Le président Kérékou à la Conférence nationale: « Je suis prêt à envisager un remaniement ministériel »

Par La Redaction,

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Dans la foulée des travaux de la conférence qui se déroulent à l’Hôtel Plm Alédjo, les participants ont reçu hier la visite-surprise du chef de l’Etat venu apporter des éléments de réponse aux nombreuses questions que se posaient les conférenciers.

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Dans la nuit de mardi, les travaux avaient achoppé sur la question de la souveraineté de la conférence et donc du sort qui sera réservé aux décisions qui en seront issues. Le président Kérékou qui, comme beaucoup de Béninois, suivait la retransmission en direct des débats à la radio a téléphoné pour informer Monseigneur de Souza qui présidait les travaux de son intention de venir en personne prendre part aux débats.
Après s’être fait reposer les principales questions qui préoccupaient les conférenciers, le chef de l’Etat a attaqué de front en déclarant :
« Nous ne sommes ni un politicien, encore moins un politicard, et c’est par hasard que nous sommes aujourd’hui président de la République » avant de faire une profession de foi historique. « Si c’est nécessaire, nous sommes prêt à sacrifier notre vie pour que vive le Bénin ».
Une déclaration insolite qui a suscité un tonnerre d’applaudissement sans toutefois apaiser les inquiétudes ni apporter la lumière quant à la mission qui est assignée à la conférence. Le président Kérékou renvoya alors l’auditoire à son discours d’ouverture pour confirmer que la mission assignée à la conférence consistait à élaborer une charte nationale qui servira de base à l’élaboration de la nouvelle Constitution. C’est à vous qu’il revient, a-t-il ajouté, de mettre en place la commission qui sera chargée d’élaborer cette Constitution puisqu’il y a en votre sein, des cadres et des juristes compétents pour accomplir cette tâche.
Vint alors l’importante question de la transition à laquelle les conférenciers accordent un intérêt évident. La conférence avait en effet envisagé que les affaires de l’Etat soient gérées par un gouvernement de transition jusqu’à la mise en place de la nouvelle Constitution et l’organisation de élection présidentielle, et ceci pour marquer la rupture avec l’ancien régime et concrétiser l’amorce du renouveau démocratique. En termes clairs, les travaux de la conférence devraient déboucher sur la démission des membres de l’actuel Conseil exécutif national.
Niet, a répondu le président Kérékou. Tant que la nouvelle institution n’est pas mise en place et les élections organisées, la loi fondamentale reste en vigueur et les institutions de l’Etat demeurent ».
Toutefois, a-t-il ajouté, « si certaines sensibilités veulent faire l’apprentissage du pouvoir en attendant les élections, je suis prêt à envisager un remaniement ministériel, mais ne demandez pas la démission en bloc de l’actuel gouvernement ».
Voilà une réponse claire à une importante et pertinente question qui préoccupe les Béninois qui, à tort ou à raison, craignent que les décisions qui seront issues de la conférence ne soient rigoureusement appliquées par l’actuel gouvernement qui ne semble pas bénéficier d’une réelle confiance de la part des conférenciers.
Et c’est sans doute conscient de la suspicion qui plane sur son régime, que le chef de l’Etat a consenti pour, dit-il, prouver sa bonne foi qu’une commission soit également constituée pour suivre la mise en œuvre des décisions qui vont sanctionner les travaux de la commission.
« Il n’y a pas de manœuvres politiques ou intellectuelles à faire, a dit Mathieu Kérékou, car nous avons décidé d’en finir avec les coups d’Etat civil ou militaire ».
Avant de prendre congé de l’auditoire, le chef de l’Etat a fait remarquer que la conférence est en train de glisser sur une pente dangereuse. « Si la conférence échoue, a-t-il dit, le Bénin tombera encore dans le chaos, et il aura trahi l’Afrique ».
Après ces mises au point on ne peut plus claires, la conférence abordera aujourd’hui les travaux en commissions qui étudieront dans les détails les grandes questions politiques, économiques et culturelles de l’heure d’où sortiront peut-être des approches de solutions à l’épineux problème de la grève généralisée dans les ministères et dans les écoles n

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Maurice CHABI

(Ehuzu N°3627 du jeudi 22 février 1990)