Métamorphose du sol forestier:L’eucalyptus et l’acacia loin de constituer une solution efficace

Par Didier Pascal DOGUE,

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Les arbres et leurs feuilles engraissent souvent le sol. Mais il peut arriver qu’avec certaines espèces, les terres s’appauvrissent plutôt. Les palmiers remplacent les forêts primaires mais ne restaurent pas entièrement les terres dégradées. Les recherches se poursuivent et c’est ce qu’enseigne la revue « Sciences au Sud » de l’Institut de recherche pour le développement dans son numéro 76 de septembre-octobre 2014.

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« Il est impossible de restaurer l’activité d’un sol forestier avec l’introduction d’eucalyptus ou d’acacias », a affirmé le chercheur Robin Duponnois de l’IRD. Voilà, indique le chercheur, des essences exotiques à la croissance rapide pourtant réputées être les arbres les plus plantés au monde. Ils jonchent les sols tropicaux et méditerranéens souvent dégradés par une déforestation ou une utilisation des terres intensives. «Dès les années 60, ils sont massivement plantés, car ils favorisent la reconstitution du couvert végétal à brève échéance, un élément clé dans la régénération des sols», souligne Robin Duponnois. De récents travaux, rapporte le journal, indiquent que ces arbres exotiques altèrent de manière significative l’activité biologique des terres, détruisant le patrimoine nécessaire à la croissance des espèces natives.
«L’équilibre microbien du sol est rompu», relève le chercheur qui précise que les eucalyptus et les acacias sélectionnent, parmi tous les micro-organismes, les plus favorables à leur propre développement. Les autres, essentiels aux espèces endémiques disparaissent. Les chercheurs démontrent ce postulat, notamment dans le parc national algérien El Kala. Ainsi, sur la base d’échantillons de terre prélevés dans différents sites du parc, ils rapportent que l’introduction de l’acacia originaire d’Australie modifie la chimie du sol, ses fonctions microbiennes et entraîne la disparition de champignons. « Nous observons en particulier la raréfaction de l’un d’entre eux, Coenococcum geophilium, connu pour sa capacité à limiter les conséquences d’un déficit hydrique sur le développement du chêne-liège, arbre emblématique du parc», explique le chercheur.

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Le sol, retient-il, est un gigantesque réservoir de pathogènes. En rompant ainsi les symbioses entre les organismes du sol et les arbres endémiques, acacias et eucalyptus favorisent la prolifération de certains parasites. Mais ces arbres exotiques sont-ils résolument néfastes pour les sols ? S’ils le sont pour les terres forestières, ils offrent une seconde vie à d’autres. « Le cas des terrains miniers est probablement le plus intéressant pour l’utilisation de l’eucalyptus», propose Robin Duponnois. Ils sont chargés de métaux, plus rien ne pousse dessus, mais l’eucalyptus s’adapte sans difficulté. Son système racinaire permet de fixer les métaux au sol, retient l’IRD. De même, dans la région d’Oran (toujours en Algérie), les acacias australiens sont plantés dans les carrières de sable désertique. «Ces essences grandissent vite et se développent très bien dans ce type de sol. Des parcs sont créés et les populations locales les exploitent pour le bois de chauffe».

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Les palmiers et le sol

Avec 14 millions d’hectares cultivés dans le monde, le palmier à huile est au cœur de nombreuses controverses mais quid de ses effets sur le sol ? S’il est planté au détriment de la forêt primaire, l’impact est catastrophique, répond l’agronome Jean Ollivier. La transformation de la forêt tropicale en palmeraie provoque la disparition de 85% de la biodiversité et l’activité biologique du sol est complètement modifiée. «Mais le palmier en lui-même ne dégrade pas le sol et s’adapte à tous les types de terrain que l’on rencontre dans la zone intertropicale», souligne le chercheur Christophe Jourdan.

De plus, avec son système racinaire dense, il lutte efficacement contre l’érosion. Dans les plantations actuelles, c’est plutôt la course vers un meilleur rendement de production d’huile qui pose problème». Et pour cause, avec l’application d’engrais chimiques, celui-ci peut tripler; «Il y a un risque réel de pollution des sols dans les cas où les engrais chimiques sont utilisés en excès ou au mauvais moment», relève Cécile Bessou de l’IRD.
Répondre à ce risque de dégradation des sols, tout en permettant aux planteurs d’améliorer le rendement de leur production d’huile, est aujourd’hui un enjeu majeur de la recherche agronomique.
«Nous développons dans ce sens des méthodes de recyclage des résidus organiques du palmier, après l’extraction de l’huile, en vue de limiter l’utilisation d’intrants synthétiques », explique Jean Ollivier. Ces déchets sont naturellement riches en éléments minéraux et carbone organique, composés essentiels pour préserver la qualité des sols, explique-t-il.