L’administrateur délégué, Martin Megan, au sujet de la mise en concession de la Sitex : « La Sitex est en voie de devenir un véritable complexe industriel »

Par Désiré C. VIGAN A/R Mono Couffo,

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La Société des industries textiles du Bénin (Sitex) Sa créée le 7 mai 1987 et autrefois pionnière dans la transformation du coton fibre, la filature industrielle et l’impression, a entamé son déclin à partir de 2002. Elle a mis la clé sous le paillasson en 2004 avec pour conséquence le licenciement collectif de son personnel et l’arrêt du processus de production. En son temps, il a été mis en place une administration provisoire qui, chemin faisant, a jugé bon de remettre l’outil de production en marche aux fins de l’achalander, quelque peu, pour que les repreneurs potentiels s’y intéressent. L’objectif de l’Etat n’étant pas de prononcer la dissolution de l’industrie mais plutôt de relancer ses activités. Mais la concrétisation de cette volonté va souffrir de l’absence, pendant plusieurs années, du rôle de l’Etat jusqu’à l’avènement du gouvernement de la Rupture qui a décidé de prendre le taureau par les cornes. Ceci, en optant pour la mise en concession de la Sitex. L’administrateur délégué de l’industrie textile, Martin Megan, détaille dans cette interview, le sens de la décision gouvernementale et les perspectives qui en découlent.

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La Nation : Le Conseil des ministres du 27 octobre 2021 a décidé de mettre en concession la Sitex tombée en faillite depuis 2004. Quel est le sens de cette décision ?

Martin Megan : La mise en concession est, sauf erreur de ma part, la mise à disposition d’un privé, de l’outil de production aux fins de relancer la production mais également de procéder au renouvellement progressif des équipements qui sont frappés déjà d’obsolescence et de vétusté. Toutes choses qui ne permettent pas d’accéder à certains segments de marché. Les équipements de la Sitex ne permettent que de produire du support de « fanti » parce que la largeur du tissu que nous fabriquons est de 127 cm alors que les supports de « wax » sont de 132 à 135 cm. On ne peut donc pas aller sur ces segments de marché. En mettant l’entreprise en concession, l’Etat donne la possibilité de relancer complètement les activités et d’installer de nouvelles machines modernes et performantes qui favoriseraient la compétitivité. Egalement, la mise en concession permet de sauvegarder et de créer plusieurs centaines d’emplois. Par ailleurs, cette opération va favoriser l’encaissement par l’État de redevances locatives, car le concessionnaire devra payer des loyers. A travers la relance des activités de la Sitex, l’Etat favorise aussi l’amélioration du taux de transformation locale de la production cotonnière, secteur où le Bénin fait aujourd’hui des prouesses. En augmentant notre production cotonnière, il est bien que la transformation se fasse en partie au pays pour générer de la valeur ajoutée. Par exemple, une tonne de coton peut être vendue entre 800 000 et 1,5 million francs Cfa. Or, lorsqu’on transforme la tonne de coton en tissu écru, on obtiendrait entre 6 500 à 7 000 mètres de tissu qui pourraient générer, à la vente, un revenu de près de 3 millions francs Cfa. La différence entre le coût de la tonne du coton et le prix des tissus vendus qui s’établit à plus de 1,5 million francs Cfa est la valeur ajoutée créée. Sur tout un autre plan, la mise en concession de la Sitex donne à l’Etat, le droit de continuer de veiller au grain, de savoir ce qui se passe dans le textile béninois.

La mise en concession est-elle la meilleure option dans le contexte de la Sitex ?

La mise en concession de la Sitex est une option bien pensée en ce sens que si le gouvernement avait opté pour la privatisation pure et simple, la procédure serait longue. Les repreneurs qui viennent pour la privatisation hésitent souvent pour la simple raison qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’essayer l’outil de production pour savoir ce qu’ils pourraient escompter. Car l’investisseur n’est pas un philanthrope. Il apporte son capital et s’attend à des retours sur cet investissement. La mise en concession lui donne la possibilité de venir gérer le potentiel, le patrimoine existant et d’apprécier ce qu’il peut en tirer. Et une fois qu’il a passé cette étape, c’est lui, l’apporteur de capital qui manifeste l’intérêt pour une reprise complète de l’outil de production. La mise en concession s’entend alors comme une démarche pédagogique que j’apprécie hautement.
Mieux, cette concession a été faite à un compatriote, à un groupe économique béninois, Dongaco Sa. Un groupe qui a déjà fait ses preuves dans l’économie nationale à travers plusieurs entités. De plus, le groupe a des partenaires techniques et financiers de par le monde. Ceci constitue un atout pour propulser la Sitex vers des sommets insoupçonnables. Ce qui est prévu et assigné au groupe, c’est d’aller au-delà du marché classique de la Sitex, les tissus écrus. Aujourd’hui, le groupe Dongaco Sa va faire les tissus écrus, l’activité historique et ajouter à cela, les tissus écrus de grandes largeurs et les pagnes africains à travers l’installation d’une usine d’impression. Le groupe est prêt à renouveler les équipements en injectant des milliards dans les nouvelles entités qui sont prévues. Egalement, le groupe se propose d’aller sur le marché de la bonneterie c’est-à-dire la fabrication des serviettes, des tricots, des polos… En somme, la Sitex est en voie de devenir un véritable complexe industriel qui va booster les activités économiques.

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Pourquoi le gouvernement a-t-il décidé du maintien du nom Sitex dans le cadre de la mise en concession ?

Le gouvernement a bien fait de vouloir conserver le nom Sitex parce que les produits de ce label sont déjà connus de par le monde. La Sitex, dans le passé, vendait ses produits aussi bien dans la sous-région (Togo, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal) qu’en Europe (Belgique, Suisse) et aux Etats-Unis. Ce sont des produits bien appréciés de par le monde. C’est judicieux que le gouvernement demande que ce label soit conservé. Cela va aider le concessionnaire à mieux se repositionner. En lui disant de garder le label Sitex, c’est que l’Etat transforme la mise en concession en un projet d’univers certain. Parce que si, par extraordinaire, le concessionnaire venait à effacer d’un coup de chiffon le nom Sitex, il lui faudrait encore procéder à ce qu’on appelle une percée du marché, étant donné que les gens ne connaissaient pas Dongaco Sa dans le tissu écru. C’est heureux que le gouvernement retienne le tandem Dongaco Sa-Sitex pour conduire la reprise des activités. C’est vraiment important.

Quelles sont les perspectives qu’offre la décision de mise en concession ?

Les perspectives sont reluisantes pour l’entreprise qui va maintenant avoir une bonne capacité de production. Ce qui est fait jusque-là, c’est qu’on est obligé de demander aux clients une avance sur commande. Ceux qui ne nous font pas confiance n’acceptent pas de le faire et dans ce schéma-là, nous ne sommes pas en position de force dans les négociations. Au-delà de ça, les perspectives sont bonnes pour les travailleurs et pour la jeunesse de Lokossa et environs puisqu’il y aura bientôt des emplois. Les perspectives sont bonnes pour la ville et les villes environnantes puisqu’il y aura des effets d’entraînement sur les économies locales. Par exemple, quand la Sitex était au mieux de sa forme, les impôts versés à la mairie de Lokossa s’élevaient à 36 millions francs Cfa par an. De même au plan national, les perspectives sont bonnes puisqu’il y aura le paiement des impôts et des redevances locatives. Par ailleurs, lorsque les entreprises fonctionnement, c’est la meilleure lutte contre l’insécurité parce que les jeunes qui ont du travail sont occupés.

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Quel rapport l’administration provisoire de la Sitex entretient-elle avec le concessionnaire désigné par le gouvernement ?

Les relations sont, je dirai courtoises, extrêmement conviviales et Dongaco Sa donne l’impression d’avoir compris qu’il faut s’appuyer sur l’existant pour poser un diagnostic probant et orienter une thérapie appropriée. Je crois que nous sommes en relation extrêmement intéressante dans l’attente, bien entendu. Parce que le concessionnaire est libre en ce qui concerne la gestion de l’entreprise. Nous devons retenir que le concessionnaire a le fructus, c’est-à-dire qu’il exploite et tire les fruits mais il n’a pas l’abusus, autrement dit, il ne peut pas vendre la Sitex. Parce que ça ne lui appartient pas. Il n’en ’est pas propriétaire. Il ne peut pas faire acte de donation. L’entité est toujours à l’Etat qui a un droit de regard. C’est formidable parce que le coton est le produit numéro 1 d’exportation du Bénin; donc aucun Etat responsable ne peut dans ce contexte-là se désintéresser complètement de ce secteur. Il doit avoir un droit de regard. Mais c’est Dongaco Sa qui décide de comment elle entend s’organiser et met en œuvre sa politique de relance de la Sitex.

Qu’est-ce qui est fait de façon concrète depuis la prise de la décision de mise en concession ?

La mise en concession a des étapes. La première, c’est que l’Etat et le concessionnaire s’entendent. C’est ce qu’on appelle la volonté de concession. Et cette volonté, l’Etat l’a annoncée par sa décision du 27 octobre 2021. Après, il faut concrétiser cette décision. Ce qui revient à signer un contrat. Mais avant de signer le contrat, le concessionnaire doit visiter l’existant et s’il a des réserves, il les émet. C’est lorsque les deux parties conviennent d’un accord que le contrat est signé. J’ai le plaisir de vous dire que le contrat est déjà signé. Deuxième étape, lorsque vous avez signé un contrat pour louer votre bâtiment, votre maison à quelqu’un, par exemple, on procède à ce qu’on appelle un inventaire contradictoire initial parce que le jour où la personne va partir, vous allez encore faire un autre inventaire pour voir ce qu’il aurait gâté. Donc il faut que Dongaco Sa et l’Etat fassent un inventaire contradictoire. Ce n’est qu’après l’inventaire qu’il y a la remise officielle du site, étape qui fait office de remise de clé au locataire. Tout ça évolue très bien. L’Etat est en train de dérouler le calendrier, le chronogramme en responsable. Parce qu’il faut aussi éviter toute précipitation qui risquerait d’engendrer des situations peu reluisantes. La main sur le cœur, je dis que dans ce trimestre-ci, tout doit pouvoir finir. A partir de ce moment-là, le concessionnaire peut commencer ses activités. Il exploite et tire les fruits. S’il y a des bénéfices, c’est lui qui les engrange.

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Les besoins sont-ils déjà évalués, notamment en ce qui concerne le recrutement des travailleurs ?

Le concessionnaire Dongaco Sa donne l’impression d’avoir choisi d’évoluer de façon méthodique. En effet, la relance des activités va se faire par étapes. La première, c’est la relance du potentiel existant suivie de la mise à disposition du fonds de roulement pour l’achat de la matière première, notamment le coton, l’énergie électrique et le paiement des salaires du personnel pour sortir des tissus et vendre de façon régulière. Le besoin en employés, à cette première phase, peut être estimé à plus de 400 personnes. La deuxième phase va consister en un renouvellement progressif des équipements. Nous allons changer les machines vétustes. Cette phase-là également aura besoin d’un complément d’employés. Ensuite, nous allons installer une usine d’une pression pour fabriquer le pagne. Dans le textile, lorsque vous êtes sur la zone filature et tissage, la marge bénéficiaire est très faible. Lorsque vous allez sur le secteur du pagne africain, c’est-à-dire l’impression, la marge bénéficiaire est plus grande. C’est ça qui fait le troisième volet et là encore, il y aura des employés. Lorsque vous allez sur le secteur de la bonneterie, la marge bénéficiaire est encore plus intéressante. Dongaco Sa veut aller jusque-là, mais étape par étape. Et c’est pour cette raison que nous ne pouvons pas dire tout de suite l’effectif total d’employés à recruter. Mais nous sommes persuadés que l’effectif oscillerait entre 750 et
1 500 personnes. Tout dépendra de l’ampleur que prendraient les marchés. Lorsque vous avez un marché qui est important, vous faites travailler les équipements en continu en faisant une rotation du personnel et donc vous aurez besoin de beaucoup plus de main d’œuvre.

Pouvez-vous nous donner une idée du budget élaboré par le concessionnaire au profit de la Sitex, nouvelle formule ?

Dongaco Sa pense injecter environ 31 milliards de francs Cfa à Lokossa. Mais comme je l’ai dit, ce sera fait étape par étape. Et ce n’est pas que Dongaco Sa n’a pas cette surface financière et les expertises qu’il faut. C’est un groupe qui a déjà fait ses preuves ailleurs. Dongaco Sa a injecté 34 milliards francs Cfa sur 24 hectares à Sèmè-Podji. C’est le groupe qui fabrique les jus de fruits en cannettes de la marque RC et de l’eau purifiée. Le groupe a une raffinerie qui lui permet de produire de l’huile végétale. Il fabrique des rames de papiers et des papiers hygiéniques. Dongaco Sa fabrique des produits cosmétiques, des savons et des détergents. Dongaco Sa a des unités de production dans l’agro-industriel dans la zone de Ouidah. Je demanderais à tous les Béninois de chercher à faire un tour sur les entités de Dongaco Sa parce que nous devons promouvoir le «consommer local ».