Marielle Dégboé, présidente nationale et régionale du Roajelf: « L’accord de siège du Roajelf est d’une importance capitale pour nous »

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Le Bénin tient la présidence au plan régional du Réseau ouest-africain des jeunes femmes leaders (Roajelf) et a abrité en novembre 2017 un forum régional des pays membres pour évoquer l’implication des jeunes femmes dans la dynamisation du mouvement associatif féminin en Afrique de l’Ouest. La rencontre a pris fin sur des recommandations fortes, des promesses et surtout sur une note d’espoir en ce qui concerne la survie et l’épanouissement du Réseau. Marielle Dégboé, présidente nationale et régionale du Roajelf revient ici sur les résultats de cette rencontre et surtout sur les perspectives du réseau.

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La Nation : Depuis la tenue du forum du Roajelf à Cotonou, vous êtes sollicités un peu partout pour des rencontres et conférences. Les promesses faites au forum portent-elles déjà leurs fruits ?

Marielle Dégboé : Nous pensons que le bilan est assez positif dans la pratique. Cela se fait remarquer dans la mesure où au lendemain de la tenue de ce forum, le Roajelf a signé un contrat de partenariat avec le Centre de développement pour la recherche internationale du Canada en collaboration avec le cabinet Geste, qui est un cabinet de consultation basé à Dakar et qui réfléchit sur les questions liées au mariage des enfants au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Cela fait que le Roajelf Côte d’Ivoire et le Roajelf Sénégal sont bénéficiaires de ce projet-là à travers l’appui de ces deux structures composées d’enseignants-chercheurs qui veulent réfléchir sur les différentes statistiques en matière de stratégies de lutte contre le mariage des enfants en Afrique de l’Ouest. Ensuite, toujours en décembre 2017 à Dakar au Sénégal, il s’est tenu des journées portes ouvertes organisées par la Cedeao et Unowas qui est le bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel et qui a pour mission de contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en Afrique de l’Ouest. Le Roajelf a été fortement associé à cette initiative et a pris part d’ailleurs à une formation qui s’inscrit dans le renforcement de capacités de ses compétences sur appui de l’Unfpa-Bénin et cela nous permet de nous retrouver aujourd’hui à un niveau de proposition d’un projet de prévention contre l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest pour le compte du Roajelf.

On peut donc dire que votre forum a permis de relancer le mouvement associatif en Afrique de l’Ouest ?

Tout à fait… Nous ne nous sommes seulement pas arrêtés à tout ce que je viens de citer. Nous avons également bénéficié de l’attention et de l’appui de Plan International régional pour la zone Afrique de l’Ouest qui est également basée à Dakar, qui nous a fait l’insigne honneur de nous interpeller afin qu’on puisse présenter le Roajelf à tous ses partenaires venus du monde entier. Du coup, le réseau a eu la chance de se faire remarquer et d’étaler ses potentialités. Cela nous permet de positionner plusieurs de nos membres sur différentes activités comme en Guinée Conakry et au Bénin.
Il faut souligner qu’Unowas devient aujourd’hui un partenaire privilégié qui se positionne vraiment comme un soutien du réseau. On a été d’ailleurs invité dans le cadre de ce partenariat à prendre part à des assises sur les réformes politiques en Afrique de l’Ouest. C’était une belle opportunité pour le Roajelf de se faire connaître à cette rencontre. Autant d’opportunités qui se sont offertes à nous à la suite du forum et qui montre que les recommandations et autres promesses faites en novembre 2017 n’étaient pas de vains mots. Il faut dire que le Roajelf s’est aussi retrouvé autour d’un forum des Premières dames de l’Afrique de l’Ouest, toujours à Dakar pour parler de l’extrémisme violent.
À ce forum, notre réseau a eu l’honneur de présenter à l’assistance un projet en vue de contribuer à la promotion de la paix et de la sécurité en Afrique de l’Ouest. Nous avons aussi plaidé à l’occasion en faveur des jeunes, de leur prise en compte puisqu’on n’y met souvent pas l’accent. Le chômage et le sous-emploi qui ne font que croître sont, entre autres, les raisons qui expliquent le fait que les jeunes se fassent facilement recrutés au sein de ces mouvements que nous avons un peu partout. Nous sommes là pour dire haut et fort ce dont tout le monde est conscient mais qu’il préfère taire. En termes de retombées à la suite du forum nous avons aussi participé au forum panafricain sur l’éducation organisé par l’Unesco au Kenya sur invitation de Plan international régional. C’était une belle rencontre parce qu’elle a rassemblé tous les ministres africains disponibles et qui pouvaient s’y rendre.

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Votre réseau a été également sollicité pour un projet dénommé « 50 millions de femmes ont la parole ». Qu’en est-il ?

On peut dire que le destin du forum a totalement basculé après la rencontre régionale de Cotonou grâce aux appuis conjugués de la Cedeao et du gouvernement béninois à travers le PAEF/PG. Le projet « 50 millions de femmes ont la parole » est essentiellement conçu pour l’Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est. Et la bonne nouvelle est que ce projet a été lancé en Côte d’Ivoire le 15 mai 2018 et a effectivement positionné le Roajelf dans tous les pays de l’espace Cedeao. Nous saluons l’initiative de ce projet par le centre de la Cedeao pour le développement du genre qui a à charge l’Afrique de l’Ouest, dans le cadre de la gestion de ce projet et qui nous a fait l’honneur de nous associer comme partie prenante.

De quoi est-il réellement question ?

Il s’agit en effet d’un projet constitué en plateforme et qui va enregistrer toutes les femmes entrepreneures et entreprenantes quels que soient leur âge et leur niveau social dans les trois régions suscitées en Afrique. Sur les 50 millions, l’Afrique de l’Ouest a un quota donné et si toutes les jeunes femmes du Roajelf dans les quinze pays de la Cedeao prennent la mesure de ce projet en s’inscrivant massivement, elles seront les premières bénéficiaires, déjà en se retrouvant sur cette plateforme et ensuite en prenant part à l’élaboration, à la collecte et au positionnement de ce projet qui va durer trois ans.

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Beaucoup de mouvements au niveau de votre réseau, mais à quand l’accord de siège dont la promesse avait été faite à l’occasion du forum régional de Cotonou ?

Sourire… On ne dira pas que la présidence régionale du Roajelf n’a toujours pas d’accord de siège. Nous avons déjà l’accord d’octroi de siège et ce n’est que l’effectivité de ce document qu’il nous reste à avoir. C’est comme si nous sommes à un draft d’obtention de notre accord de siège (sourire). Nous ferons en sorte de rencontrer à nouveau le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération afin que cela puisse se faire.

En quoi cet accord de siège est il important pour le Bénin ?

Lorsqu’on ne met pas l’accord de siège à la disposition du Roajelf Bénin, on pénalise le réseau qui se fait désirer par d’autres pays. On pénalise aussi le Bénin et on pénalise l’espoir que les jeunes femmes des autres pays ont eu en votant pour le Bénin.

Votre mandat à la tête du Roajelf régional prend fin en août 2019. Quelles sont vos perspectives pour le rayonnement et l’épanouissement du réseau?

C’est vrai que dans quelques mois, je déposerai le tablier après un mandant palpitant fait de rencontres extraordinaires. La première perspective reste et demeure l’accord de siège. Son octroi reste d’une importance capitale pour nous. Ensuite, il sera question de poursuivre la mise en œuvre de nos différents projets, de maintenir la confiance que ces différents partenaires cités plus haut ont placée en nous. En août 2019, si le dire le rendrait effectif, on voudrait laisser le Roajelf avec son accord de siège octroyé. On voudrait le laisser dans les bras et le soutien de tous les partenaires que nous avons réussi à mobiliser en un laps de temps. On voudrait le laisser fonctionner dans tous les pays de la sous-région. C’est l’un de nos challenges et nous y travaillons.

Vous êtes aussi la présidente nationale du réseau et votre mandat prend également fin ce mois-ci. Quel est le bilan que vous faites ?

Nous avons consacré six années au Roajelf-Bénin et nous pensons qu’il est vraiment temps de passer la main, de laisser d’autres jeunes femmes faire, elles aussi, leurs preuves, en demeurant une personne ressource pour elles. En termes de bilan, le réseau est parti de rien pour se faire un nom. Nous faisons le bilan d’un réseau qui se retrouve aujourd’hui avec plusieurs partenaires qui, en cours de route, ont eu à se joindre à nous et ne veulent plus nous lâcher tant ils ont foi en nos potentialités à défendre nos objectifs. Ce sont des avancées notables. Mais au-delà de tout ceci, nous avons le sentiment d’avoir réussi à mobiliser des jeunes femmes qui sont parties d’un niveau donné pour se retrouver à un autre niveau. Nous n’avons pas la prétention de les avoir construites. Pas du tout. Mais nous avons le sentiment d’avoir contribué à leur donner l’esprit de solidarité, à leur prouver que la confiance en soi et en ce qu’elles font, sont ce qu’elles ont de plus cher et de plus précieux.
Nous avons également le sentiment d’avoir été utile en six années et notre souhait est d’avoir une relève vraiment méritante, une relève qui mesure la taille de la tâche qui lui incombe parce que nous sommes une cible doublement fragilisée, marginalisée, une cible doublement vulnérable du fait déjà de sa jeunesse, la jeunesse du réseau, la jeunesse des membres et ensuite le fait qu’on soit des femmes. Notre ambition, notre souhait, c’est de voir qu’effectivement les ressources mobilisées sont allées à nos cibles que sont les jeunes et les femmes. Quand on est jeune et femme, c’est qu’on a encore plus besoin d’attention. Nous ne sommes pas des éternelles assistées, c’est pour cela que nous nous auto-formons sur bien de thématiques et nous voudrions qu’à un moment donné, on prenne en compte le volet de l’autonomisation afin de le rendre effectif. Nous souhaiterions que le Roajelf Bénin ne recule pas, vu le niveau où on a réussi à le positionner.

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Un mot pour conclure cet entretien

Je dirai que tant qu’il reste à faire, rien n’est fait. Ce ne sera pas qu’un mot, ce sera un défi de plus, un engagement nouveau. Ce sera une prise de conscience de la taille de la tâche que parfois nous semblons minimiser. Mais elle est vraiment grande et lourde. Et les attentes de nos différents partenaires sont énormes. Je voudrais remercier tous ces partenaires qui ne cessent de nous accorder leur confiance, qui reconnaissent que nous avons besoin d’être renforcées, qui ne ménagent aucun effort pour le faire. Nous leur garantissons notre volonté de devenir meilleures en tant que membres individuels du réseau, ensuite en tant que membres collectifs et surtout en tant que réseau.