Libye: Echec du Dialogue en Suisse

Par Catherine Fiankan-Bokonga,

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Libye_Sortie de crise

Pays divisé depuis la chute du Président Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye essaie péniblement de sortir du chaos et de se reconstruire. Réunis depuis le 28 juin, à quelques kilomètres de Genève, 74 délégués du Forum sur le Dialogue Politique Libyen (Lpdf), constitué par l’Onu, ont tenté de s’accorder sur une base constitutionnelle. Une sortie de crise se profilait depuis que le gouvernement d’unité nationale et le nouveau Conseil présidentiel ont pris leurs fonctions le 16 mars 2021. Après 5 jours de discussions, souvent houleuses, les représentants des différentes mouvances libyennes ont été incapables de s’accorder sur un cadre constitutionnel pour la tenue d’élections législatives et présidentielle, le 24 décembre prochain.

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Il y a dix ans, la Libye sombrait dans la violence et la confusion politique. Le pays était divisé entre deux administrations rivales, le gouvernement d’accord national (Gna) internationalement reconnu étant basé à l’ouest, tandis que l’Armée nationale libyenne (Anl) autoproclamée contrôle de vastes zones à l’est. Désigné le 5 février Premier ministre par intérim par 75 responsables libyens sous l’égide de l’Onu, Abdelhamid Dbeibah doit gérer la transition jusqu’à la tenue d’élections.

Sous l’égide de l’Onu

Le 23 juin, une seconde conférence sur l’avenir de la Libye s’est tenue à Berlin avec la participation de quatorze pays et quatre organisations internationales. Durant l’événement, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, avait encouragé « les autorités et les institutions libyennes à assumer leurs responsabilités et à avancer ensemble vers la stabilité et l’unité ». Il avait rappelé que « l’avenir de la Libye est entre leurs mains ». Malheureusement, son message ne semble pas avoir été entendu. A plusieurs reprises, le représentant de l’Onu, Raisedon Zenenga, Sous-Secrétaire général et Coordonnateur de la Mission d’Appui des Nations Unies (Manul), a dû recadrer les membres du Lpdf. En effet, certains d’entre eux ont remis en cause le calendrier du scrutin qu’ils avaient approuvé il y a quelques mois.

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La Covid s’invite à la table de négociation

L’objectif de la réunion était de discuter des propositions du Comité consultatif du Forum concernant la base constitutionnelle sur laquelle se tiendront les élections prévues pour la fin de cette année. Les tensions entre les divers groupes ont été amplifiées par le démarrage tardif des travaux de cette troisième Session du Forum de dialogue politique libyen dans la ville suisse de Chavannes-de-Bogis, en raison de la découverte, parmi les participants, de personnes infectées par le coronavirus. La présence, uniquement virtuelle, de l’Envoyé spécial du Secrétaire Général de l’Onu pour la Libye, le Slovaque Ján Kubiš, testé positif à la Covid-19 avant de se rendre en Suisse n’a pas facilité les échanges.

Discussions tendues

Dans une lettre diffusée le 30 juin sur les réseaux sociaux et adressée à Jan Kubis, une dizaine de délégués avaient dénoncé la remise en question de la date des élections. Les signataires soupçonnaient le gouvernement de transition de vouloir se maintenir au pouvoir et les islamistes de saboter les élections. Samedi 3 juillet, la Mission d’appui des Nations Unies en Libye a exhorté les participants à poursuivre les consultations pour parvenir à un accord portant sur la base constitutionnelle des élections, prévues pour décembre. Le Premier ministre libyen a déclaré via Twitter : ”Nous exhortons tous les partis nationaux et la mission de l’Onu à assumer leurs responsabilités et à donner la priorité à l’intérêt public et à s’entendre sur une formule qui garantirait la tenue des élections dans les délais et permettrait au peuple libyen d’exercer son droit de vote”. Les étapes à venir ne sont pas claires et on espère que ces oppositions ne seront pas à l’origine d’une nouvelle crise politique en Libye.

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Par Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’office des Nations Unies à Genève (Suisse).