Journée internationale de la traite négrière et de son abolition: Les pays victimes du « honteux trafic » réclament leurs droits

Par Désiré GBODOUGBE,

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Vue partielle des membres de la diaspora venus pour la célébration à Ouidah

Le Bénin a célébré, ce jeudi 23 août à Ouidah, la Journée internationale de souvenir de la traite négrière et de son abolition (Jistna 2018). Cette commémoration vise à impliquer tous les pays victimes de ce « honteux trafic » pour réclamer au monde leurs droits.

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Emotions et consternations se lisaient sur tous les visages de ces Africains descendants d’esclaves déportés pour les Amériques, ce jeudi à la plage de Ouidah, lieu sacré de la traite négrière. Ils sont nombreux venus d’Haïti, de Nantes, de Prichard, des Etats-Unis, pour commémorer la mémoire de leurs ancêtres. Cette affluence qui caractérise la célébration de cette année témoigne de l’implication de toutes les personnes descendante d’esclaves pour rompre le silence, s’unir et contribuer au développement de la terre de leurs aïeux. 

Il est question, dira Emmanuel Gordien, membre du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, de « briser le silence sur la traite négrière et de l’esclavage dans les différentes régions du monde ».
Pour sa part, Ange-Marie Thébaud, représentant de Mme Petrus-Barry, expert des Nations Unies pour le droit des personnes d’ascendance africaine et les droits de l’Homme, indique qu’il était question de disposer d’un lieu de mémoire et le choix a été porté sur Ouidah. Ainsi, des personnes d’ascendance africaine connaîtront les standards internationaux qui leur permettront de réclamer, de promouvoir et de jouir de leurs droits de mémoire, de reconnaissance, de justice, de réparation et de développement. Elle précise que tous les pays ayant participé à la traite transatlantique, pratiqué l’esclavage, organisé le commerce d’êtres humains auront pris des mesures juridiques pour éradiquer le racisme, la discrimination raciale, la stigmatisation et l’intolérance qui y sont associés. L’Union africaine aussi aura reconnu et intégré la diaspora africaine de manière concrète et opérationnelle. Elle aura ratifié une convention demandant à tous les pays d’Afrique de reconnaître la diaspora africaine et de les intégrer en leur octroyant la citoyenneté si ces derniers la leur demandent dans le respect des cadres juridiques nationaux et continentaux. Une convention internationale des Nations Unies, complète-t-elle, aura été ratifiée et sera mise en œuvre par ces Etats membres. Cette convention s’attachera à des mesures pour la promotion, la protection, la réalisation des droits des personnes d’ascendance africaine. Ces dernières connaîtront leur histoire et développeront des lieux de mémoire communs et pourront utiliser les références scientifiques et académiques africaines connues et publiées pour se référer à l’histoire de l’Afrique.

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S’enrichir des différences

Où qu’elles se trouvent dans le monde, les personnes d’ascendance africaine auront des possibilités de communiquer, de créer des liens avec leur terre première afin de partager leurs identités communes et d’exploiter leurs différences pour s’enrichir mutuellement.
Pour la représentante de l’Unesco au Bénin, Adélaïde Allagbada, cette implication va permettre d’offrir une occasion pour communier afin de comprendre qu’ils sont tous fils de ce terroir qui est l’Afrique. Ainsi, à chaque retour, ils pourront retrouver leurs parents et ensemble à nouveau dire non à l’esclavage et oui à la renaissance des Noirs et des pays avec les Amériques.
Le conseiller municipal de Nantes, Gildas Salaün, souligne : « Leur courage nous impose des devoirs ».
Des siècles passent mais la douleur est toujours vivace dans les esprits, a souligné le maire de la commune de Ouidah, Célestine Adjanohoun, appuyé par le préfet de l’Atlantique, Jean-Claude
Codjia. Ils ont rappelé comment des milliers de Béninois et d’Africains ont subi la barbare traite des Noirs pour les Amériques avec des souffrances et morts atroces.
Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, a rappelé le président du comité d’organisation de cette célébration, Christophe
Chodaton, des hommes et des femmes arrachés à l’Afrique et mis en esclavage se sont insurgés contre le système esclavagiste pour obtenir la liberté et l’indépendance d’Haïti en 1804. Il a lancé un appel au gouvernement pour sensibiliser tous les Béninois sur l’importance de la tragédie de la traite négrière et de l’esclavage et d’enseigner aux jeunes pour les faire réfléchir sur les conditions du mieux vivre ensemble. Le gouvernement doit pouvoir institutionnaliser cette mémoire par tous les moyens.
Une cérémonie de libations et de bénédictions dirigée par Daagbo Hounnon Tomadjlèhounkpon II a précédé cette célébration.