier Conseil des ministres s’est avéré très édifiant à ce propos.

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Plus de peur que de mal. Il n’y a ni menace contre les libertés d’association, ni virée dictatoriale du pouvoir actuel, contrairement aux allégations de certains animateurs du microcosme socio-politique! Du moins, à en croire la substance du relevé du dernier Conseil des ministres à propos de la décision du gouvernement interdisant d’activités les associations d’étudiants. Interdire d’activités ces organisations estudiantines complètement dévoyées de nos jours, n’est pas synonyme de remise en question de leur existence telle que consacrée par la Constitution du 11 décembre 1990, mais c’est plutôt faire œuvre de salubrité publique.

Pourquoi cette décision fait-elle l’objet d’une telle polémique, quand bien même certaines opinions se voulant préventives ne manquent pas de fondement? Les récriminations tendent à faire croire que la décision gouvernementale est ‘’liberticide’’, ‘’anticonstitutionnelle’’, et ‘’inopportune’’, en raison de ce qu’elle ne résoudrait pas le problème mais tendrait plutôt à mobiliser ‘’la lutte estudiantine et syndicale contre le gouvernement’’…Que de grands mots, prononcés sur des escabeaux qui se veulent grands.
Relativisant cette opinion, un député qui n’est pas a priori favorable au gouvernement du Nouveau départ, juge cependant cette décision indispensable au regard de la situation (déplorable) sur les campus universitaires devenus des zones de non droit, en particulier celui d’Abomey-Calavi, déplorant toutefois la méthode qui a porté la décision querellée.
Que peut-on reprocher à ladite méthode ? Des motivations mises en relief par l’Exécutif pour justifier sa décision, et qui mettent de l’eau au moulin à ses détracteurs après coup, il est expressément fait cas de ‘’créer de meilleures conditions d’accès et de travail pour tout le monde’’, de nécessité de ‘’mettre de l’ordre’’, et de ‘’paix sur le campus’’. ‘’Préservation de l’ordre public ’’, c’est ce qu’il faut retenir du Conseil des ministres et…c’est bien une fonction régalienne, tout ce qu’il y a de plus ordinaire pour un gouvernement de la République. Cela ne nécessite-t-il point de mettre entre parenthèses le fonctionnement des organisations estudiantines ? Le gouvernement a-t-il eu tort de se prévaloir de la situation d’exception sur les campus l’ayant conduit à prendre de telles mesures conservatoires, car c’est bien de cela qu’il s’agit en sibylline lorsqu’on décrypte la décision querellée ? Et la situation, ce dont conviennent d’ailleurs, à un paradoxe près, les critiques de la mesure gouvernementale, l’exige.

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No go zone !

C’est révéler un secret de polichinelle, de dire que l’espace de formation que doit être un campus universitaire est devenu une espèce de ‘’no go zone’’, c’est-à-dire, en sus de la franchise universitaire violée (chose inacceptable et déplorable il faut l’avouer), une espèce de no man’s land, une zone de non droit ! Où tous les abus sont permis, y compris gazer les étudiants et pour ceux-ci de plastiquer les amphis d’excréments humains !L’action publique doit-elle s’accommoderde tellespratiques au dépens de l’intérêt de la communauté ?C’est avant tout, à ce principe d’action politique et de responsabilité que toutes les réflexions doivent converger, qui justifient de telles mesures prises du restedans des circonstances exceptionnelles.Et il ne suffit pas, la main sur le cœur, comme certains animateurs de la vie socio-politique tendent à s’illustrer, en bons défenseurs opportunistes des libertés publiques, pour occulter la gangrène qui mine ces campus.
Ces gangrènes ont noms régionalisme, politisation, violence, et que sait-on encore ? Autant de phénomènes intolérables dans un lieu du savoir, de mauvaises pratiques qui doivent prendre fin sans plus tarder.
D’évidence, les critiques ont à leur décharge, la dialectique et la pédagogie ayant accompagné la décision et qui n’a pas été en diapason. L’Exécutif, avant de se rattraper, ayant en effet, de son propre chef, savonné la planche à ses détracteurs qui, en détresse d’arguments, peuvent s’étonner de ce que sur un campus universitaire, à tort et à raison déjà militarisé plus que de raison depuis des années, il soit encore besoin d’y restreindre les libertés. Il faut se vouloir aussi anarchique que Daniel Cohn-Bendit pour dire (en mai 1968) qu’il ‘’est interdit d’interdire’’. D’autant plus que Nicolas Sarkozy, aujourd’hui, avance plutôt qu’il ne faut pas s’embarrasser de‘’restreindre la liberté de ceux qui (les terroristes) veulent empêcher la vôtre’’…A chacun de se faire sa jugeote.

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