Médiateurs culturels de l’exposition diptyque: Ces historiens de l’art qui se sont révélés

Par Ariel GBAGUIDI,

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Ils sont présents sur toutes les séquences des volets art patrimonial et art contemporain. Sans les médiateurs culturels, l’exposition publique diptyque n’aurait pas eu tout son éclat. Ces hommes et femmes sont en réalité les maîtres à jouer de l’exposition. Ce sont eux qui sont chargés de gérer la visite guidée et commentée de chacune des œuvres et aident à gérer les flux de visiteurs. Laurent Aglo, guide accompagnateur et médiateur culturel sur l’exposition, reçoit une énième vague de visiteurs cet après-midi du samedi 21 mai 2022. « Bonjour à toutes et à tous ; soyez les bienvenus à l’exposition intitulée Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la restitution à la révélation. Cette exposition est constituée de deux parties. La première est réservée au patrimoine, c’est-à-dire aux 26 trésors royaux restitués par la France, et la seconde partie est consacrée à nos artistes contemporains vivant au Bénin et de la diaspora. Ils sont au nombre de 34 et exposent 106 œuvres d’art contemporain… ». Le jeune médiateur culturel présente ainsi l’événement aux visiteurs, son bien-fondé et résume l’histoire de la déportation des trésors royaux, de même que le processus ayant conduit à la restitution de 26 d’entre eux, le 10 novembre 2021. Il renseigne également les visiteurs sur les comportements proscrits à l’intérieur du musée de circonstance puis les introduit chez son collègue chargé de leur présenter les premiers trésors royaux.

12 sur 2 000 m2

Les médiateurs culturels sont au nombre de douze répartis sur les deux volets de l’exposition, soit un parcours muséal de plus de 2 000 m2. Le volet patrimonial est divisé en trois séquences. Idem pour la partie art contemporain. Sur chaque séquence est positionné un médiateur culturel. Ainsi, sur le parcours muséal, les médiateurs culturels introduisent chaque vague de visiteurs, tel le témoin dans une course de relais. Ce travail de routine est coordonné par
Sandrine Léontina Dossou, guide conférencière.
« Le premier rôle du médiateur culturel ici, c’est d’expliquer les différentes œuvres aux visiteurs de manière à les contextualiser afin que les visiteurs puissent les comprendre dans leur environnement d’origine et éventuellement leur histoire. Donc, l’objectif plus précisément pour la partie des 26 trésors royaux, c’est d’expliquer d’où viennent ces objets, dans quel contexte ils ont été pillés par les Français en 1892. On va aussi parler un peu, mais très rapidement, de leur passage en France », explique-t-elle. « Mais le vrai fil rouge, poursuit Sandrine L. Dossou, c’est de montrer le génie créateur des artistes dans le royaume du Danxômè. Il s’agit aussi de montrer que les rois à l’époque étaient des mécènes, et qu’il y avait aussi cette culture du beau et de l’esthétique et en même temps mettre en exergue le côté usuel des œuvres ». Une autre fonction des médiateurs culturels est de surveiller les œuvres, de veiller à ce qu’aucun visiteur ne les touche.
Chemin faisant, l’exposition a connu une forte augmentation du nombre de visiteurs pouvant déstabiliser le système de médiation mis en place. Pour faire face à cette nouvelle donne, l’équipe de Sandrine L. Dossou a dû se réorganiser très rapidement. Les médiations longues ont été remplacées par des médiations plus courtes, concises et précises. « Dans la dernière semaine d’ouverture au public pour la première saison, nous faisons des visites guidées et commentées en ouverture mais au bout d’une heure, nous sommes obligés de cesser, étant donné qu’il y a énormément de gens. Et là, on passe à des visites libres qui permettent aux visiteurs de voir l’exposition avec des cartels explicatifs. Nous sommes présents en salle pour répondre aux questions mais l’objectif est que tous les visiteurs puissent entrer et voir les objets», explique la responsable des médiateurs culturels.
Le travail qu’abattent ces acteurs clés de l’exposition publique diptyque est à la hauteur des attentes du gouvernement. Le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Jean-Michel Abimbola, ne l’a pas caché, dimanche 22 mai dernier, à la cérémonie de clôture de la première saison de l’exposition. «Je voudrais remercier Sandrine L. Dossou qui a souffert et qui nous a fait souffrir aussi… Je vous remercie, et je vous dis un grand bravo ! », a affirmé l’autorité ministérielle ; exprimant ainsi la gratitude du gouvernement aux médiateurs culturels. Bien entendu, Sandrine L. Dossou et ses collègues ont été sensibles aux mots du ministre. A les en croire, ces paroles, au-delà de la joie qu’elles leur procurent, constituent pour eux un encouragement à poursuivre leur carrière dans le secteur.

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Sélection et formations

Les médiateurs culturels de l’exposition « Art du Bénin… » ne sont pas sortis du néant. Ils sont des professionnels déjà en activité ou des étudiants, et ont été sélectionnés suivant un processus rigoureux. Ils ont ensuite bénéficié d’un renforcement de capacités. « Il y a eu trois sessions de formation qui ont eu lieu à Ouidah, Abomey et Porto-Novo avec 25 auditeurs pour chaque formation qui était en quelque sorte un recyclage. Chaque session a duré une semaine. Ensuite, il y a eu la sélection des médiateurs pour l’exposition. Après cette sélection, il y a eu encore une formation in situ, au palais de la Marina. Il s’agit en fait de la découverte des différentes œuvres et de l’écriture de la visite guidée et commentée… Les éléments qu’on souhaite dire… et l’adaptation du discours en fonction des visiteurs.
La plupart des médiateurs culturels béninois n’ont pas été formés pour l’art contemporain. Le patrimoine constitue, par contre, leur tasse de thé. « C’était la découverte de l’art contemporain pour certains. Mais quand on est médiateur, on doit être capable de guider sur tout type de patrimoine, de culture ou d’œuvre artistique… », insiste Sandrine L. Dossou. Ils ont ainsi été coachés en conséquence pour assurer la mission.

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Difficultés et leçons apprises

Malgré le grand succès de l’exposition et les félicitations reçues de part et d’autre, le travail des médiateurs culturels n’est pas resté sans quelques petites difficultés. L’une d’entre elles, note Sandrine L. Dossou, c’est la disposition des salles qui présentent une excellente scénographie. A l’en croire, la difficulté réside dans le fait que les salles ne sont pas, à la base, des espaces muséaux. Il fallait donc s’adapter à ce cadre. Une autre difficulté est liée à la gestion de l’énorme flux de visiteurs, les dernières semaines de la première saison. Les médiateurs culturels ne s’attendaient pas à une telle situation. Mais ces difficultés, insiste-elle, n’ont pas eu d’effet sur l’exposition (la première saison) puisque l’équipe d’organisation, les médiateurs, les sapeurs-pompiers, les forces de sécurité et autres acteurs impliqués se sont rapidement adaptés à la nouvelle donne.
De la première saison de l’exposition, la responsable de la médiation culturelle a retenu deux principales leçons. « La première, c’est que le public béninois est très intéressé par sa culture. Maintenant, il faut essayer d’adapter l’offre culturelle (muséale ou autre). Il ne s’agit pas de copier-coller ce qui se fait dans d’autres pays. Donc, les gens sont là, ils veulent comprendre et demandent la visite guidée et commentée parce qu’ils connaissent peut-être beaucoup de choses déjà et ils veulent qu’on leur en dise encore plus. Parfois, ils partagent des histoires avec nous et il y a un dialogue qui se crée entre le public et les médiateurs culturels», confie Sandrine L. Dossou. La seconde leçon, fait-elle savoir, c’est la présence massive des enfants à l’exposition. « On est très content. Ça veut dire que c’est un public encore plus spécifique et qu’il faut réellement aller vers des programmes qui vont édifier ces enfants et les éveiller à la culture, à l’art, leur montrer certaines choses. Cela va les émerveiller et demain, on aura d’autres grands artistes comme hier et aujourd’hui », espère-t-elle.
La seconde saison de l’exposition est ouverte, depuis mi-juillet. Evidemment, les médiateurs culturels ont repris du service, dans un nouveau format de visite régulée, et sont heureux de cette réouverture qui leur permet de continuer par exprimer leur talent et surtout à apprendre?