Les femmes dans la société béninoise de 1960 à ce jour: Un élan remarquable au profit du pays

Par Maryse ASSOGBADJO,

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L’histoire du Bénin, ex- Dahomey ne se résume pas qu’aux rebondissements politiques ayant marqué la période révolutionnaire. Le pays a fait également du parcours dans le domaine social avec la contribution des femmes.

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Les indépendances, la révolution, le renouveau démocratique, l’avènement des régimes successifs à la tête du pays. L’histoire du Bénin est faite d’une série de mutations et regorge d’enseignements au plan politique. Le social évolue également au rythme de ces mutations avec la contribution remarquable des femmes à toutes les étapes. La période post indépendance que d’aucuns assimilent à la traversée du désert ne s’est pas faite sans le concours de celles-ci.
On retiendra les actions sociales conduites par les femmes et ayant permis au pays de survivre face à la tempête révolutionnaire.
Au plan économique et social, les données ont peu évolué de 1960 à 1989. Les femmes occupent une place prépondérante dans la vie sociale et communautaire et s’imposent dans le secteur informel.
Elles contribuent à soulager un pays économiquement faible.
« Leur capacité à produire de revenus et à assurer les besoins de leurs familles sera particulièrement reconnue au cours de la période de soudure imposée par le non-paiement des salaires et le Programme d’ajustement structurel (Pas). C’est de là que naît et commence à se développer l’économie informelle pour assurer la survie dans les foyers », rappelle Huguette Bokpè Gnacadja, défenseur des droits humains et actrice de la Société civile.
Cette période sonne comme le déclic de la prise en compte de la voix des femmes au sein de la communauté.
Les femmes sont également présentes et actives dans les secteurs de l’art, de l’artisanat et de la production locale, promus par le régime révolutionnaire. Cependant, ce sont des occupations circonstancielles qui ne réalisent pas l’autonomisation des femmes, recherchée jusqu’à ce jour, analyse-t-elle.
C’est sous le pouvoir marxiste-léniniste que l’Organisation des femmes révolutionnaires du Bénin (Ofrb) a été portée sur les fonts baptismaux en 1983. Ce mouvement a commencé par organiser des manifestations le 8 mars avec des revendications. Ce qui leur a valu des nominations aux postes décisionnels.
Elles vont retrousser davantage leurs manches à l’avènement du Renouveau démocratique afin d’asseoir une société civile forte.
« A partir de 1990, les femmes ont joué un rôle important dans l’ascension de la Société civile à côté des syndicats et des autres composantes et les grandes figures féminines inspirantes vont commencer par émerger», explique Huguette Bokpè Gnacadja.

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Aspirations des dirigeants

L’année 2016 change un peu la donne. « Les femmes sont moins visibles dans certains secteurs clés favorables à la croissance du Pib sous le régime du Changement», relève-t-elle. Le secteur informel ayant constitué une bouée de sauvetage du peuple à une certaine époque les maintient quelque peu dans l’ombre sur d’autres plans.
« A partir de 2006, le Pib va connaître un accroissement à la faveur du développement de l’industrie du ciment, de l’agroalimentaire, des Btp, du secteur des services, avec la libéralisation économique et la réforme fiscale, mais les femmes ne sont pas présentes dans ce secteur et n’en profiteront donc pas puisqu’elles sont restées dans l’informel et dans l’agriculture et beaucoup parmi elles n’ont pas eu accès à un niveau d’éducation pouvant leur permettre d’être des actrices dans ces secteurs. C’est pour cela que la proportion de Béninois vivant en dessous de la pauvreté reste toutefois de l’ordre de 37 % », argumente l’actrice de la Société civile.
Le combat des femmes rime également avec l’obtention de plusieurs droits favorables à leur promotion. Les diverses manifestations et revendications qu’elles ont menées dans les années 1990 ont permis d’obtenir des droits sur les plans juridique, politique et socioéconomique au niveau national et international. Ce qui a abouti à l’adoption des diverses chartes et lois que le Bénin a ratifiées et promulguées.
On évoquera principalement la Constitution du 11 décembre 1990 qui pose les bases fondamentales en matière de respect de la personne humaine et qui consacre le principe d’égalité des sexes, la loi n°98-004 du 27 janvier 1998 portant Code du travail qui reconnaît des droits spécifiques aux travailleurs de sexe féminin. Difficile de passer sous silence le Code des personnes et de la famille, la loi portant répression des violences à l’égard des femmes…, qui consacrent le principe de l’égalité et portent la promotion du statut juridique de la femme au Bénin. A cela s’ajoutent les divers instruments internationaux et régionaux de promotion des droits de la femme.
En outre, l’élan social amorcé depuis les indépendances s’est vu renforcé au fil des années et des régimes. De l’ancien président de la République, feu Mathieu Kérékou, en passant par Nicéphore Soglo, Boni Yayi et actuellement Patrice Talon, chacun de ces hommes d’Etat a œuvré à marquer dans la mémoire collective, leurs aspirations sociales au profit des femmes.
Des indépendances à ce jour, le statut de la femme a connu des améliorations au plan socioéconomique avec à la clé, des actions pour le renforcement de la participation et de l’inclusion des femmes dans les processus décisionnel, économique et politique.

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Grands projets sociaux

2016 annonce de grands projets sociaux à l’endroit des femmes, entre autres la gratuité de la césarienne, de l’enseignement primaire et au secondaire premier cycle pour les filles, les microcrédits aux plus pauvres (Mccp), le régime d’assurance maladie universelle, l’appui aux groupements féminins….
Depuis 2016 avec l’avènement de la Rupture, les nécessaires mesures de réformes pour assainir les secteurs de l’économie ont eu un impact sur les économies de petite et moyenne échelles « et le ressenti est palpable, sur un fond latent de crispation sociale et d’attente impatiente que le panier de la ménagère ressente les effets de la croissance économique », analyse Huguette Bokpè Gnacadja.
« Cependant, en toute objectivité, on ne saurait ignorer qu’il y a de bonnes perspectives pour l’amélioration de la vie économique et sociale, avec les mesures d’accompagnement social des femmes et des plus démunis qui ont connu un début d’exécution », nuance-t-elle.
Les programmes de promotion socioéconomique des couches vulnérables, de développement de la micro-finance, de construction, réhabilitation et équipement d’infrastructures de protection sociale et de promotion du genre, la poursuite de la mise en œuvre des actions d’autonomisation économique des femmes sont des projets efficaces de la Rupture qui ont d’impacts.
Il faut également espérer que l’assurance maladie, le crédit, la formation prévus dans le projet Assurance maladie pour le renforcement du capital humain (Arch) impacteront durablement la situation économique et sociale de la femme encore fragile. Ce projet s’est traduit par la digitalisation des opérations de microcrédits qui a permis de mettre en place à travers un système électronique des crédits de plus d’environ un milliard de F Cfa au profit de vingt mille femmes.
Toutefois, « la sécurité alimentaire et la réduction du nombre de Béninois très pauvres ne seront une réalité que si dans la mise en œuvre du programme de développement des filières agricoles, les femmes sont associées à la réflexion et à l’implémentation, et que leur statut passe d’ouvrière à entrepreneur», suggère l’actrice de la Société civile.

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Des pratiques discriminatoires

Du chemin parcouru, mais les défis demeurent encore grands. Selon Marie-Odile Attanasso, ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et auteur du livre, ‘’Femmes et pouvoir politique au Bénin, des origines dahoméennes à nos jours’’, « l’accès à la terre, au crédit ou à la technologie, l’abolition des mutilations génitales féminines, le droit à la contraception, l’autorité parentale, la scolarisation des filles ont été discutés et revendiqués au sein des associations et non des partis politiques. Mais la lutte reste difficile en raison de pratiques discriminatoires ».
Les violences basées sur le genre, combattues depuis des années, ternissent quelque peu les efforts en faveur de la gent féminine. « Malgré le renforcement de l’arsenal juridique de lutte contre les violences et toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, depuis les années 2003 à ce jour, la violence conjugale et domestique a connu certes plus de dénonciations et son traitement par la justice progresse avec la répression des auteurs, mais elle persiste, s’est banalisée et se diversifie dans ses formes, ce qui est un énorme frein à la jouissance par bon nombre de femmes de leurs droits sociaux et économiques », se désole Huguette Bokpè Gnacadja.
Constituant plus de 70 % de la population active, les femmes sont utilisées dans le secteur agricole et servent dans les rôles secondaires de ramassage, de conditionnement, de transformation ou de vente à petite échelle. Mais elles subissent de nombreuses discriminations basées sur le sexe qui les excluent du droit à la parole, de l’accès à la terre, à la propriété et à tous les biens et moyens de production susceptibles de les rendre autonomes. Le Bénin a alors du pain sur la planche .