Jean-Baptiste Satchivi, président de la CCIB: « Nous devons être en phase avec les normes américaines »

Par LANATION,

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Le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin était de la délégation du président de la République à Washington, dans le cadre de la signature du 2è Compact du MCA. Jean-Baptiste Satchivi scrute ici l’horizon qui s’ouvre pour le secteur privé béninois au travers de cette convention et le rapprochement qu’elle peut induire avec le monde des affaires américain.

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La Nation : Vous faisiez partie de la délégation du président de la République qui a procédé, le 9 septembre dernier, à la signature du 2è Compact du MCA. Quelles sont vos attentes par rapport à la signature de ce compact ?

Jean-Baptiste Satchivi : Je voudrais d’abord dire que cette signature est une parfaite réussite. Il faut saluer le travail qui a été fait et je dis félicitations au président de la République pour son leadership. Vous savez dans quelles conditions et pourquoi on a été suspendu. Il a fallu donc que sous le leadership du président de la République, un travail se fasse pour nous amener à la signature. Il faut saluer le travail de l’équipe du MCC et de l’équipe du MCA- Bénin au sein duquel la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin est représentée.
Il n’y a pas d’attente particulière. Le deuxième compact n’est que la suite du premier. Le premier a été bien monté autour du poumon de l’économie du Bénin qui consiste à développer davantage les infrastructures portuaires. Ce compact a travaillé sur la dynamisation du port, le renforcement de ses infrastructures. Nous sommes passés de 5 millions à 10 millions de tonnes de flux de marchandises par an, c’est une performance à saluer. Aujourd’hui, il y a une réforme de la justice, c’est le premier compact qui l’a réalisé, la réforme du foncier ainsi que celle des services financiers. Cela a préparé le lit au deuxième compact dont la particularité est essentiellement axée sur le secteur énergétique. Ce secteur retrouve dans un programme de dynamisation avec cette particularité de faire rentrer le secteur privé béninois et international dans la production.
Le principe de ce deuxième compact a lancé un programme d’appel à idées des utilisateurs et donc mon propre groupe, CDPA-Agrisatch, a été approché et nous avons fait des propositions sur comment nous pouvons contribuer à produire de l’énergie solaire, des énergies à base de biomasse. En tant que président de la CCIB, il s’agit d’inciter les entreprises du Bénin à s’y intéresser fortement. L’énergie, c’est le moteur du développement, et sans énergie vous ne pouvez pas faire du développement, encore moins du développement industriel. C’est important que nous puissions attirer le secteur privé, toutes tendances confondues, vers la prise en charge de ce secteur. C’est ce que le deuxième compact éveille en nous.

Le gouvernement attend que ce deuxième compact crée un effet de levier au niveau du secteur privé américain et béninois. Vous étiez justement à la Chambre de commerce des Etats-Unis avec le président de la République. Quels types de partenariat comptez-vous développer avec le monde des affaires américain ?

La présentation retient que le compact fait environ 411 millions de dollars. Ces ressources vont produire 78Mw d’énergie électrique. Le président de la République dit qu’au regard de nos besoins projetés dans le temps, nous devons réaliser 1000 Mw. Ce programme deviendra un élément qui va entraîner les autres formes de participation du secteur privé. Et il est même prévu à l’intérieur un fonds à frais partagés. Cela veut dire que si je veux entreprendre dans le secteur énergie pour ma propre consommation et reverser le surplus dans le circuit de distribution, j’engage un fonds personnel et j’aurai l’appui du MCA en complément. Cela sert donc d’élément catalyseur pour aller chercher d’autres investissements.

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Comment la CCIB entend-elle alors se positionner ?

Dans un premier temps, nous étions avec le président de la République à US Chamber of Commerce. Avant même qu’on y aille, nous avions entamé une discussion avec les responsables du département Afrique de la Chambre qui est entrain de repositionner la participation de l’Afrique dans l’entrepreneuriaship et le business qu’on peut avoir avec les Etats-Unis. C’est ainsi que nous avons découvert, le CIP qui est une structure d’appui au développement des entreprises à l’international. Elle est déjà dans un certain nombre de pays africains pour renforcer les capacités des entreprises, ainsi que des faitières telles que les chambres de commerce, les organisations patronales et professionnelles. De sorte qu’elles soient à même de faire du plaidoyer pour que nous soyons dans une bonne gouvernance économique qui permet au secteur privé de s’élever davantage pour fabriquer de grands compétiteurs au plan international. Nous envisageons de signer d’ici peu un partenariat avec cette structure. Nous avons lancé cette démarche, notamment dans le cadre de la CEDEAO. Le 29 septembre prochain, il y aura une grande rencontre avec le secteur privé ouest-africain à New York, le Bénin va y participer. Nous devons renforcer le travail avec les Etats-Unis. La faiblesse des pays francophones est que nous n’avons pas de grands liens d’échanges économiques avec les Etats-Unis. La chambre de commerce des Etats-Unis peut servir de point d’appui pour renforcer cette Afrique émergente. Nous devons travailler à améliorer nos standards en termes d’entreprenariaship, à développer nos entreprises pour être compétitifs au plan international.

Là, vous êtes en train de faire un clin d’œil au dispositif AGOA qui a été renouvelé sur 10 ans. Que comptez-vous faire en tant que CCIB pour que le Bénin puisse davantage profiter de cette opportunité qui jusque-là n’a pas produit de résultats satisfaisants pour le Bénin ?

L’AGOA c’est une loi qui ouvre le marché américain à près de 6000 produits africains. Le Bénin a été élu pour y participer. La première approche de la nouvelle équipe de la Chambre, c’est de diagnostiquer le résultat de cette AGOA. Je retiens une chose. Il y a quand même une entreprise béninoise qui travaille avec les Etats Unis et a maintenu le cap. C’est Natura qui produit des cosmétiques à base de beurre de karité et d’autres produits béninois. Je lui dis félicitations. Mais tout ce qui est textiles, nous n’avons pas pu. Lolo Andoche qui a fait des efforts énormes n’est pas encore au niveau. Non pas parce qu’il n’en a pas la capacité au plan qualité mais au plan de ce que demande le marché américain, c’est des productions en série. Il faut du volume. Cela appelle des unités de production qui n’emploient pas 200 personnes mais des milliers de personnes. Qu’avons-nous mis en place pour que les entreprises puissent compétir sur le marché américain ? Nous nous sommes vus d’ailleurs à Libreville pour faire le point et rappeler les préalables pour les 10 années renouvelables. La Chambre pendant ces 15 ans a travaillé pour répondre aux exigences d’AGOA mais elle n’a pas fait des miracles outre mesure. Quinze ans ne suffisent d’ailleurs pas pour se mettre aux normes américaines, pour rentrer dans le mental anglo-saxon de l’entreprenariaship. Dans le secteur de l’agro-business, nous avons aussi des défis. Prenons nos pains de sucre (ananas), est-ce que cela respecte les normes phytosanitaires américaines ? Pour aller sur le marché américain, il faut respecter les calibres. Est-ce que nous arrivons à produire calibre ? Si nous n’arrivons pas à calibrer par rapport au marché, c’est maintenant qu’il faut commencer à mettre en place les infrastructures, à bâtir une industrie qui produit du pain de sucre pour l’exportation. Nous avons beaucoup de richesses que l’AGOA peut réveiller mais nous devons être en phase avec les normes américaines.

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A Washington, il a été également question du partenariat public-privé. Où en êtes-vous aujourd’hui dans les discussions avec le gouvernement dans ce cadre ?

Il faut saluer le dialogue qui a été engagé en octobre 2012 mais qui n’a pas été au fin fond de son aboutissement parce qu’il y avait un peu d’exclusion à l’intérieur. Le privé, c’est un tout. Il faut avouer qu’il y a eu de l’exclusion à ce niveau. Le fondamental des préoccupations du secteur public est qu’il fallait une plateforme unique du secteur privé qui puisse discuter avec lui. On est sorti de ces états généraux avec une plate-forme qui associe tout le monde sans exclusion. Les actes des états généraux seront bientôt présentés au président de la République. Le partenariat public-privé (PPP) ne peut que se renforcer. Mais il s’est aussi posé le problème du cadre juridique. Le PPP, c’est une autre forme de financement du développement, notamment sur des infrastructures structurantes pour lesquelles l’Etat n’a plus la capacité financière d’agir. Il est demandé à ce secteur privé de financer mais cela porte sur une durée de retour d’investissement qui va au-delà de dix ans. Le secteur privé ne se sent pas sécurisé dans ces investissements et propose des textes. Il y a un travail qui a été fait, qui se retrouve au niveau du Parlement. Il y a des discussions qui continuent là-dessus. Nous y travaillons et avons bon espoir qu’il s’en sortira des textes et une loi qui soit générale pour tout le monde. Nous devons davantage créer les champions béninois, de manière à ce que les champions étrangers voient qu’on peut créer de la réussite au Bénin, que les atouts du Bénin sont énormes et encadrés par des lois. L’autre élément, c’est le renforcement d’une justice opérationnelle à la cause du PPP. Nous devons rassurer les investisseurs nationaux et étrangers que nous sommes dans un environnement propice aux affaires et c’est dans ce travail que nous nous inscrivons fortement.
Lorsque vous parlez d’amélioration du climat des affaires au Bénin, qu’attendez-vous concrètement du gouvernement ?

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Ce que nous attendons du gouvernement est très simple. D’abord, c’est davantage de considération à l’endroit de celui qui entreprend, je veux dire le chef d’entreprise quelle que soit sa taille. Il n’est pas facile d’entreprendre dans notre environnement, surtout en matière industrielle. Ce que nous devons à l’Etat, c’est de créer les conditions favorables en ce qui concerne les facteurs de production, les matières premières. Il faut que nous accompagnions le gouvernement pour que le gouvernement nous accompagne. Nous n’allons pas demander des exonérations sur tout à un Etat qui a besoin d’un budget fiscal pour travailler. Il faut créer un environnement pour inciter l’industrie et la production locale, lever les entraves à l’investissement afin que le secteur privé aide l’Etat à répondre à ses besoins régaliens. On a de plus en plus de belles infrastructures structurantes. La seule chose qui manque aujourd’hui, c’est un dialogue fécond entre le secteur public et le secteur privé représenté par une plate-forme non exclusive. Je voudrais lancer un appel au président de la République de bien vouloir faire en sorte que cette plate-forme soit une réalité avant son départ. Ce sera un élément important de son héritage. Le temps est venu de changer de paradigme. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des interpellations. Il faudrait que nous puissions apprendre de plus en plus à travailler en synergie. Les Béninois doivent apprendre à se mettre ensemble pour gagner.

Propos recueillis par Gnona AFANGBEDJI