Libération de domaine public à Cotonou : Fiyégnon 1 s’efface pour la modernité

Par Fulbert Adjimehossou,

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Ils n’y ont pas cru, jusqu’à l’aube. Mais face à la pression des engins lourds, fonçant droit sur boutiques et concessions, Fiyégnon 1 s’est rendu compte de l’évidence. La pluie drue qui s’est abattue sur Cotonou ce lundi 13 septembre n’a pas émoussé les ardeurs du préfet du Littoral, Alain Orounla et sa suite. Les supplications de certains des occupants n’ont pu repousser l’opération de quelques jours encore. « Ils nous ont avertis certes, mais ce n’est pas dit qu’ils viendront aujourd’hui », nous lance un occupant des lieux. Un colis sur la tête et ventilateur sous le bras, cet homme, la quarantaine, n’a pas le temps de nous en dire plus. Presque essoufflé, il s’efforce malgré tout de presser les pas afin de déposer ses effets aux abords de la double voie et revenir ramasser le peu, avant qu’il ne soit trop tard.
Du côté de la rue dite «Gondwana», autour de 11 heures, c’est une dame, la cinquantaine, qui tente de sauver encore deux ou trois effets. Mais trop tard, puisque l’une des pailleuses se dirige vers sa concession. La police met la pression pour éviter un drame. Hors du périmètre, elle manque de mots. « Ce n’est pas bien… », lâche-t-elle, abattue et impuissante. Parfois, les forces de sécurité, dont les treillis sont totalement mouillés, sont obligées de faire recours à des tirs d’artifice pour espérer que l’épaisse fumée bleue qui se dégage puisse faire repousser les lignes. Toute la journée, les images se suivent et se ressemblent presque : les mêmes empressements pour sauver les meubles, l’audace de tenir jusqu’à la dernière seconde de l’écroulement, des supplications, et un peu plus loin des commentaires hostiles.

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La douleur, malgré la mise en demeure

Cette opération qui s’inscrit dans le cadre des aménagements urbains et paysagers de la zone balnéaire de la route des pêches ne devrait pas surprendre. L’emprise est connue de même que l’ultimatum qui a été fixé au 1er septembre 2021. « Certains citoyens se sont conformés, d’autres, dubitatifs, ont attendu de voir l’effectivité de l’opération, malgré les nombreuses sensibilisations à quitter les lieux. Toujours est-il que notre État, dans la souplesse et dans la fermeté a mis en exécution la décision de libération de l’espace de Fiyégnon, un domaine public squatté pendant de nombreuses années », déclare Alain Orounla, préfet du Littoral.
Pour l’autorité, l’opération aurait pu se dérouler autrement, dans le dialogue, comme c’est le cas d’autres démolitions en préparation. « Je les ai reçus deux fois. Nous nous sommes rendus chez le médiateur. Ils sont restés dans une logique de maintien dans les lieux pendant que nous les invitions à examiner ensemble les modalités de relogement. Ces modalités sont toujours d’actualité. Ce sont des compatriotes qui étaient dans une logique d’occupation légitime alors qu’ils sont sur le domaine public. Ils se sont plus focalisés sur cette posture que celle de rejoindre les différents sites proposés et mis à contribution », explique Alain Orounla.
En revanche, le dialogue n’est pas rompu. Le maire de Cotonou, Luc Atrokpo y croit encore.
« Nous avons dialogué pendant longtemps. Ce sont des Béninois comme nous. Nous allons continuer de dialoguer avec eux, même si nous avons été tous d’accord qu’ici c’est un domaine de l’État. Nous sommes là pour restaurer ce domaine. Les jours et les mois à venir nous montreront de belles choses », laisse-t-il entendre.
Bientôt la nuit. Le long de la route se remplit de tables, lits, matelas, effets personnels, ustensiles de cuisine. Les tricycles, voire des bâchées font le tour. Mais, beaucoup de ceux qui ont quitté des concessions précaires sont encore dans l’incertitude. Peu après 17 heures, de l’autre côté de la voie, sur le sable marin, une cuisine de circonstance a dû être érigée, pour le repas du soir. «Dieu fera le reste », murmure-t-on, autour du feu.

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