Marchés Koutchéta-Tchakitibam et Kilombo: Des lieux de retrouvailles pour des virées sans retenue

Par Maurille GNASSOUNOU A/R Borgou-Alibori,

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Au nombre des marchés peu ordinaires au Bénin, ceux de Koutchéta-Tchakitibam et de Kilombo ne peuvent passer inaperçus à Parakou. Objet de grande curiosité, ils se sont forgé leur réputation en faisant la promotion des saveurs de l’Atacora-Donga comme la bière de mil de fabrication locale « Tchoukoutou ».

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Venus s’établir à Parakou, ce n’est pas pour autant que les Ottamari, Ditamari, Yoa, Lokpa, Waama, Yom, Bètaribé, Ani et autres ont renié leurs origines, ainsi que les valeurs qui traduisent leur identité culturelle et cultuelle. En témoignent les marchés Koutchéta-Tchakitibam et Kilombo qu’ils ont créés et où ont lieu, chaque fin de semaine, leurs grandes retrouvailles. Lieux d’échanges et de rencontres, ils se démarquent des autres marchés de la ville, de par les types de marchandises proposés.
Construit à Arafat, dans le deuxième arrondissement de Parakou, le marché Koutchéta-Tchakitibam ne s’anime que les samedis. Il est pris d’assaut dès les premières heures de l’après-midi, jusque tard dans la nuit, par les ressortissants de l’Atacora et de la Donga soucieux de revivre l’ambiance de chez eux. A eux s’ajoutent des autochtones de Parakou et d’autres personnes arrivées du Togo, et même du Nigeria, par Kabor. C’est pour des séances de beuveries où la boisson locale de mil «Tchoukoutou » est prise à satiété pendant des heures, à la grande joie de la plupart des vendeuses qui font ainsi de très bonnes affaires.
En effet, constitué des clients des deux sexes, le cercle formé autour des vendeuses installées dans une cinquantaine des 68 hangars conçus pour la cause, ne cesse de s’agrandira. « Ma boisson coule bien. Je ne me plains pas. Des 70 litres que j’ai amenés à 14 h 15 min, il ne me reste que 3, à 18 h 28 min », se réjouit Nadège N’Dah, une des vendeuses. Il y a plus de 5 ans qu’elle fréquente ce marché et les clients ont eu le temps de se fidéliser à elle. Natifs comme elle de Natitingou et de ses contrées environnantes, beaucoup de clients préfèrent se rendre sous son hangar. Elle a donc appris à tirer un avantage de sa proximité avec eux. C’est dans son cabaret où elle est occupée en semaine, qu’ils vont étancher leur soif en Tchoukoutou. Pascaline N’Koué surnommés « Maman Tchoukoutou vraie vraie» jouit également de la même réputation. Ce qui n’est pas le cas de Sikélé N’Tia, une autre vendeuse. Elle a des raisons de les envier. Surprise dans son hangar au marché Kilombo où elle allaitait son enfant, cette vendeuse n’avait pas l’air satisfaite, bien qu’ayant réussi à faire écouler son bidon de 25l. « C’est parce que la vente a baissé, sinon je serais venue avec au moins 50 litres », confie-t-elle. Sur les 25 litres apportés, à peine en a-t-elle réellement vendu 17. Le reste, déplore-t-elle, a servi à la dégustation des clients qui, à la recherche de la meilleure qualité, font le tour des vendeuses avant de faire leur choix. Il y en a même qui finissent par s’enivrer, avant de se fixer. Ceci, sans avoir eu à débourser le moindre radis. Bourrés telle une outre, à peine arrivent-ils à reconnaître le chemin de leur domicile. Ils se donnent alors en spectacle sous le regard indifférent de l’assistance. C’est pour finalement passer la nuit sur les lieux, puis retourner chez eux à l’aube.

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D’autres spécificités

Pendant que le marché de Koutchéta-Tchakitibam s’anime les samedis, celui de Kilombo situé à Albarika ne se tient que les dimanches. Ainsi, ceux qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas eu le temps la veille peuvent toujours se rattraper le lendemain.
En dehors de la dégustation à laquelle ils ont droit, les clients peuvent déjà se faire servir à partir de 100 F Cfa. La possibilité leur est également offerte, en fonction de leur nombre, de se partager la calebasse de 500 et 1 000 F Cfa. Pour ce qui est des droits d’occupation dans chacun des deux marchés, la vendeuse Marie Tchankpéga confie ne rien débourser d’autre, si ce ne sont pas les 100 F Cfa qu’elle paye chaque samedi aux agents percepteurs de la mairie.
Dans les hangars ou appatames, que ce soit à Koutchéta-Tchakitibam ou au Kilombo, il y a un sens élevé de la solidarité qui se développe autour des calebasses. Elle donne lieu à des moments de partage auxquels les habitués n’entendent pour rien au monde être absents.
Tout autour desdits marchés, c’est de la viande de chien ou de porc qui est proposée aux férus de Tchoukoutou sous forme de grillades ou de brochettes. « La viande de chien donne de l’énergie », renseigne Mathias Kombéto, dévorant à belles dents un morceau accompagné de piment devant un étalage où des clients se bousculaient au marché Kilombo. Ce riverain du quartier Albarika ne se prive pas, chaque fois qu’il en à l’occasion, de s’en empiffrer, le morceau ne coûtant que 100 F Cfa. A ces spécificités, s’ajoute une autre: la femme.
Certains, dans ces marchés, ont l’occasion de trouver enfin leur âme sœur. Ce que confirme Tapounta Yam Poukri, un peintre auto à Parakou rencontré au marché de Kilombo.
« A partir de 16 heures, vous êtes sûr de consommer de la bonne boisson, qu’ellle soit du fermentée ou du sucrée. Si vous n’êtes pas venu dans l’intention de rentrer avec une femme chez vous, ne vous attendez pas que l’on vous propose quelque chose de sérieux autre que de l’eau, déjà à partir de 18 heures 30 », avertit-il, en vrai habitué des lieux. Puant le Tchoukoutou et rotant sans cesse, il titubait pratiquement. Et pour cause, il venait à lui seul d’en prendre près de 3 litres.
Par ailleurs, pour permettre aux populations riveraines d’avoir les produits de première nécessité à leur portée, ces marchés qui, à l’origine, étaient exclusivement réservés à la vente de la boisson locale accompagnée de la viande de porc ou de chien, ont commencé par enregistrer la présence des vendeuses de condiments, de légumes, de céréales et de tubercules. Le commerce des pagnes, de cosmétiques et des fripes s’y est également développé.
Selon l’instituteur à la retraite Tiéga Kouagou, les Ottamari avaient l’habitude de se retrouver tous les samedis, le long de la voie. C’était pour consommer sans limite le Tchoukoutou. Séduits par leur initiative du vivre-ensemble, ils seront ensuite rejoints par les membres des autres communautés de l’Atacora et de la Donga qui résident à Parakou.

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Des origines à un marché

Mais, dans l’ambiance de fête à laquelle ces rencontres donnaient souvent lieu, se souvient le vieil instituteur, certains n’hésitaient pas à monter sur la chaussée, après avoir pris une calebasse de trop. Et ils se font, malheureusement, ramasser par les automobilistes et autres motocyclistes. Avec ces accidents qui devenaient fréquents, l’autorité s’est vue dans l’obligation de les autoriser à aller s’installer provisoirement sur le site de l’Ecole normale des instituteurs du Borgou d’alors qui abrite aujourd’hui l’Université de Parakou. Lorsque cette dernière décida d’ériger sa clôture, elle a demandé qu’ils libèrent l’espace.
Entre-temps transféré en face du campus, le marché sera ensuite déplacé sur l’actuel site, une ancienne carrière de latérite. La présence d’un trou de 5 m de profondeur ne facilitant pas son installation, grâce au ministre Barthélemy Kassa, le gouvernement d’alors a oeuvré afin que le marché devienne réalité à la veille des élections législatives de 2011.
Quant au marché Koutchéta, il s’animait tous les dimanches sous un grand arbre à fin pavé Madjatom, à Parakou. Créé au profit de ceux qui ne pouvaient se rendre au marché Kilombo ou celui de Tchakitibam, ses installations ne se résumaient qu’à de simples huttes en tiges de mil et des sièges de fortune fabriqués à partir de l’enchevêtrement de bois en forme de fourches. Son emplacement ayant été récupéré par l’Etat qui y a fait construire le Centre de santé de Rose Croix, ce marché va alors rejoindre celui de Tchakitibam. Ce qui a donné naissance au marché Koutchéta-Tchakitibam à partir de deux langues, le Lokpa et le Ditamari. Koutchéta signifiant « changement » en Ditamari et Tchakitibam, « tu vas boire et tu restes en paix » en Lokpa, ce marché scelle donc l’union entre les peuples de l’Atacora et de la Donga.

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