Lutte contre la Covid-19: Ruée dans les postes de vaccination

Par Fulbert Adjimehossou,

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Ils ne veulent pas attendre l’hécatombe avant de se décider. Déjà à 6 h 30, Alain Adjaka est assis sous la bâche dressée au centre de Santé de Zogbo, à Cotonou. Il désire se faire injecter le vaccin du laboratoire Johnson & Johnson. « Avec les sensibilisations, j’ai compris l’intérêt de se faire vacciner. Cela étant, j’ai appris il y a quelques jours qu’il y a du monde. C’est pourquoi je suis venu tôt », confie ce sexagénaire.
Autour de 8 h 30, une cinquantaine d’usagers sont en attente, assis selon l’ordre d’arrivée. Le rang évolue au fil des minutes, mais ne dégonfle pas. De nouveaux candidats viennent s’assoir aux côtés des premiers. Le processus est simple. L’usager marque son consentement sur la fiche qui lui est remise au préalable. Les informations relatives à son profil sont consignées dans le carnet jaune de vaccination. L’équipe de vaccination prend le temps d’insister sur la conduite à tenir. C’est aussi là, pour beaucoup une source d’assurance. La dose reçue, une autre personne prend place.
Voyant grimper les cas graves et les décès, Merlate Ahonon, enseignante en vacances à Cotonou, s’est résolue à passer faire le geste utile. La persuasion de son époux en a été aussi pour beaucoup. « J’ai décidé de prendre ma dose parce que j’ai peur. J’hésitais, mais avec le nombre important de décès, mon mari m’a convaincue de le faire», avoue-t-elle.

Cotonou se décide

Au Bénin, entre le 12 et le 22 août 2021, le nombre de décès est passé de 113 à 125, c’est-à-dire douze décès en dix jours. La panique n’a pas tardé à gagner les rangs. Ceci, ajouté aux sensibilisations, fait tomber le mythe. Dr Stella Vidégla, épouse Soglohoun, médecin coordonnateur de la zone Cotonou 5 qui regroupe du 7e au 10e arrondissement, a les yeux ouverts sur chaque détail. «L’affluence est importante cette semaine et surtout ces derniers jours. Nous sommes allés à prês de 200 personnes vaccinées par jour. On note un engouement, malgré les quelques réticences dans la population. Mais le gros lot est maintenant plus favorable qu’au début », souligne-t-elle.
Mais la vaccination n’est pas l’unique moyen de protection. Ce médecin insiste sur le respect des gestes barrières. « Ce n’est pas parce qu’on est vacciné qu’il ne faut plus se protéger, ne pas porter les masques ou ne plus se laver les mains à l’eau et au savon. Nous insistons sur cela. On leur dit aussi que dès qu’ils sentent des symptômes, de ne pas hésiter à se rendre au centre de santé. Ce n’est pas parce que vous êtes vaccinés que vous ne ferez plus la maladie. Mais vous n’aurez plus à faire une forme grave », note Dr Stella Vidégla, épouse Soglohoun.
Du côté de Gbégamey, dans le 11e arrondissement de Cotonou, la paillote du centre de Santé est aussi prise d’assaut. « Nous avons remarqué que la population a compris l’enjeu et mesure l’ampleur de la situation à travers leur sortie massive. Il y a une dame, qui est là depuis des heures pour se faire vacciner. Le constat est là et est évident », note Dr Gad Houessou, médecin au Cs Gbégamey.
Chacun a sa raison de prendre le vaccin. Mais la panique en est pour beaucoup. « La situation est devenue préoccupante. Au regard des dernières informations, j’ai jugé bon de me faire vacciner», martèle Josué Houedjissin qui prend le temps de s’imprégner de la fiche de consentement qu’il vient de retirer. Sous la paillote, chacun garde jalousement sa place. Certes, l’impatience des uns crée parfois de petites incompréhensions. Mais le respect par chacun de son tour ramène le calme.
Pour Dr Gad Houessou, il n’y a pas de quoi craindre l’affluence. «Nous avons le personnel nécessaire. Le gouvernement a pris les dispositions pour ça. Nous avons même une équipe mobile qui circule tout le temps et qui appuie les zones où il y a de l’affluence. Ça passe très vite », rassure-t-il.

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Le réveil dans la cité-dortoir

A Abomey-Calavi, dans la cité dortoir, c’est aussi la ruée sur les vaccins. L’engouement rime aussi avec l’impatience sur les bancs au Centre de santé de Godomey, le plus grand arrondissement du Bénin. « Avec la sensibilisation dans les médias, la population a pris conscience de l’ampleur de la pandémie. Il est désormais plus important pour chaque Béninois de se protéger. La meilleure manière pour le moment c’est la vaccination », affirme Dr Samuel Guido, médecin au Cs de Godomey.
Dans cette formation sanitaire comme dans les deux autres qui accueillent des centres de vaccination dans la commune, ça grouille de monde. Ça afflue au même rythme dans l’ensemble de la zone sanitaire Abomey-Calavi / Sô-Ava où environ 600 personnes sont vaccinées par jour. Des équipes mobiles sont aussi mobilisées pour le succès de l’opération. « L’affluence est grande au niveau des postes de vaccination. Il y a des équipes mobiles qui vont vacciner au niveau des institutions, les structures qui ont un peu d’effectif. Nous sommes ce mercredi au Centre St Camille de Tokan où il y a environ 300 personnes à vacciner », fait savoir Dr Rodrigue Kohoun, médecin coordonnateur de la zone.
Des sceptiques, on en retrouve même au niveau des postes de vaccination. C’est le cas de Désiré Mataï, chauffeur. « Je n’ai pas encore compris l’intérêt de la vaccination. C’est mon patron qui m’a dit de le faire sans quoi, je ne peux plus mettre les pieds chez lui », dit-il. Mais sur site, la sensibilisation se poursuit autrement. Pour le médecin coordonnateur de Zone Abomey-Calavi/Sô-Ava, l’heure n’est plus à la tergiversation : « Sortez ! faites-vous vacciner. Ne perdons pas le temps à travers les fausses informations ». Dans tous les cas, l’affluence ne cesse de croître, laissant murmurer sur certaines lèvres : « J’espère qu’il n’y aura pas rupture ».

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