L’artisanat: Clé d’autonomisation des Pvvih dans le Mono-Couffo

Par Maryse ASSOGBADJO,

  Rubrique(s): Actualités |   Commentaires: Commentaires fermés sur L’artisanat: Clé d’autonomisation des Pvvih dans le Mono-Couffo


Etre personne vivant avec le Vih (Pvvih) mais économiquement autonome n’est pas une utopie. Des associations féminines de Pvvih en donnent la preuve à Lokossa et à Sè. Elles prospèrent grâce à des initiatives dans les domaines de l’artisanat et du commerce.

LIRE AUSSI:  Epreuves à option au Cep 2020 : Dessin, Course de vitesse et Lancer de balle tirés au sort 

Ce jeudi 27 février annonce l’animation du marché de Lokossa dans deux jours. L’association Afep+ espoir s’active sur son site de Fongba, arrondissement de Lokossa pour apprêter le stock de gari à mettre en vente. Au milieu des tubercules de manioc, des bois de chauffage, des ustensiles de cuisine, Jeannette Bossou, présidente de l’association et ses collaboratrices préparent le gari, le cœur à l’ouvrage.
Dans une ambiance teintée de taquineries, plaisanteries, éclats de rire et rigueur, chacune d’elles essaye de respecter les consignes de la patronne. Au bout de 30 minutes, les premières mesures de gari sont disponibles.
L’Association féminine Afep+ espoir forte d’une cinquantaine de membres, se bat au quotidien pour ne pas laisser le Vih dominer les victimes. Le déclic est parti des sensibilisations de la présidente pour ramener au sein des services de suivi, les perdues de vue. « Je suis médiatrice. C’est dans le cadre de cette activité que j’ai eu l’idée de rassembler les femmes porteuses du Vih autour d’une activité génératrice de revenus», dévoile-t-elle.
Au départ, ces femmes s’adonnaient à la fabrication de l’huile rouge. Les nombreux sacrifices consentis dans ce domaine ont été sanctionnés par des succès. De quoi les motiver davantage pour aller de l’avant. « Afep+ espoir a désormais un statut d’Ong. Elle n’est plus une association », se réjouit-elle.
Avec le temps, ces femmes ont étendu leur champ d’activités à la réalisation du fromage à base de soja et à la fabrication du gari pour mieux gérer les périodes de soudure. « Nous avons commencé la transformation du gari avec les bénéfices issus de la vente de l’huile rouge afin d’être actives à plein temps », explique-t-elle.
Leur business prend progressivement de l’envol et elles en font toute une entreprise. « Notre plus grand souhait est d’acquérir notre domaine propre pour la production agricole. C’est la condition sine qua non pour développer nos activités », projette Jeannette Bossou.

Aussi exemplaires à Sè

Lokossa n’est pas la seule localité où les Pvvih se distinguent à travers des activités génératrices de revenus. A Sè, commune de Houéyogbé, elles s’illustrent dans la poterie. Ici, l’association Mahouwassi en est un exemple. « Nous nous sommes mises ensemble pour réduire le choc de la stigmatisation », confie Philomène Dansou, trésorière de l’association.
« Au départ, nous étions mal vues alors que nous ne sommes pas nées avec cette maladie. Raison pour laquelle, nous avons décidé de constituer une force pour surmonter notre situation», renchérit Dénis Mècli, ancien président de l’association.
De leurs doigts agiles, elles transforment l’argile pour lui redonner plus de vie et de couleurs en vue de sa valorisation. On y retrouve toute une gamme d’articles: ustensiles de cuisine, récipients, canaris, assiettes, fourneaux, objets d’art….Elles éprouvent de la fierté à travers l’écoulement rapide des produits. « Nos articles sont très prisés par les touristes. Nous arrivons à écouler facilement nos stocks», confie la trésorière de l’association.
Le coût des objets varie en fonction de leur taille et de leur qualité. Nul doute que la poterie nourrit bien les Pvvih à Sè. Elles ne chôment pas. «Nous fabriquons en moyenne soixante-dix canaris avec un voyage d’argile», explique Basile Nato Kokou, l’actuel président.
De son côté, Afep+ espoir contribue au développement local, à travers ses productions et la main d’œuvre qu’elle recrute.
« Nous stockons l’huile de palme jusqu’à hauteur de 200 bidons et les revendeurs quittent notamment Bohicon, Lokossa, Azovè et Porto-Novo pour s’approvisionner. Notre huile est très prisée pour la fabrication du savon », vante la présidente.
Son gari connait aussi un franc succès. « Des acheteurs viennent de Cotonou, Dogbo et de partout pour acheter notre gari. Nos activités sont d’une grande utilité pour le développement de la commune de Lokossa et du Bénin», apprécie Eugénie Anagonou, membre de l’association.
Si l’Afep+ espoir doit son salut au Dr Angélique Mèvo et Victorine Dato, leurs marraines, l’association Mahouwassi quant à elle tient grâce au Programme alimentaire mondial (Pam) et à Caritas.

LIRE AUSSI:  Arrivée du câble sous-marin ACE au Bénin:Le ministre Jean Gbèto Dansou satisfait de l’évolution des travaux

Chaque aide, une motivation

Grâce à son dévouement, l’Afep+ espoir bénéficie du regard bienveillant de plusieurs organisations, telles que Africa development foundation (Adf), Plan-Bénin, Onu-Sida et de particuliers. Chaque aide est une source de motivation pour l’association.
« Quand nous bénéficions d’appuis financiers, nous faisons tout pour les faire fructifier. Le Programme alimentaire mondial (Pam) nous a dotés du dispositif de préparation du gari. Nous avons récemment reçu la visite de la directrice pays de l’Onu Sida, ainsi que des membres du gouvernement. Nous investissons ces appuis dans l’achat de nouveaux matériels de travail », dévoile-t-elle.
Le Rébap+, leur faitière et les centres de promotion sociale (Cps) viennent également à leur rescousse à travers des appuis en faveur des orphelins enfants vulnérables (Oev).
« Avec ces appuis, nous nous sentons moins vulnérables, car ça nous aide à mieux faire face aux difficultés », rassure Mahinou Acakpo, membre de l’association Afep+ Espoir.
Mais tout n’est pas rose dans l’univers de ces associations. Elles sont confrontées à des difficultés d’ordre technique, notamment l’approvisionnement en matières premières.
« L’approvisionnement en noix de palme dans notre localité est un gros casse-tête. C’est depuis 2013 que nous avons signé les contrats relatifs à l’acquisition des noix de palme, en vain», se plaint la présidente d’Afep+ espoir, en lançant un appel aux bailleurs.
Même casse-tête en ce qui concerne l’approvisionnement en manioc. « Le sac de gari est vendu actuellement à 22 000F Cfa. Malheureusement, nous n’avons pas de ressources financières suffisantes pour acheter du manioc en réserve », regrette-t-elle.
Elle déplore l’indifférence de certaines structures communales face à leurs efforts. « Les autorités locales n’ignorent pas notre apport au développement. Mais nous ne bénéficions d’aucune attention de leur part », se plaint Jeannette Bossou.
Cette situation n’émousse guère l’ardeur du groupement qu’elle dirige. A l’horizon 2022, l’associationsouhaite acquérir de nouvelles compétences en matière de transformation du gari et disposer de terres propres en vue de la production du manioc.
A en croire Françoise Mèdéhou, membre de l’Association Mahouwassi, les difficultés sont aussi d’ordre psychologique. Le succès dépend de la manière dont on aborde les difficultés: « La poterie est rentable. Il faut juste minimiser les difficultés. Un voyage d’argile nous coûte à peu près 15 000 F Cfa, sans oublier les frais de moulin. Si nous disposions nous-mêmes de nos propres machines, ces coûts seront moindres», note l’actuel président de l’association.
L’association Mahouwassi sait également que pour capter davantage de rente, il lui faudra plus d’ingéniosité et d’originalité dans la fabrication des objets. Pour cette raison, elle sollicite de temps en temps de nouvelles expertises en vue de maximiser ses chances de réussite. « Nous faisons appel à de nouvelles compétences pour plus de créativité. Nous allons apprendre prochainement comment utiliser l’argile pour réaliser les objets d’art de type nouveau en vue d’attirer davantage de touristes», projette-t-il.
Les décès successifs enregistrés en son sein n’ont guère émoussé son ardeur. « Au départ, nous étions trente-six membres. Ce nombre est réduit à douze aujourd’hui. Mais nous nous serrons les coudes », confie-t-il.

LIRE AUSSI:  Epreuves à option au Cep 2020 : Dessin, Course de vitesse et Lancer de balle tirés au sort 

Vaincre la stigmatisation

Au regard de leur détermination à vaincre la stigmatisation, beaucoup en viennent aujourd’hui dans la localité à apprécier leurs efforts et à les considérer comme une cible créatrice de richesse.
« Le regard de la société a beaucoup changé aujourd’hui. Nous sommes respectés pour nos efforts. Pour en arriver là, nous avons dû ignorer les critiques et autres préjugés. Nous visons le développement de l’association», explique Dénis Mècli.
C’est en 2010 que l’association Mahouwassi a été portée sur les fonts baptismaux. Depuis dix ans, elle écrit à sa manière les plus belles pages du développement local. Sous le regard bienveillant de la mairie de
Houéyogbé, du médecin chef de l’hôpital de zone et des personnes de bonne volonté, elle évolue vaille que vaille pour montrer à toutes à les personnes atteintes du Vih que la pandémie n’est pas une fatalité. D’ores et déjà, elle s’est tracé une feuille de route non seulement pour renforcer son business, mais également pour apporter une réponse à la faim dans ses rangs.
« Nous avons élaboré un plan afin de lutter contre la famine au sein du creuset. Parallèlement à la poterie, nous sommes en train de mettre en place une coopérative au sein de laquelle l’agriculture sera l’activité principale. Ces initiatives vont nous permettre d’étendre notre champ d’actions en vue de disposer davantage de ressources », note Basile Nato Kokou.
Les exemples des associations Afep+ espoir et Mahouwassi doivent inspirer ceux qui s’avouent vaincus devant des maladies incurables.

LIRE AUSSI:  Présidence de la République : Le chef de l’Etat prend langue avec les responsables syndicaux