Mauvais état des palais royaux d’Abomey: Que faire du patrimoine en souffrance ?

Par Valentin SOVIDE, AR/Zou-Collines,

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Plusieurs palais sont inoccupés dans la cité historique d’Abomey. Ce sont les conflits fratricides entre les princes qui ont conduit à en interdire l’accès. Après le palais privé de Gbèhanzin à Djimè, c’est le palais Gbindo d’Agoli-Agbo qui vient d’être fermé pour menace à l’ordre public.

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Au palais de Gbindo chez les Agoli-Agbo comme à Djimè chez les Béhanzin, la crise est latente. Et pour prévenir tout drame, le préfet du Zou, Firmin Kouton a publié le 23 décembre dernier un arrêté pour interdire jusqu’à nouvel ordre à la lignée Agoli-Agbo l’accès au palais royal à Gbindo à Abomey. La décision vise à prévenir « d’éventuels troubles à l’ordre public ».
Ainsi, c’est la mairie d’Abomey qui est responsabilisée en ce qui concerne l’entretien du palais. Et l’arrêté précise que ces mesures resteront en vigueur « jusqu’à la résolution définitive de la crise née des conflits de succession au trône de la lignée ». L’une des conséquences de la mesure d’interdiction est que les lieux sont abandonnés à la ruine. Le palais privé du roi Gbèhanzin n’est plus habité depuis plusieurs années suite à la crise de succession née du décès du roi Houédogni. Un palais qui avait été pourtant rénové à coups de plusieurs millions de francs Cfa. Les années passent. Les toits et les portes et fenêtres sont livrés aux termites et aux intempéries. Inhabité depuis lors, des herbes, des chauves-souris et autres reptiles y règnent désormais .
Dans la ville d’Abomey, plusieurs palais se retrouvent aujourd’hui dans un état de ruine. Des pans de murs en décrépitude, toits coulants, façades et cours envahies par les herbes. Abomey, la grande ville historique du Bénin souffre de la mauvaise santé de ses lieux historiques. Des sites qui manquent d’entretien parce qu’ils ne sont plus occupés et ne sont pas toujours ouverts au public.

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Sites en souffrance

Il n’y a pas longtemps, des incendies sont survenus au palais du roi Houégbadja situé à l’arrière-plan du palais central de Wéhondji à Abomey. Comme d’autres, ce site a déjà subi plusieurs fois la rage des flammes. Des incendies qui, à chaque fois, consument le reste de ce palais historique pourtant patrimoine de l’Unesco. Un palais qui a eu le privilège de bénéficier de l’appui de la Coopération allemande pour sa rénovation. Si jusque-là, les causes de ces incendies demeurent un mystère, cependant, des agents de ce palais s’accordent à dire que ce sont des actes inconscients d’enfants chasseurs de rats palmistes.
La cause serait-elle le manque d’entretien ? Encore que certains matériaux de construction, notamment la paille, la terre rouge et le bois, lorsqu’ils ne sont pas traités, favorisent la dégradation, le délabrement et la ruine.
En réalité, les incendies cycliques révèlent l’état dans lequel se trouvent la plupart des palais et musées d’Abomey qui s’étendent au moins sur 47 hectares abritant plus de 184 objets. Etant en matériaux locaux donc précaires, les murs et toitures tombent en ruine, les cours envahies par des herbes sauvages. Ce tableau présenté par ce site aujourd’hui interpelle les consciences.
Par contre, la partie sur laquelle des efforts constants sont faits continue d’accueillir des visiteurs ou touristes. C’est le cas du musée historique qui reçoit encore des visiteurs. C’est donc plutôt le rempart qui entoure ce site qui est en ruine et non le contenu intérieur des palais et musées.

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Impliquer les communautés

Cette situation préoccupe le Centre du patrimoine mondial (Cpm) de l’Unesco qui, en collaboration avec la direction du Patrimoine culturel du Bénin et l’Ecole du patrimoine africain (Epa), avait mis en place le projet pilote d’un an sur le renforcement de l’implication effective des communautés d’Abomey dans la gestion durable des Palais royaux à travers des actions concrètes. Une action qui cadre avec les objectifs 2 et 3 du Plan d’action pour la région Afrique élaboré sous l’impulsion du Cpm de l’Unesco qui mettent l’accent sur la nécessité d’«améliorer l’état de conservation des biens du patrimoine mondial par la gestion effective des risques, l’implication accrue des communautés et les bénéfices économiques directs aux communautés locales ». Aussi, ce plan préconise-t-il de « gérer efficacement les biens existants, en reconnaissant, documentant et formalisant les systèmes de gestion traditionnelle, en les intégrant complètement dans les systèmes de gestion en place ».
L’état d’abandon apparent résulte en partie de l’absence de réaffectation d’usage des palais au profit des communautés locales, en raison de leur manque d’implication dans la valorisation. Le projet vise entre autres à renforcer l’état de conservation des palais royaux d’Abomey en améliorant la gestion du site à travers une implication accrue des familles royales et des communautés riveraines dans sa gestion durable. En vue, la contribution et la revitalisation des pratiques culturelles et des espaces pour une gestion participative des palais royaux. De même, la participation communautaire ainsi que l’introduction des pratiques traditionnelles (rites et festivals) sont-elles soulignées dans le plan de gestion et de conservation des palais royaux. Il s’agit aussi de tenter d’apporter une solution durable aux insuffisances dans la gestion du site y compris au problème récurrent d’incendie.
En définitive, comment donner une nouvelle vie à ces patrimoines. Trouver de nouvelles fonctions pour les sauver un tant soit peu de la ruine.