Lutte contre le harcèlement sexuel en milieu professionnel: L’Inspection générale des finances montre l’exemple

Par Maryse ASSOGBADJO,

  Rubrique(s): Société |   Commentaires: Commentaires fermés sur Lutte contre le harcèlement sexuel en milieu professionnel: L’Inspection générale des finances montre l’exemple


Le harcèlement sexuel est loin d’être un sujet banal à l’Inspection générale des finances (Igf). La politique de prévention et de lutte que cette structure vient d’élaborer donne le ton de la répression du phénomène dans ce milieu sensible des finances.

LIRE AUSSI:  Consommation de tabac: Un état des lieux inquiétant au Bénin

La bonne santé des finances publiques dépend également de la qualité des relations professionnelles entre agents et responsables des structures de contrôle des caisses de l’Etat. L’Inspection générale des finances (Igf) en est si convaincue qu’elle a décidé de lutter contre le phénomène du harcèlement sexuel à travers un mécanisme de prévention et de lutte. Au-delà du ton, c’est un engagement qui vient d’être pris par les responsables de cette structure, dans une récente note de prévention et de lutte.
« L’Inspection générale des finances s’engage à assurer un milieu de travail qui soit professionnel et libre de toute intimidation, hostilité, humiliation, persécution, harcèlement moral ou tout autre affront qui pourrait interférer avec le rendement au travail ou la dignité de la personne humaine. Le harcèlement quel qu’il soit, verbal, physique, visuel ne sera pas toléré. Le harcèlement à l’égard de collègues, d’homologues ou de toute autre personne avec qui l’Igf travaille est également interdit », stipule la note de politique signée par Zisson Facinou, inspecteur général des finances, et Clément Hessanon, chef de la Division des Affaires administrative, financière et comptable.
La Politique de prévention et de lutte contre le harcèlement sexuel est un outil qui soulage les victimes. La responsabilité de tout le personnel est engagée en vue de son application effective. «Tout le personnel de l’Igf et notamment la direction ont la responsabilité de maintenir le milieu de travail libre de tout type de harcèlement. Tout agent qui aurait eu connaissance d’un agent en matière de harcèlement, soit comme témoin, soit par ouï-dire ou pour en avoir été victime lui-même, est fortement encouragé à en faire rapport aux chefs sus-indiqués par un écrit formel ou anonyme décrivant correctement la manœuvre du harceleur et les mis en cause», indique le document.
Aucune excuse ne sera tolérée à un agent, fût-il responsable ou supérieur hiérarchique. «Dans le cas où le harcèlement est fait par le chef de service, le ministre (de l’Economie et des Finances : ndlr), doit être saisi. Si c’est le chef de la division des Affaires administrative, financière et comptable qui en est l’auteur ou la victime, le chef de service doit être saisi avec ampliation au secrétaire général du ministère », recommande la note. Par ailleurs, elle insiste que « le harcèlement, de la part d’un membre du personnel ou de toute personne travaillant avec l’Inspection générale des finances ou en y étant en stage, doit immédiatement faire l’objet d’un rapport. Lorsque la direction prend conscience d’un éventuel harcèlement, elle est tenue par la loi de prendre rapidement les mesures appropriées ».

LIRE AUSSI:  Obsèques de Dah Agbalènon à Abomey: Un exemple de vie au service du vodoun et des hommes

Protection contre les représailles

En plus de ces mesures, la note de politique de prévention et de lutte protège la victime contre toute forme de représailles. Les dénonciations peuvent donc se faire en toute quiétude.
« L’Igf interdit aux membres de son personnel toute forme de représailles à l’égard de celui qui aurait fait part de son inquiétude face à un harcèlement sexuel dont serait victime un tiers. Aucune mesure répressive ne sera prise vis-à-vis d’un agent qui aurait soumis de bonne foi un rapport sur un prétendu harcèlement », clarifie la note.
Les harceleurs doivent faire gaffe afin d’éviter également une interprétation erronée de leur geste : « Il est essentiel d’informer immédiatement l’Inspecteur général des finances ou le chef service de la division des Affaires administrative, financière et comptable, même si l’on n’est pas sûr que le comportement agressif puisse être qualifié de harcèlement. Une enquête appropriée sanctionnée par un rapport et, s’il y a lieu, des mesures disciplinaires seront mises en place. Tous les cas signalés feront l’objet d’une enquête rapide, dans le respect de la confidentialité à l’égard des personnes concernées ».
Que le harcèlement sexuel provienne de l’homme ou de la femme, l’Igf entend sévir sans état d’âme. Le Bénin gagnerait à imposer cet exemple à l’ensemble de l’administration publique.

LIRE AUSSI:  Coups mortels (Cour d’assises de Parakou / 10e dossier): Sept ans à Yaya Béhika pour avoir ôté la vie à son frère

——————————

La loi n°2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes définit le harcèlement comme le fait pour quelqu’un de donner des ordres, d’user de paroles, de gestes, d’écrits, de messages, et ce de façon répétée, de proférer des menaces, d’imposer des contraintes, d’exercer des pressions ou d’utiliser tout autre moyen aux fins d’obtenir d’une personne en situation de vulnérabilité ou de subordination des faveurs de quelque nature que ce soit y compris sexuelles à son profit ou au profit d’un tiers contre la volonté de la femme harcelée. La loi n°2006-19 du 5 septembre 2006 portant répression du harcèlement sexuel en son article 21 condamne l’auteur d’un tel acte à un emprisonnement d’un à deux ans et une amende de cent mille à un million de F Cfa ou de l’une de ces deux peines seulement. Le complice est puni de la même peine.