Isidore Gnonlonfoun, maire de la ville de Cotonou : « Des mesures curatives et préventives sont prises contre les inondations »

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Cotonou, comme bien d’autres villes du Bénin, connait de fortes pluies depuis des semaines. La ville draine une quantité importante d’eau qu’elle a du mal à évacuer. Une situation récurrente certes, mais particulière cette année et qui oblige la mairie de Cotonou à prendre le taureau par les cornes. Rencontré à ce propos, Isidore Gnonlonfoun, maire de la ville, fait une synthèse des mesures préventives, mais surtout curatives prises pour aider les Cotonois à moins sentir la douleur liée aux inondations.

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La Nation : Monsieur le maire, Cotonou est à nouveau sous les eaux. Que fait de manière concrète votre Conseil municipal pour soulager les populations ?

Isidore Gnonlonfoun : Je peux vous dire que nous mettons beaucoup l’accent sur la prévention. Nous revenons d’ailleurs d’Accra, où il y a eu un sommet qui a regroupé les décideurs locaux pour que l’on puisse intégrer dans le quotidien des populations une manière de vivre qui puisse permettre de prévenir, de sauvegarder les inondations futures dans le sens du développement durable. Cotonou est coincé entre le lac Nokoué et l’océan Atlantique, ce qui fait que nous sommes en plein milieu de la mer.
Cotonou reçoit, dans la journée, un flux important des populations des communes voisines qui viennent mener des activités économiques et commerciales, tous ces aspects ont un impact sur la gestion de la  ville. Il faut ajouter la mauvaise politique d’occupation, surtout aujourd’hui, quand vous prenez le centre-ville, c’est plus ou moins très bien tracé, mais quand on va dans les périphéries, on constate que les installations humaines sont faites sur les passages ou sur le couloir où transitent les eaux pluviales pour aller se jeter soit dans le lac Nokoué, soit dans la lagune de Cotonou pour retourner par la suite dans l’océan. Quand nous prenons le quartier Missèbo, il y a des vons qui ont été fermées. Dans ces vons, il y avait des ouvrages qui accéléraient l’évacuation des eaux pluviales. Tout cela salit l’image de la ville de Cotonou, qui est déjà très exposée aux conséquences néfastes du changement climatique. Ce que nous vivons aujourd’hui, ce sont les conséquences du changement climatique. Habituellement, il ne pleut pas tellement dans le mois d’octobre. C’est à partir du mois d’août et du mois de septembre. Ces pluies favorisent souvent l’inondation mais cette fois, c’est dans le mois d’octobre qu’il pleut et ce n’est pas seulement à Cotonou. Il y a eu pluie abondamment aussi à Accra où j’étais à une conférence. C’est la zone côtière qui subit ces actions intenses de la pluie.

Vous parliez tantôt de mauvaise occupation de la ville de Cotonou. Que devons-nous y comprendre ?

Quand je parle de mauvaise occupation dans la ville de Cotonou, c’est pour dire qu’il y a des populations qui se sont installées sur les couloirs de l’eau. C’est pourquoi les efforts que la ville fait pour prévenir en curant les caniveaux ne portent pas leurs fruits. Quand vous prenez les canalisations primaires, par exemple, j’étais sous la pluie, il y a quelques jours pour observer un peu le phénomène, les voies pavées étaient envahies par l’eau. Mais du fait que les canalisations étaient curées à temps, cela a favorisé un peu l’évacuation. Le mouvement inverse est que le lac Nokoué aujourd’hui, au lieu d’absorber, rejette par ailleurs de  l’eau. Il y a des ouvrages d’assainissement qui posent problème. Il y a des grands travaux qui sont prévus dans ce cadre pour résorber ce problème.

Certaines artères de la ville deviennent quasiment impraticables, dès qu’il y a pluie, monsieur le maire…

Je sais à quoi vous faites allusion. Pour ce qui concerne la situation qui prévaut devant le supermarché « Franc prix », les dispositions sont en train d’être prises en commençant par les canalisations qui passent sous l’échangeur, pour passer à côté de l’aéroport avant de descendre dans la mer. Après, nous allons revenir pour analyser les conséquences de ces travaux sur la résorption de l’évacuation des eaux qui stagnent devant
« Franc prix ». Il y a des canalisations que nous allons devoir curer en profondeur aussi parce qu’à un moment donné, quand on va finir ces curages, nous allons sensibiliser les riverains surtout et le supermarché «Franc prix » pour qu’ils assurent la garde afin que les gens ne viennent pas combler encore les canalisations. Nous menons des actions préventives par rapport à la tenue quotidienne des citoyens vis-à-vis des ouvrages.

Quelle place occupe l’installation anarchique d’immeubles dans ce phénomène ?

Quand vous allez dans le premier arrondissement, Dandji, l’eau n’a nulle part où aller. Le sol est surchargé, là où l’on ne doit pas ériger des immeubles d’un certain niveau, vous avez des immeubles à six ou sept étages. Il aurait fallu limiter cela. C’est pourquoi actuellement, dans le plan d’urbanisme de la ville de Cotonou, nous sommes en train de déterminer un certain nombre de zones. Il y a des zones où le niveau des immeubles ne doit pas dépasser R+2. Il y a des zones où l’on peut aller à R+4, à R+6, c’est-à-dire que, quand le sol est surchargé, même si vous pompez l’eau, ça rejette. La morphologie du sol de
Cotonou est un fait qui rend la ville vulnérable aux conséquences néfastes du changement climatique. Donc actuellement, il y a des mesures préventives qui sont prises. Quand on était à la veille des examens, on pompait l’eau et puis on assèche par des apports de sable pour remblayer. Toutes ces actions sont menées en liaison avec le  ministère du Cadre de vie et l’Agence de la protection civile logée au ministère de l’Intérieur. Indépendamment de tout ça, nous sommes en  contact avec les structures compétentes du ministère de la Santé, du ministère de la Famille et de la Microfinance qui nous aident à mener des actions coordonnées au profit des populations par ces temps de pluie.

Malgré ces mesures, la situation est devenue si préoccupante que vous envisagez des déplacements de populations dans certains quartiers de la ville !

Quand vous allez à Vossa par exemple, nous avons envisagé le déplacement des populations, mais elles aussi ne manifestent pas le désir de se faire déplacer. Malheureusement, la rentrée a commencé, nous avions l’habitude pendant les vacances d’utiliser les écoles pour loger les gens temporairement. Aujourd’hui, on a pris des maisons, la maison du peuple de Cotonou, la maison du peuple d’Agla, l’ancien siège du troisième arrondissement et on  a dit qu’on va y installer des tentes pour abriter provisoirement les sinistrés. Mais, nous avons été confrontés à la résistance des populations de se faire déplacer. C’est le cas de Vossa, Djidjè, Hindé et même Agla. Au niveau du neuvième arrondissement à Fifadji, des populations ont préféré se faire héberger par leurs voisins, par les riverains. On entrevoyait de les déplacer totalement hors du quartier, mais elles ont affiché  une certaine résistance.

Cotonou en campagne contre les inondations (3CI). Qu’est devenu ce projet ?

Ce projet revêt actuellement une autre forme. Comme je l’ai déjà dit, il y a des mesures préventives avant la saison des pluies. Nous sommes plus dans la prévention aujourd’hui. Il faut toujours curer les caniveaux primaires et secondaires et on le fait à temps avant que la pluie ne commence. Je pense que, même au titre des mesures curatives, on est obligé de curer encore les caniveaux à des endroits donnés puisque nos concitoyens continuent toujours de salir l’image de la ville. Nous sommes obligés d’être à la fois dans les mesures à titre préventif et curatif. Actuellement, nous travaillons avec le ministère du Cadre de vie et le ministère de l’Intérieur à travers l’Agence de protection civile et même le ministère des Travaux publics pour que certaines infrastructures connaissent quelques réaménagements pour favoriser la circulation.
 
Vous avez maintes fois mentionné au cours de cet entretien, le comportement des habitants de la ville. Quelle est votre politique, le bâton ou la carotte ?

Nous avons déjà suffisamment sensibilisé les populations. Nous avons donc sollicité l’appui du Parquet de Cotonou. Il y a eu des mesures coercitives qui ont permis de réduire considérablement l’incivisme. Quand nous prenons la zone de Dantokpa, on est obligé de descendre régulièrement sur le terrain appuyé par la police républicaine pour ramener les populations à l’ordre. Malgré quelques actions du Parquet, le phénomène d’incivisme reste encore permanent dans la ville et même si cela a baissé de façon notoire, le problème est qu’il faut renforcer  le dispositif de façon permanente au niveau de la police pour surveiller. La ville a appelé chaque citoyen à installer devant sa devanture  des poubelles. Nous avons associé les élus locaux, les chefs quartiers et d’arrondissement pour que chacun, dans son ressort territorial, puisse travailler dans ce sens, pour discipliner les concitoyens afin qu’au bout du rouleau,  nous ayons un cadre de vie attrayant où il fait bon vivre et où il est possible de se déplacer d’un point A vers un point B .C’est dire que les habitants, la société civile et même les citoyens doivent se dire que la ville doit être tenue propre. Ce n’est pas uniquement une question  des autorités mais aussi le fait de toute la population.

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