Mise en place d’un cadre de concertation : Regards croisés des partis de l’opposition

Par Arnaud DOUMANHOUN,

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Mise en place d'un cadre de concertation pour l'opposition béninoise

Les états-majors de plusieurs formations politiques de l’Opposition ont été formellement saisis par le cabinet du chef de file, Paul Hounkpè. Certains ont aussitôt réagi favorablement à l’idée de la mise en place d’un cadre de concertation de tous les acteurs se réclamant de ce courant, d’autres poursuivent les discussions, avant une imminente délibération, sur la posture à adopter face à l’initiative de Paul Hounkpè. Ainsi, malgré quelques doutes affichés au regard des querelles entretenues dans leur camp au cours de ces dernières années, la plupart des opposants sont pour le dialogue.
« Pendant que le combat faisait rage, les gens nous ont trahi. Et lorsque ce sont eux qui proposent un tel cadre, vous vous demandez si c’est le prochain poignard… », indique Eugène Azatassou, membre du bureau politique du parti, ces démocrates avant d’ajouter : « En réalité, nous n’avons pas rejeté cela au niveau du parti Les Démocrates. Nous sommes en débat à l’interne, pour que lors des différentes rencontres, nous ayons nos propositions, pour que l’Opposition soit ensemble ». A l’en croire, il s’agit d’une préoccupation qui requiert une réflexion approfondie sur la méthode et les objectifs à atteindre. « Sans cela, on va vers d’autres déboires et ça ne serait pas intéressant », insiste-t-il.
Au niveau de la coalition de l’Opposition dénommée Front pour la restauration de la démocratie (Frd) dont le président, l’ex-député Valentin Aditi Houdé, a été saisi, les discussions sont également en cours. « Au niveau du Frd nous sommes en discussions et nous sommes prêts à rencontrer le chef de file de l’Opposition pour approfondir les débats… », déclare Antoine Guédou, président du parti Grande solidarité république (Gsr). Ce Front de l’Opposition compte en son sein plusieurs partis et mouvements de partis dont Les Démocrates, le Grs, la Dynamique Aïvo. Pour Antoine Guédou, l’impossible ne doit pas être le jargon quotidien lorsqu’il s’agit des intérêts de la Nation. « Je pense qu’il n’y a pas autant de radicalisme en ce qui concerne l’opposition. Il peut avoir de radicalisme pour opposition au pouvoir, parce que le pouvoir qui est en place pense que s’entendre avec lui, c’est accepter ses conditions. Ça ne peut en être ainsi. C’est accepter les conditions qui avantagent la Nation, toutes les parties prenantes », souligne-t-il.

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Quelques préalables pour certains

Pour d’aucuns, un cadre de concertation, tel que pensé par le chef de file de l’Opposition est un idéal mais avant, il faudra nettoyer les écuries d’Augias. Faire table rase du passé sans une clarification serait préjudiciable à la portée et survie de l’initiative. Il faut relever que ces appréhensions sont nées du fait que certains acteurs de l’Opposition ont pris part aux élections communales de 2020 et à la présidentielle de 2021, alors que d’autres sont restés sur le quai. Les derniers accusent les premiers d’avoir bénéficié d’un traitement de faveur de la part du pouvoir, et les autres rétorquent qu’ils ont fait l’option de l’alternance par les urnes, par opposition à un radicalisme destructeur. « Je crois qu’aujourd’hui à moins qu’on ne veuille pas être objectif, il y a opposition et opposition. Nous sommes tous contemporains de notre histoire politique actuelle. Et en tant que tels, nous savons qu’il existe l’Opposition proche du pouvoir en place et les autres. Parler aujourd’hui de Cadre de concertation de l’Opposition dans ce contexte comme cadre de discussions avec le pouvoir, à mon avis, n’est pas réaliste et je n’y crois pas », a confié l’ex-député Jude Lodjou.
C’est une perception partagée par le président du parti Restaurer la confiance (Rlc), Irénée Agossa, qui a suggéré dans un passé récent, l’organisation des assises de l’Opposition. Selon lui, ces assises permettront de clarifier les positions. « Nous devons nous dire certaines vérités. Ce n’est qu’après cela que nous allons pouvoir mettre en place le cadre de concertation. C’est-à-dire faire d’abord la part des choses entre les différents courants. Nous, nous ne sommes pas par exemple pour une opposition armée. Notre opposition est une opposition républicaine fondée sur les droits de la République et qui pense à une alternance à travers les urnes », martèle le président du parti Restaurer la confiance (Rlc), candidat malheureux à la présidentielle de 2021.

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Avancer pour le bien de tous

Loin de toutes réserves sur l’initiative en débat, le président du parti Mouvement populaire de libération (Mpl) a déjà donné son consentement. « Nous sommes partants pour toutes initiatives d’où qu’elles viennent, pour peu qu’elles se proposent de nous donner les chances de participer aux prochaines échéances… », fait savoir Expérience Tebe. Il explique que dans ce cadre, sa formation politique a été également saisie par Paul Hounkpè. « Il a posé la problématique, et son souci est de faire en sorte que les problèmes liés à la participation des partis de l’Opposition à la prochaine échéance soient débattus. Nous ne trouvons aucun inconvénient à une telle démarche», explique-t-il. Expérience Tebe espère que les questions qui seront débattues lors de la rencontre entre acteurs de l’opposition et portées au niveau du gouvernement trouveront un écho favorable, afin qu’en 2023, les intentions se concrétisent effectivement sur le terrain et que tous les partis désireux de participer à cette compétition et en remplissent les conditions puissent effectivement y prendre part.

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Les yeux rivés sur 2023

C’est dire que sceptiques et non sceptiques sur l’initiative de la mise en place d’un cadre de l’Opposition, ont tous le regard tourné vers les législatives 2023. « Si nous sommes organisés nous allons décrocher presque la totalité des sièges parce que la situation actuelle est l’émanation de ce parlement, qui constitue la base de l’Etat de loi que nous vivons, puisque c’est eux qui votent les lois, qui ont fait qu’aujourd’hui nous sommes en difficulté. Donc, 2023 c’est l’heure du bilan… ». Telle est la conviction que porte le président du parti Restaurer la confiance (Rlc), Irénée Agossa. L’initiative du chef de file de l’opposition, Paul Hounkpè, est donc en terrain fertile, et reçoit l’assentiment de la quasi-totalité de ses pairs. Quelle en sera l’issue ? Bien malin qui peut répondre à cette interrogation.