La loi n°2017-39 sur les sachets plastique au Bénin: Besoin d’une inventivité écologique et économique de substitution

Par La Redaction,

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Par « mal-développement », on comprend le développement qui, à défaut d’anticipation analytique ou de prospective stratégique sur les inconvénients possibles au-delà de ses propres avantages, fait une chute fatale dans l’imprévu en devenant préjudiciable aux populations. Le génie industriel, qui prétendrait être humain et jamais animal, a utilisé les déchets du pétrole pour fabriquer divers objets en plastique dont les sachets et les mèches, non biodégradables. Si l’utilité sociale sur le plan commercial, hygiénique et esthétique de ces sachets et mèches n’a pas manqué d’évidence aux yeux de tous, leur nuisibilité sociale s’est avérée également considérable sur le plan agricole, halieutique, sanitaire, etc.

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L’avènement du « pure water » a fait le comble du malheur dont ils sont porteurs. Je laisse aux spécialistes de ces aspects le soin d’en parler à suffisance. Mais le moins que chacun sache, c’est que les sachets plastique ou les mèches synthétiques à tresser font des années, plus d’une centaine dit-on souvent, sur sol et dans le sous-sol en empêchant les racines des plants et des semis de prospérer pour de bonnes récoltes. Le moins que chacun sache, c’est que leur présence de plus en plus agressive dans les eaux de rivières, fleuves et océans empêche les poissons de s’épanouir. Le moins que chacun sache, c’est aussi que leur combustion pour lancer le feu des âtres serait cancérigène ou dommageable à la santé de tous ceux qui en inhalent la fumée. Les collecteurs d’eau ou caniveaux bourrés de sachets, de bouteilles plastiques et mèches synthétiques favorisent la prolifération des germes 

pathogènes ainsi que l’inondation dans nos villes. Alors, si ce qui nous a fait du bien au départ se met à nous faire du mal à la fin, n’y aurait-il pas besoin de s’en débarrasser ?
Et s’en débarrasser, c’est aussi faire déterrer et ramasser tous les sachets, bouteilles en plastique et mèches synthétiques partout aux fins de les recycler chimiquement dans la fabrication de passoires, poubelles, paniers, garde-boue de moto, peignes et tutti quanti en attendant mieux. En effet, actuellement, internet nous révèle qu’au Japon et aux Usa existe une machine qui, déjà, reconvertit le plastique en pétrole brut ! Ce que je désigne par « inventivité de substitution » ne fait pas autre chose.

Gouvernance responsable

En supposant que le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire et la presse au Bénin feront preuve d’une gouvernance responsable et logique à travers la prise de dispositions pour d’accessibles
alternatives aux sachets interdits, je ne vais plus m’en occuper ici, me contentant seulement de les remercier d’avance. Mais avec un clin d’œil que je leur fais par rapport à l’utilisation classique, par les populations, des feuilles de teck ; de bananier ; des pages de vieux journaux et des emballages pour ciment dans nos villes et campagnes, avant lesdits sachets.
Certes, ces moyens classiques laissent à désirer en ce qui concerne leur qualité hygiénique. Mais les pouvoirs
publics pourraient assurer cette qualité en faisant la promotion commerciale de stérilisateurs ou de désinfectants appropriés, inoffensifs, à vils prix. Notamment au cas où les alternatives à proposer en lieu et place des sachets interdits seraient au-delà du pouvoir d’achat des communautés.
Tout compte fait, la loi n° 2017-39 du 3 novembre 2017 portant interdiction de la production, importation, commercialisation et utilisation de sachets en plastique non biodégradables en République du Bénin marque un déclic, comme dans d’autres pays consciencieux, pour un bon sens écologique et économique. En cela, elle est bienvenue en termes de renoncement à une forme de « mal-
développement » ! Néanmoins, reconnaissons qu’elle a péché par incompréhensible restriction pour n’être pas allée plus loin en intégrant à l’interdiction des sachets celle des mèches synthétiques à tresser ou en se préoccupant des bouteilles en plastique jetées pêle-mêle.
Pour l’écologie et l’économie, ne pourrait-on pas substituer aux mèches synthétiques d’autres en raphia, en kenaf ou en coton ? La loi n°2017-39 devrait donc se pencher en complément sur tous les cas, surtout sur le cas des mèches synthétiques importées dont raffole, face à l’absence d’alternatives biodégradables, la gent féminine pour ses coiffures. Ces mèches de diverses marques avec lesquelles nos mères, nos épouses, nos sœurs ou nos filles se font belles, créent les mêmes problèmes que les sachets tout en endormant l’inventivité écologique et économique du Bénin ou de toute l’Afrique au profit d’autres pays ou continents.
Le raphia, le kenaf et le coton qui sont des produits naturels biodégradables peuvent bel et bien servir à fabriquer de nouvelles mèches en remplacement de celles qui sont en synthétique non biodégradable. La fois dernière, j’ai eu pitié des poulets aux pattes ligotées ou coupées accidentellement par des mèches synthétiques usées, jetées sur les tas d’ordures de mon quartier.
Si des mèches en raphia, en kenaf et en coton pouvaient être adoptées, cela illustrerait aussi un bon sens écologique comme dans les alternatives aux sachets en plastique. En vertu d’un certain protectionnisme, le contexte de libéralisme économique, où nous sommes, se refuserait ainsi à être suicidaire pour notre démocratie.

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Du bon sens écologique vers quelle inventivité ?

Le raphia et le kenaf, comme nouvelles filières agro-industrielles, accroîtraient le génie inventif de nos artisans et industriels qui les traiteraient avec finesse, les teinteraient en de multiples couleurs pour divers goûts esthétiques comme on en apprécie dans l’originalité vestimentaire des « Zangbéto », veilleurs de nuit, qui relèvent de la divinité au Bénin. Si l’on était tenu de donner un nom commercial, à partir d’un brevet d’invention, pourquoi ne les
appellerait-on pas, par exemple, « Mèches Thomas Sankara ou Winnie Mandela, made in Bénin ou in Africa » ? Tenez : il s’agit bien de Thomas Sankara du « consommons local » au Burkina Faso et de Winnie Mandela de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud !
De plus, n’oublions pas que si une chose est de voter la loi, autre chose est de réussir son application. Donc face à cette dualité, il conviendrait de se demander ce que les pouvoirs publics entendent faire pour atteindre les cibles, rééduquer chacun et tous à respecter ladite loi. S’il faut éviter de confirmer le « désert de compétences » dont parle la première autorité du pays ou l’une des premières du continent, je crois qu’autant est indispensable une communication de masse en français, en fon et en dendi par exemple, autant l’est une communication répétitive de proximité dans toutes les langues nationales, même les plus minoritaires, avec l’appui, au quotidien, des élus locaux, radios communautaires, associations de développement et organisations non gouvernementales (Ong). Car, sans communication récurrente en aller-retour entre le sommet et la base de la gouvernance, la démocratie renierait son essence et se ferait accuser de dictature.
La pollution des eaux, de l’air et de tout ce qui est espace de vie constitue une caractéristique de faux développement d’où est toujours absent le souci des malheurs charriés jusqu’aux générations futures. N’est-il pas bien ridicule de nous considérer comme des êtres humains à part entière lorsque notre prétendu paradis d’aujourd’hui porte déjà l’assurance d’un enfer pour nos descendances ? La déforestation croissante, le pillage des ressources naturelles, les affres des gaz à effet de serre, etc. sur lesquels bégaient les accords internationaux, relèvent de l’animalité à chaque fois que des alternatives réfléchies ne les accompagnent pas pour le développement humain durable.
A y penser sérieusement dans un élan futuriste, l’on ne dramatiserait rien en disant que l’humanité est dans une posture de suicide. Car l’être humain n’est pas que le produit de l’hérédité. Il est également le produit de son environnement. Et de ce point de vue, autant pour l’hérédité nous cherchons à avoir une progéniture de beauté et de santé en formant des couples phénotypiquement mignons et génotypiquement sains, autant pour notre milieu de vie et d’existence nous devons faire des calculs lucides et conséquents.
L’inventivité humaine doit être cultivée sans relâche pour faire face aux défis présents ou latents. En termes clairs, nous devons même bien étudier toute alternative, que ce soit pour les sachets en plastique ou les mèches synthétiques comme pour les bouteilles en plastique. A-t-elle fait ses preuves ailleurs comme alternative, sans d’autres dégâts ? Autrement dit, ses preuves ont-elles été évaluées empiriquement, tout au moins ? Conviendrait-elle au Bénin ou à l’Afrique à l’aune du niveau de vie et de culture des populations ?
La loi n°2017-39 du 3 novembre 2017 portant interdiction de la production, importation, commercialisation et utilisation de sachets en plastique non biodégradables en République du Bénin est sous-tendue non seulement par le bon sens écologique tantôt évoqué, mais également par un bon sens économique qui appelle également une inventivité.
Bon sens économique en effet, parce qu’une leçon élémentaire souligne qu’une économie où le pays exporte peu et importe beaucoup ne saurait être performante, compétitive et viable. Les sachets, bouteilles en plastique et les mèches synthétiques font sortir beaucoup de devises du Bénin ou de l’Afrique vers l’extérieur en rendant contre-productive, dans ce registre, leur économie tout en détruisant leur bien-être écologique.
En sortant un peu de la contre-productivité économique par cette loi, il nous faut, en conséquence, aller rapidement à une nouvelle créativité ou inventivité ad hoc. Savoir par exemple que le raphia qui pousse spontanément, dans la forêt, peut être cultivé dans des jardins et champs afin d’être commercialisé pour maintien de devises et rentrée d’autres au Bénin ou en Afrique. Kenaf et raphia seraient ainsi de nouvelles filières de production agricole aux côtés du coton, du cajou, du café, du cacao et de l’hévéa pour ne citer que ces filières.
Cette inventivité, qui nous apporterait du nouveau pour l’enrichissement du pays ou du continent, aiderait par là à la résorption de son problème de chômage et de sous-emploi, dans une certaine mesure. Car la chaîne de valeur productive serait faite du travail des paysans, agro-industriels, artisans, transporteurs, commerçants et coiffeuses. Elle libérerait sensiblement le Bénin ou l’Afrique d’une certaine dépendance des autres qui y exportent leurs mèches synthétiques sans considération pour les dégâts inhérents. Il est temps de ne plus nous amuser avec le destin de nos peuples n

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*Ecrivain, philosophe et sociologue du développement

Par Dr Pierre Adjotin