Militantisme écologique : Anas Seko, l’éboueur toujours frais

Par Fulbert Adjimehossou,

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Anas Seko, l’éboueur toujours frais

Souvent les mains dans les ordures, les pieds dans la boue, Anas Lafia Seko n’est pourtant pas un éboueur de profession. Toujours sapé, c’est sa manière de mobiliser les jeunes en faveur de l’écocitoyenneté. Et ça lui marche.

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On l’appelle simplement Anas, « le ramasseur d’ordures ». Il se plait bien avec ce pseudo. Mais, on ne le voit nulle part en train de collecter des déchets, de ménage en ménage, avec un tricycle. Ce jeune de 25 ans, précurseur du mouvement ‘’Pression écologique’’, se dévoile dans les milieux insalubres, sans grise mine, avec son sourire séducteur.
A l’embarcadère de Ganvié, la Venise d’Afrique, il plonge sans gêne dans la boue pour en ressortir des tas de déchets. « On ne prend pas du plaisir à entrer dans la boue. Il y a une gêne, mais notre volonté de contribuer à l’amélioration de la qualité de vie triomphe de l’embarras», confie-t-il. Pour lui, le jeu en vaut la chandelle. « La première fois que j’ai mis pieds à cet embarcadère, j’étais dégoûté et ahuri de son état d’insalubrité. C’est une mission, un devoir que nous devons accomplir », souligne le jeune Anas.
Quelques heures suffisent à remettre de l’ordre. Mais le même travail devra se faire, le week-end d’après, du fait de l’incivisme. Dans cet élan d’écocitoyenneté, Anas Seko n’est jamais seul. L’initiative a démarré avec des amis à lui, dont Romain Dékadjèvi, journaliste.
« Je n’ai jamais imaginé que cette fraîcheur qu’il incarne pourrait se mettre au service de la protection de l’environnement. Le premier jour que je l’ai rencontré à l’embarcadère, tout sapé, je me suis dit qu’il est à la recherche du buzz. Mais la cause pour laquelle il m’avait sollicité a très vite dissipé mon doute. Anas est resté constant et toujours frais. Il sait utiliser une partie de la jeunesse pour la cause environnementale », témoigne Romain Dékadjèvi.
L’envie de militer pour l’écologie l’embrase depuis le collège. « J’étais choqué de voir les camarades jeter les sachets et emballages plastiques dans la cour de l’école ou dans la salle de classe en dépit des poubelles », explique-t-il. Par la suite, il s’est documenté pour mieux s’aguerrir et se forger une personnalité. «Je suis personnellement guidé par ce sentiment d’urgence qui m’amène à me donner corps et âme pour la transition écologique», ajoute-t-il.

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« Je n’ai pas honte »

Pour Anas, préserver l’environnement est une question de santé publique et d’avenir de l’humanité. « Je n’ai pas honte parce que je sais que j’impacte la communauté. Dégrader l’environnement aujourd’hui, épuiser les ressources naturelles, polluer les océans, la surproduction ou la surconsommation, etc. ne permettront pas aux générations futures de répondre à leurs propres besoins et de mener une vie saine. Il est capital que nous changions nos comportements aujourd’hui pour le bien de tous »,
insiste-t-il.
Le directeur exécutif de l’association Excellence for Africa, n’est pas autant âgé que Greta Thunberg. En commun, les deux militants ont le sang vif d’une jeunesse qui veut faire prendre conscience à tout le monde. Mais chacun d’eux a son histoire, sa démarche et ses cibles. « Pour mobiliser les jeunes, il faut communiquer, transmettre des messages. Il faut savoir créer des contenus intéressants. Une ou deux actions ne suffisent pas pour mobiliser facilement une jeunesse qui ne trouve aucun intérêt aux activités de ramassage de déchets. Il faut bien plus pour vendre le produit “Stop pollution”», explique-t-il.
L’engagement d’Anas Seko est modeste mais déjà éloquent. Membre de plusieurs organisations, Anas a, de par son militantisme, décroché deux prix. « J’ai été distingué en décembre 2020 par l’Association Mado Santé Plus et le Corc-Bénin. Puis, en juin 2021, j’ai eu une distinction de la Fondation Gnidéhoué pour encourager cette lutte que je mène à travers la communication environnementale et les actions sur le terrain », déclare-t-il. L’initiateur du concept « Mon Anniversaire, ma Patrie », fête son anniversaire le 23 novembre. Cette année, il convie les jeunes comme lui à la plage, dans l’après-midi du 28 novembre 2021, pour une action contre la pollution marine, dénommée « Nique pas ta mer ». « Les recherches estiment à plusieurs millions de tonnes, la quantité de déchets plastiques retrouvés dans les océans par an. Les tortues en consomment croyant que ce sont des méduses. Nous détruisons peu à peu la vie marine », s’indigne le militant écolo. Passionné des médias sociaux, Anas a aussi un intérêt pour la photographie. C’est un art qu’il utilise pour parfois choquer, mais toujours conscientiser la société.

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