Le travail du sexe dans une ville subsaharienne

Par Collaboration extérieure,

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Zoom sur la prostitution à Cotonou

Créée seulement à la fin du XIXe siècle, la plus récente des localités béninoises, Cotonou, est celle qui connaît la croissance, tant spatiale, économique que démographique la plus rapide. Cette fulgurante évolution influe sur la société qui assiste à l’amplification d’un phénomène rare par le passé : la prostitution. A la faveur de nouvelles réalités engendrées par l’urbanisation, ce phénomène s’étend et le caractère protéiforme qu’il affiche interpelle.

Au commencement était Jonquet

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Le quartier Jonquet est très connu des Cotonois et des voyageurs, béninois comme étrangers, qui visitent la métropole. Ceci est dû au fait qu’on y a implanté la première gare routière de la ville. Tout voyageur en partait et y revenait. Ceci explique-t-il cela ? Car c’est dans ce quartier que se trouve la majorité des maisons de tolérance. Les besoins sexuels des personnes en transit sont-ils à l’origine de la multiplicité des lupanars en ce lieu ?
Faisons fi de la genèse du phénomène à Jonquet et allons au fait : c’est dans ce vieux quartier de Cotonou que, pendant des décennies, on croisait moult travailleuses du sexe. Et les propriétaires fonciers résidant dans la zone ont doté leurs maisons des infrastructures susceptibles d’offrir les commodités d’accueil à ces femmes. Ainsi, de part et d’autre de la rue principale du quartier, on trouve une forte concentration de maisons de passage, de maquis, de buvettes et autres aménagements pour recevoir ces personnes.
Dès la tombée de la nuit, elles prennent d’assaut les trottoirs pour attirer la clientèle.
A son arrivée, le client convient d’un prix avec la prostituée et celle-ci le conduit dans son réduit pour le satisfaire. Le prix varie généralement de 500 à 2000 FCfa. Mais la femme peut en exiger plus si le client veut copuler sans préservatif, s’il souhaite passer la nuit entière ave elle sur place ou chez lui.
Dans les rues secondaires de Jonquet, des lupanars existent également et font écran aux errements des clients soucieux de leur renommée. Mais, à la faveur de l’évolution de la ville, ils peuvent de plus en plus s’adonner à leur hobby dans les maisons de tolérance plus discrètes et plus nombreuses.
Jonquet n’a plus l’apanage de la fourniture de l’amour vénal. Chaque quartier, aujourd’hui, dispose, au moins, d’un lupanar. Et la prostituée fait de moins en moins le trottoir. De plus en plus, elle est serveuse dans un bar ou vendeuse ambulante. Elle est aguichante, ce qui attire les connaisseurs. Quand elle réussit à ferrer un client, elle lui propose une maison de tolérance connue d’elle.

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Des jouvencelles et des dames aussi !!!

La prostituée cotonoise est, dans la majorité des cas, une femme majeure. Mais de plus en plus, des mineures participent au commerce de la chair. Interrogées sur les raisons qui les y poussent, elles citent les besoins alimentaires, l’incapacité des parents à fournir l’essentiel à leur progéniture, l’évitement de la maltraitance dont font montre certains tuteurs… le goût du lucre. Cette dernière raison sous-tend aussi les embrouilles des dames. Ce sont des célibataires, des mères célibataires… des femmes au foyer. Leur entretien, si leur statut matrimonial le permet, par un seul concubin, n’est pas en cause. Ce qui est en cause, c’est la multiplicité de leurs partenaires. Elles se donnent à l’un ou à l’autre pour de l’argent. Elles agissent en catimini, ne font pas le trottoir, prennent leur rendez-vous par téléphone, voyagent, au besoin, pour copuler avec leurs partenaires. Par leur truchement, les maladies sexuellement transmissibles (Mst) et le sida contaminent leur conjoint innocent.
Mst et sida ! Le mot est lâché. Le sida, la plus dangereuse de ces affections, se répand par le canal de la prostitution. Avec 15 % de taux de prévalence moyenne, l’Afrique est le continent le plus atteint par ce mal.
La prostitution, si décriée qu’elle est par ceux qui sont à cheval sur les principes moraux, constitue, néanmoins, un pactole pour bien des personnes avides de gain facile. On y investit peu de moyens financiers mais on y gagne beaucoup. Les sangsues de la prostitution ont pour noms : proxénètes et hôteliers.
Les proxénètes prétendent protéger la prostituée des agressions de ses clients et de celles d’éventuels voyous. Ils partagent ses revenus avec elle.
Par le terme ‘’hôteliers ‘’, nous désignons tous les tenanciers des établissements aussi divers que les maisons de tolérance, les hôtels et les bars. C’est en ces lieux que les clients des prostituées les croisent. La présence des filles de joie provoque l’affluence des hommes qui achètent plusieurs boissons qu’ils consomment avec leur dulcinée d’une soirée. La location des chambres dans les hôtels et maisons de tolérance fait croître les chiffres d’affaires des tenanciers. Ces derniers peuvent servir également d’intermédiaires entre les prostituées et des clients haut placés qui ne se déplacent pas. Dans ce cas, le client choisit sa partenaire quand il lui est présenté l’album-photos qui contient les images de toutes les nymphettes affiliées à l’établissement. La rencontre des deux acteurs y a lieu. L’hôtelier perçoit la nuitée auprès du client et une commission est payée par la prostituée.
De plus en plus, ces acteurs de la prostitution — travailleuses du sexe, proxénètes et clients – tiennent à évoluer dans leur activité en catimini. Ils recourent, alors, à l’internet. Certains proxénètes et hôteliers ont créé des sites où les candidates au travail du sexe envoient leurs photos et de brefs enregistrements vidéo où elles s’adonnent au strip-tease. La consultation du site par un client est payée. Le visionnage des enregistrements vidéo est plus onéreux que celui des photos. Le client fait son choix et le titulaire du site met en contact les deux ‘’tourtereaux’’.
La méthode est très prisée des uns et des autres. Dans leurs explications, les clients se plaignent qu’en fréquentant les trottoirs, soucieux qu’ils sont d’échapper aux regards indiscrets, ils choisissent à la va-vite leurs partenaires. Et c’est dans l’intimité de la chambre ‘’nuptiale’’ qu’il découvre qu’ils ont affaire à une créature requinquée. Quant aux travailleuses du sexe, elles désertent les trottoirs pour se cacher des regards de leurs congénères. Et pour leur renommée et l’évitement des investigations policières, les proxénètes se gardent de la publicité de leurs rapports avec les filles publiques.
Ces dernières, majoritairement, désirent abandonner le travail du sexe, soucieuses qu’elles sont de se marier et d’avoir une vie professionnelle digne de ce nom. Ainsi, nous avons la preuve que la prostitution est fille de la précarité. Seule l’action concertée des gouvernements et des Ong peut la réduire. Les uns comme les autres doivent amplifier la lutte contre la pauvreté à travers des projets de développement social et l’accentuation de l’éducation morale et civique dans les écoles.
Somme toute, toutes les composantes de la société sont concernées par le phénomène. Son éradication ou…sa réduction nécessite l’engagement de tous. D’abord, l’engagement des parents dont le sérieux qu’ils mettent dans l’éducation de leurs enfants, prémunit ces derniers contre l’engouement pour le gain facile. Ensuite, l’Etat doit lutter de façon continue contre les réseaux de proxénétisme, les vrais bénéficiaires du travail du sexe. Enfin, toutes les institutions qui exercent un contrôle social à savoir, entre autres, la religion et l’école.

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Les voix du trottoir

Rita, travailleuse du sexe : ‘’ Mes parents ignorent que je me prostitue pour mes besoins financiers. Pour ne pas éveiller de soupçons, j’accepte uniquement des rencontres loin de ma ville. Au début, pour un week-end avec un client, je pouvais réclamer entre 35 000 et 50 000 francs Cfa (…) par jour en dehors de mes frais de déplacement. Aujourd’hui, je me retrouve, parfois, avec 10 000 francs Cfa (…) sans mes frais de déplacement. ‘’
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Abla, travailleuse du sexe : ‘’ Au début, on était à peine vingt à déambuler ici. Il y avait beaucoup de clients et je pouvais terminer une soirée avec près de 100 000 francs Cfa (…) en poche. Mais nous partageons dorénavant nos places avec des femmes au foyer qui baissent les tarifs afin de pouvoir nourrir leurs enfants. Nos plus grandes concurrentes sont les jeunes étudiantes qui viennent en majorité des universités et qui s’exposent sur WhatsApp. ‘’
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Bola, proxénète sur WhatsApp : ‘’­­ Au début, j’avais des Togolaises et des Ivoiriennes. Mais, depuis la persistance de la crise économique, les étudiantes béninoises sont de plus en plus nombreuses à me rejoindre. ‘’
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Pacôme, client sur WhatsApp : ‘’ Quand tu vas vers une prostituée qui fait le trottoir, tu t’exposes. En plus, la fille est souvent maquillée et jolie. Tu penses que c’est un bon produit et quand vous vous retrouvez seuls et qu’elle se déshabille, tu réalises que c’est une vieille carrosserie… Avec WhatsApp, tu as déjà un visuel sur la carrosserie et ça te donne un avant-goût du produit. C’est pratique quoi ! ‘’

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Par Emma BEWA (Coll. Ext)