Mariage d’adolescents au Bénin: Agir ensemble pour bannir un phénomène aux conséquences désastreuses

Par Maryse ASSOGBADJO,

  Rubrique(s): Société |   Commentaires: Commentaires fermés sur Mariage d’adolescents au Bénin: Agir ensemble pour bannir un phénomène aux conséquences désastreuses


C’est un fait. Le mariage d’enfants au Bénin prend des proportions inquiétantes. Les grossesses résultant desdits mariages font partie des principaux facteurs de mortalité de la mère et de l’enfant et contribuent au cycle de la mauvaise santé des victimes et de la pauvreté. Ce drame qui se joue régulièrement au su et au vu de tous surtout des cercles de famille, devrait interpeller.

LIRE AUSSI:  Préparatifs Can 2019: Les Ecureuils s’envolent ce jour pour le Maroc

Les mariages d’enfants demeurent une dure réalité pour des millions d’adolescents. Il s’agit surtout de mariages forcés en échange d’un bien, d’une somme d’argent ou par enlèvement. C’est une violation des droits de l’Homme autant pour les filles que pour les garçons. Les mariages de ce genre constituent aussi la forme la plus répandue de maltraitance sexuelle et de l’exploitation des filles.
Dans le monde, plus de trois enfants sur dix, en grande majorité des filles sont mariées. Les enfants d’Afrique centrale et de l’Ouest suivent de près, ce triste record avec quatre filles sur dix (41%) mariées avant 18 ans et 1,6 sur dix à partir de quinze ans (16%). Bien que le Code des personnes et de la famille l’interdise aux enfants de moins de 18 ans au Bénin, le mariage d’enfants demeure toujours d’actualité dans le pays.
Une étude de 2008 sur la violence à caractère sexiste menée dans treize communes indiquait que 23% des 594 enfants interrogés avaient fait l’objet de mariages forcés ou précoces.

Deux spécificités

L’Enquête à indicateurs multiples statistiques et suivi (MICS) de 2014, renseigne qu’au Bénin, 8,8% de femmes contre 1,4% d’hommes de 15 à 49 ans ont été mariées ou en union avant l’âge de 15 ans. La proportion de personnes de 20 à 49 ans ayant été mariés ou qui sont entrées en union avant l’âge de 18 ans représentent 31,7% pour les femmes et 6,1% pour les hommes. En ce qui concerne les jeunes de la tranche d’âge de 15 à 19 ans ayant été marié ou en union, ils sont 16,9% de femmes et 0,7% de garçons.
Le mariage d’enfants revêt en réalité deux spécificités: le mariage forcé et le mariage précoce. Le premier est célébré sans consentement de l’une des deux parties. Il est caractérisé par les enlèvements, les séquestrations et les violences physiques, les détournements de mineurs, le harcèlement sexuel, le viol, les grossesses non désirées….
Et la seconde forme de mariage avec consentement avant l’âge majeur est caractérisée par la démarche de vérification de l’intégrité du corps et des organes sexuels, le désir d’obtenir un bébé et d’accéder à l’état adulte (s’identifier à sa mère et concrétiser un conflit d’affranchissement, souvent après avoir vécu des conditions de vie difficile et de mauvaises relations avec leurs parents) et la pauvreté (filles considérées comme un fardeau pour la famille, faisant du mariage une stratégie de survie), explique le président du collectif de la Société civile oeuvrant pour la protection des droits des enfants, Norbert Fanou Ako.

LIRE AUSSI:  Préparatifs Can 2019: Les Ecureuils s’envolent ce jour pour le Maroc

Perpétuer la tradition

Les causes de ces mariages sont identiques dans la quasi-totalité des pays où ce phénomène sévit. Elles s’expliquent par le faible niveau d’instruction des parents et des enfants. L’autre pratique qui contribue au maintien du phénomène est la faible connaissance par les parents et les enfants de leurs droits et devoirs. Le faible référencement des cas au niveau de la justice est également un facteur qui explique le phénomène, a-t-il souligné.
Selon la représentante résidente adjointe de l’UNICEF au Bénin, Isabelle Bardem, le mariage d’un enfant peut être improvisé pour échapper à des poursuites judiciaires à l’issue d’une agression sexuelle, d’un viol ou d’un enlèvement. Elle souligne aussi que dans de nombreux pays, la tradition exige que les filles soient mariées très tôt. Le désir de perpétuer donc une tradition serait alors à la base des mariages d’enfants. Dans le cadre du mariage forcé, la tradition veut que le futur époux enlève et viole sa future épouse mineure. Cette pratique est très développée dans les régions rurales malgré les efforts des gouvernements et des Organisations non gouvernementales pour la faire reculer.
Marier sa fille ou son fils avec une personne issue de la même famille ou communauté permet de conserver le patrimoine et la lignée. Aussi, relève-t-elle au nombre des causes, le remboursement d’une dette. Certaines coutumes permettent d’utiliser les jeunes comme monnaie d’échange.
Pour l’UNICEF, la faible application des lois au niveau national contribue également à la fréquence des mariages des enfants. Pour beaucoup de familles, marier une fille permet de réduire les charges familiales. Les filles étant considérées comme fardeau pour la famille, les mariages constituent alors une stratégie de survie. Mieux, la dot constitue une ressource additionnelle pour la famille de la fille.
Norbert Fanou Ako, président du collectif de la Société civile, explique que la pauvreté extrême qui sévit au sein des ‘’familles nombreuses’’ pousse parfois les géniteurs à imposer à leurs enfants mineurs, un époux portant des signes extérieurs de richesses. Il souligne par ailleurs, que la pression de l’autorité parentale de dénier à l’enfant la liberté et le temps de choisir librement son époux ou épouse et la méconnaissance des conséquences découlant des actes de mariage d’enfants (qui peuvent aller jusqu’au suicide) sont entre autres facteurs à la base de ce fléau.
Ce phénomène assez remarquable au niveau des filles n’épargne pas les garçons. Ses conséquences en sont suffisamment nombreuses.

LIRE AUSSI:  Télétravail! Des conseils pour combattre les cyberattaques

De lourdes conséquences

Sans une action intensive et soutenue de tous les acteurs de la défense et de la protection des droits de l’enfant, des centaines de millions de filles subiront des dommages totalement inutiles et profondément irréversibles.
Le mariage des enfants prive un bon nombre de filles et de garçons, du droit de vivre une vie saine et satisfaisante. Lorsque les filles sont mariées pendant leur enfance, elles sont exposées à de plus grands risques de violence et de conséquences sur la santé. Non seulement, le phénomène arrête le développement des filles, mais il aboutit aussi à la grossesse précoce et à l’isolement social.
Les complications résultant de ces grossesses et de l’accouchement sont la deuxième cause de décès pour les jeunes filles âgées de 15 à 19 ans dans le monde.
Les lourdes conséquences pour la mère adolescente et son enfant sont également liées à la mortalité et à la morbidité maternelles à la suite de grossesses et d’accouchements (les fistules obstétricales, des bébés de faible poids à la naissance, la vulnérabilité aux maladies sexuellement transmissibles (MST), y compris le VIH et la malnutrition et le retard de croissance). Les enfants nés de mères adolescentes sont 60% plus susceptibles de mourir dans leur première année de vie et sont plus susceptibles de souffrir de malnutrition, prévient encore Norbert Fanou Ako.
L’autre conséquence découlant de ce phénomène est l’abandon de l’école par les filles, mettant en péril leur éducation et leurs perspectives de carrière, en ce sens que les mariages précoces les empêchent d’aller à l’école et de recevoir une éducation élémentaire et secondaire. Le mariage précoce favorise l’activité sexuelle précoce chez les filles surtout celles qui ont peu ou pas d’accès à l’éducation. De plus, l’enfant doit assumer l’entière responsabilité du mariage y compris les relations sexuelles, la grossesse et les corvées domestiques, de même que l’éducation des enfants et aussi les rôles culturels associés au mariage.

LIRE AUSSI:  Lutte contre le Covid-19 au Bénin: Le Canea engagé pour l’élimination des inégalités

Susciter le recours à la contraception

Il est temps de lutter contre l’impunité par l’application effective des lois et textes existants afin de garantir plus de chances aux filles d’accéder à l’éducation et aux compétences de la vie.
L’Union Africaine en choisissant le thème du mariage des enfants pour la commémoration de la 25è édition de la Journée de l’enfant africain, exhorte les acteurs à l’accélération des actions afin d’éliminer le phénomène en Afrique et au Bénin. De ce fait, les défis à relever doivent prendre en compte, entre autres, le renforcement des sensibilisations afin de réduire le nombre de mariage avant l’âge de 18 ans et à l’augmentation du recours à la contraception des adolescents exposés aux grossesses non désirées.
Le mariage chez les adolescents peut entraver toutes les possibilités d’éducation et de développement. Il en est de même pour les complications physiques, notamment la grossesse et l’accouchement précoces. Elles occasionnent des risques plus élevés de mortalité maternelle et néonatale. Le Bénin peut donc se guérir de ce mal en favorisant par exemple un meilleur suivi médical pour les grossesses des adolescentes et l’accroissement du recours à des soins qualifiés avant, pendant la grossesse et après l’accouchement.